D. ES
marchions à tâtons sur une glace accidentée et d'énormes bancs de neige durcie dont la forme ressemblait à celle des vagues. Pour notre quatrième étape, nous eûmes un temps clair, mais une glace épouvantable, composée de fragments de vieux floes, d’arêtes de glaçons épais soulevés à des hauteurs de vingt-cinq à cinquante pieds, de crevasses et de trous masqués par la neige; le tout entrecoupé d’étroits canaux d’eau libre. Cette marche nous mena le 16 mai, à cinq heures du matin, au bord septentrional d’un fragment de vieux floe borné par une nappe d’eau. Une reconnaissance faite du sommet d’un monticule de quelque cinquante pieds de haut me montra que nous étions au bord du pack ouvert, tandis que l’aspect du ciel révélait la présence d’eau libre à une faible distance.
Cette nuit-là, au lieu de dormir, je passai mon temps à prendre des observations et à relever à l’aide de ma lunette le dessin de la côte, à l’est du cap Washington. Le lendemain, je repris le chemin de la terre où nous arrivâmes en une seule longue étape et où l’on dressa aussitôt la tente.
À moins d’un mille de notre campement suivant, un troupeau de quinze bœufs musqués dormait paisiblement; je me gardai de les inquiéter. Pendant les trois étapes suivantes, nous parcourûmes de grandes distances sur une glace facile et par un soleil aveuglant. Un vent d'est assez fort nous brûlait le visage comme un SirOCCO.
La première nous mena jusqu’à un cap magnifique,
RAPPORT
le cap Bridgman, à partir duquel la côte s’infléchit vers le sud-est. Ce cap se trouve sous la même latitude que le cap Washington. Les deux marches suivantes nous firent redescendre la côte orientale jusqu’au 83° parallèle. Au cours de la première, nous franchîmes l’entrée d’un grand ford orienté vers le sud-ouest (magnétique) et qui s’enfonçait profondément dans les terres.
Le lendemain, grâce à une éclaircie dans le brouillard, je vis une haute montagne d’une forme particulière, que je reconnus pour être la cime aperçue par moi, en 1895, du sommet de l’inlandsis au sud de la baie de l’Indépendance et qui s'élevait fièrement au-dessus des terres dans la direction du nord. Je donnai à cette montagne le nom de mont Wistar.
L'’épaisseur du brouillard finit par nous obliger à faire halte sur l’extrémité d’une pointe basse, recouverte entièrement d’une fine poussière de neige glacée, et que Je jugeai devoir être une petite île située dans l'embouchure d’un grand ford.
J'avais remarqué cette île (?) de mon campement de la veille. J'avais vu aussi qu’au delà se dressait la masse épaisse d’une montagne formant le cap opposé d’un grand fiord qui m’en séparait, et plus loin encore, un nouveau cap. On distinguait clairement de l’eau libre à quelques milles du large, tandis que des nuages d’eau s’étendaient vers le sud-est.
J'attendis deux nuits et un jour que la brume s’éclaicît. Puis, voyant que rien n’indiquait qu’elle dût le faire bientôt, et comme mes provisions étaient épui-
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