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Au cap Lawrence nous fûmes encore retenus un jour par une violente tempête du sud-ouest. La journée du 20 fut également mauvaise. Le vent soufflait toujours avec rage, mais le besoin urgent de nourriture pour mes chiens m’astreignait à faire tout mon possible pour avancer. Au bout de quatre heures, il nous fallut creuser dans un banc de neige un abri où nous restâmes jusqu’au lendemain matin.

Nous arrivâmes en trois étapes au cap Léopold von Buch. Puis deux journées de beau temps nous amenèrent à quelques milles au nord du cap Defosse, où nous fûmes encore arrêtés pendant deux nuits et un jour par un terrible ouragan chargé de neige.

Un vent âpre nous fouettait le visage lorsque nous nous mîmes en route le matin du 27. L’icefoot devint de plus en plus fatigant à mesure que nous nous approchions du cap Cracroft. À partir de ce point, 1l nous fallut descendre dans l’étroit et tortueux chenal côtier à la base de l’icefoot, interrompu constamment par des crevasses et aussi fatigant pour les hommes que dangereux pour les traîneaux. Cette étape nous mena au cap Lieber, où le vent souffla toute la nuit avec violence.

Le matin j'attendis qu’il tombât quelque peu avant d'affronter la traversée de la baie Lady Franklin. Pendant un temps d’arrêt, les Esquimaux de renfort qui avaient accompagné les deux premières divisions et qui s’en retournaient chez eux, arrivèrent au camp. Ils m’annoncèrent, à ma grande satisfaction, qu'on avait tué vingt et un bœufs musqués tout près du fort

RAPPORT

Conger. Ils nous dirent également que le vent était moins violent au milieu de la baie qu’au cap Lieber.

Je partis aussitôt pour arriver au fort Conger le 28, un peu avant minuit. J'avais mis vingt-quatre jours pour venir d'Itah, y compris les six jours où le vent et la neige m’avaient empêché d’avancer. La première division m'avait précédé de quatre jours, et la deuxième de quarante-huit heures. Le voyage s’était signalé par les ennuyeux retards auxquels on est toujours exposé, par suite d’avaries aux traîneaux et par la perte d’un grand nombre de chiens.

Ce n'avait pas été chose facile que d’habituer les tendons et les muscles de mes pieds à leurs nouveaux rapports entre eux et à durceir les cicatrices de mes orteils amputés. Je me félicitais cependant, bien qu’un peu prématurément, d’y être arrivé d’une façon définitive et complète.

Le troupeau de bœufs musqués si opportunément tués dans le voisinage du fort, et les provisions que j'y avais déposées au printemps me permirent de nourrir et de laisser reposer mes attelages. Une période de temps brumeux suivit mon arrivée au fort Conger: je ne pus renvoyer les Esquimaux de ma/division que le 2 avril.

Au moment de quitter Itah je n’avais pas encore décidé, si en partant du fort Conger, je me dirigerais vers le nord en passant par le cap Hécla, ou si Je prendrais plutôt comme route la côte nord-ouest du Groenland. Je choisis à présent la seconde de ces

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routes. D’un côté, la saison avancée et l’état de mes chiens s’opposaient à ce que j’entreprisse un trop long voyage ; or, si je donnais la préférence au cap Hécla, et qu’ensuite je ne pusse pas aller jusqu'au bout, les résultats obtenus seraient nuls. Si, par contre, je prenais par le Groenland et qu'il me fût impossible d'avancer vers le nord en m’engageant sur la grande banquise polaire, il me restait tout de même une côûte inconnue à explorer, et l’occasion d'apprendre quelque chose d’utile. L’issue me donna complètement raison.

Je comptais partir du fort Conger le 9 avril, mais le gros temps retarda le départ jusqu’au 11, jour où Je pus enfin me mettre en route avec sept traîneaux.

A la première étape après le fort Conger, mon meilleur indigène tomba malade. Je dus le ramener au fort le lendemain, pendant que les autres traversaient le détroit pour gagner la côte du Groenland où je devais les retrouver deux ou trois jours plus tard. Lorsque je les eus rejoints, nous partimes ensemble pour remonter la côte du Groenland. Jusqu’au cap Summer nous fûmes obligés, presque constamment, de travailler à creuser une route dans une glace très accidentée. Avant d’arriver au cap Summer, on aperçut au ciel, au delà du cap Brewoort, la tache sombre qui indique la présence d’eau libre immédiatement au-dessous.

Depuis le cap Summer jusqu’au camp du Promontoire, dans la baie de Newman, 1l fallut sans cesse se tailler une route. Ensuite nous nous vîimes arrêtés jusqu’au 21 par des rafales continues. Repartis avant

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