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Wii 4 | ‘Ait PLUS PRES DU POLE À fl ” . ° 1 à Il sées, je commençai mon voyage de retour le 22 mai, à [A 3 h. 30 du matin, après avoir élevé un catrn où Je l fl . . nel déposai le rapport ci-dessous :
1 P PP [AE Fu sen COPIE DU RAPPORT DÉPOSÉE DANS LE CAIRN DE L'ILE | CLARENCE WYCKOFF FUN 20 mai.
Arrivé ici à 10 h. 30 du soir, venant d’Itah vi Le LA | fort Conger et l’extrémité nord du Groenland. Quitté | 1: Itah le 4 mars. Quitté le fort Conger le r1$S avril. Arrivé nord du Groenland 13 mai. Atteint le 16 ma api un point sur la glace de haute mer par la latitude | nord 83°50.
En arrivant 1c1, 1l me restait des rations pour une étape vers le midi. Depuis deux jours un brouillard épars me retient ici. Je vais retourner sur mes pas.
J'ai avec mor mon homme, Matthew Henson, Ahngmalokto, un de mes Esquimaux, seize chiens et | trois traîneaux.
Ce voyage s’est effectué sous les auspices du Club Arctique Peary de New-York, et grâce aux fonds pal! souscrits par cette société.
Les membres du Club sont les suivants : Morris AE FA K. Jesup, Henry W. Cannon, Herbert L. Bridoman, | | John Flagler, E. C. Benedict, James ]. Hill, H. H. Be- | | nedict, James ]. Hill, H. H. Benedict, Frederick E. Hyde, E. W. Bliss, H. H. Sands, ]. M. Constable, C. F. Wychoff, E. G. Wyckofÿf, Charles P. Daly,
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RAPPORT
Henri Parish, À. À. Raven, G. B. Schley, E. B. Thomas, et d’autres encore.
R. E. Peary, de la Marine des États-Unis.
Le brouillard ne nous quitta pour ainsi dire pas, jusqu’à ce que nous eussions dépassé l’île de Lockwood ; mais comme nous avions une piste pour nous guider, il ne nous retarda pas autant qu’une tempête venant du bassin polaire, qui couvrit le sol d’une couche épaisse de neige, et nous retint prisonniers pendant deux Jours au cap Bridgman.
Au cap Morris K. Jesup, extrémité septentrionale du Groenland, j’érigeai un cairn élevé où je déposai le rapport suivant :
COPIE DU RAPPORT DÉPOSÉ DANS LE CAIRN DU NORD 13 mai 1900, 5 heures du matin.
Viens d'arriver ici d’Itah, vià le fort Conger. Quitté Itah le 4 mars. Quitté le fort Conger le IS avril. A1 avec moi mon homme Henson, Ahngmalokto, un de mes Esquimaux, seize chiens et trois tratneaux ; tous en assez bon état. Je continue aujourd'hui vers le nord (magnétique) sur la glace de haute mer. Temps beau. J'accomplis ce voyage sous les auspices du Club Arctique Peary de New-York et grâce aux fonds Souscrits par cette société, qui compte au nombre de ses membres : Morris K. Jesup, Henry W. Cannon, etc. K. E. Peary,
de la Marine des États-Unis.
17 mai.
Suis de retour 1c1. A1 atteint la latitude nord 83°$0' directement au nord de ce cairn. Me suis vu arrêté par une glace extrêmement accidentée, entrecoupée de canaux d’eau libre. « Ciel d’eau » vers Le nord, Me dirige aujourd’hui vers l’est, le long de la côte. Beau temps.
26 mai.
Suis encore revenu 101. Ai atteint un point sur la côte orientale, vers le 83° de latitude nord. Eau libre tout le long de la côte à quelques milles de distance. Aucune terre en vue vers le nord, ni vers l’est, Depuis sept jours, suite ininterrompue de brouillards, de vent et de neige. À l'heure qu'il est, il neige; le vent est dans l’ouest et assez violent. La température est de — 0° et demi. Tué dix bœufs musqués à l’est d'ici. Compte partir demain pour le fort Conger.
Je déposai enfin au cap Washington une copie du rapport de Lockwood, recueilli dans le cairn de l’île Lockwood, et auquel j'avais ajouté les détails ci-après :
« Cette copie du rapport laissé le 16 mai 1882, par le lieutenant J. B. Lockwood et le sergent D. L. Braïnard (aujourd’hui colonel), de l’armée des États-Unis, dans le cairn de l’île Lockwood au sud-ouest d'ici, a été déposée par moi dans ce cairn, élevé sur la terre la plus éloignée qu’ils aient aperçue, comme hommage à l'adresse de deux hommes courageux, dont l’un a payé
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de sa vie les résultats obtenus par lui dans les régions arctiques (29 mai 1900). »
Pendant quelques minutes, au cours d’une de ces étapes, le brouillard se leva, dévoilant à nos yeux le magnifique panorama des montagnes de la côte septentrionale. S’élevant, blanches comme le marbre, sous leur manteau de neige nouvellement tombée, elles présentaient un aspect des plus sauvages sous la masse de nuages couleur de plomb qui couronnait leurs cimes. Nous rencontrâmes deux troupeaux de bœufs musqués, l’un de quinze têtes, l’autre de dix-huit, avec quelques traînards. Nous en tuâmes quatre pour en nourrir nos chiens, et je rapportai la peau de l’un d’eux, tiré à moins d’un mille du point Septentrional du Groenland, pour servir de trophée au Club.
À la hauteur de l’île Mary Murray, le brouillard cessa, et nous fîmes des progrès rapides. Du cap Nord au cap Washington, il ne nous fallut que quatre étapes. Le temps clair nous permit d’apercevoir de l’eau libre qui s’étendait du cap du Dôme au cap Washington, à quelques milles du rivage.
Au cap Noir, nous trouvâmes une vaste étendue d’eau libre qui s’étendait à partir du rivage dans la direction du nord. Partout, le long de cette côte, on constatait les violents effets du bizzord récent. Le pack polaire avait été poussé avec une force irrésistible contre la côte hérissée de falaises. A chaque promontoire la glace avait été soulevée jusqu’au sommet de la digue de vieille glace qui régnait le long de la paroi
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extérieure de l’icefoot, en une terrible cataracte de blocs énormes. Par endroits, ces amoncellements de glaçons brisés atteignaient une hauteur de cent pieds et même davantage. La vieille glace dans les baies et dans les fiords avait eu son rebord extérieur chargé | | d’une grande digue de ces fragments de glace. Elle 1e CU était elle-même brisée et broyée par une pression 1rré- | sistible et formait de longues ondulations. Toute la RUE QU jeune glace qui nous avait tant aidés à l'aller, s’était vue écrasée en menus fragments qui avaient disparu dans | le bouleversement général.
! Quoique nous fussions gênés par la brume, nous accomplîmes en vingt-cinq heures et demie de marche effective le trajet du cap Nord au cap Bryant. Le 6 juin, à sept heures du matin, nous campâmes sur le rebord de l’icefoot, à l'extrémité orientale des falaises | de la Corne-Noire. En grimpant à une hauteur de quel- | ques centaines de pieds, jusqu à un point d’où l'on voyait tout l’espace qui s’étendait au bas des falaises, je ne vis à mes pieds qu’un fouillis de menus fragments | de vieille glace maintenus contre le rivage par la pres- | sion du pack. On pouvait compter, en mettant les choses au mieux, sur un labeur des plus pénibles pour arriver à franchir ce promontoire. De plus, 1l était certain que tout se disloquerait aussitôt que la pression se
relâcherait tant soit peu.
Je m’y engageai néanmoins le lendemain. À un
tiers du chemin, la glace commença en eflet à s'ouvrir. Ce ne fut qu’en passant rapidement d'un glaçon à
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l’autre, au risque de tomber à l’eau, que nous finîmes Par nous trouver sur un vieux //oe qui nous permit, après plusieurs heures d’efforts surhumains, d’atteindre l’icefoot à l'extrémité occidentale des falaises.
Après cela il fut de nouveau possible d’avancer rapidement. Trois étapes nous menèrent au fort Conger Où nous arrivâmes le 10 juin, à une heure et demie du matin. Nous avions cependant été fort gènés par la nappe d’eau libre qui se trouvait entre le port du Repulse et le cap Brewoort et qui s'était étendue, à présent, dans le détroit de Robesson, jusqu’au delà du cap Summer, ainsi que par la glace pourrie qui en occupait les approches.
En passant je pris des copies des rapports anglais déposés par Beaumont dans le cairn du port du Repulse, copies que je rapportai pour faire partie des archives du Club. Ils forment un des plus beaux chapitres de l’histoire des explorations arctiques, au point de vue de ce que peuvent oser et supporter des êtres humains soumis aux plus rudes épreuves.
Cette expédition m'avait permis de fixer une fois Pour toutes le contour septentrional de l'archipel du Groenland. Elle avait servi à relever le tracé de la côte vers le sud jusqu’à la baie de l’Indépendance, ne laissant d’inexploré que la partie relativement peu considérable qui s'étend depuis cette baie jusqu’au cap Bismarck. Je pus m’assurer aussi qu'il n’existait aucune terre à une très grande distance dans la direction du nord et du nord-est. Tout portait à croire que la côte
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suivie par nous forme le rivage d’une mer Polaire centrale, s'étendant sans interruption jusqu’au Pôle d’abord, et ensuite jusqu'aux groupes du Spitzberg et de la terre François-Joseph, dans l'autre hémisphère.
Je pus déterminer également l’origine des /Zoebergs et de la glace paléocristique. Enfin un autre résultat de oyage fut d'éliminer désormais cette route du nombre de celles qui peuvent un jour permettre d'atteindre le Pôle Nord. Le caractère accidenté de la glace, les nombreuses étendues d’eau libre et le moulativement rapide du pack autour de la côte ale, pour finir par être entraîné vers le sud ant du Groenland oriental, sont autant de
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vement re septentrion par le cour circonstances extrêmement défavorables.
Pendant mon absence, on s'était procuré, dans les environs du fort Conger, quelque trente-trois bœufs musqués et dix phoques. On avait établi des caches, en vue de mon retour, au port de Thank God, au cap Lieber, et dans la baie Lincoln; enfin on avait été prendre du sucre, du lait et du thé dans les diverses
caches échelonnées entre le fort et le cap Louis-
Napoléon.
Une partie de mes hommes passérent le mois de juillet dans la région qui s'étend à l'ouest de la baie Discovery. Leur butin s'était élevé à environ quarante bœufs musqués.
Pendant le mois d’août et le commencement de
septembre, nous fimes diverses autres parties de
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chasse d’une durée moindre, au cours desquelles on tua une vingtaine de bœufs musqués.
Vers le milieu du mois de septembre je partis avec Henson et quatre Esquimaux pour aller au lac Hazen. Il était évident, en effet, que mon navire ne pourrait plus nous rejoindre, et il s’agissait de se procurer des bœufs musqués pour notre provision d’hiver. Poussant, à l’ouest, jusqu’à la vallée de la rivière Very, nous avions, avant le 4 octobre, abattu quatre-vingt-douze de ces ruminants. Plus tard, on en tua encore neuf, ce qui fit un total de cent un pour la campagne de chasse d’automne.
Depuis le commencement de novembre jusqu’au 6 mars, mes hommes habitèrent, la plupart du temps, des zg/00s bâtis dans le voisinage immédiat du gibier tué dans les divers endroits situés entre la baie Discovery et la rivière Rugpgles.
Le 5 avril, je partis du fort Conger avec Henson, un indigène, deux traîneaux et douze chiens pour pousser une pointe vers le nord. En même temps le reste de mes hommes, avec deux traîneaux et sept chiens se mettaient en route, dans la direction opposée, pour gagner les caps d’Urville et Sabine afin de se mettre en communication avec le navire, ou tout au moins tâcher d’en avoir des nouvelles.
Arrivé dans la baie Lincoln, je me rendis compte que l’état de mes hommes et de mes chiens ne me per-
mettait pas d’espérer atteindre le Pôle. Je me décidai donc, bien à contre-cœur, à revenir sur mes pas.
De retour au fort Conger, après une absence de huit jours, j'y trouvai le restant de mes hommes. Ils étaient revenus au bout de quatre jours, après avoir poussé jusqu’à un tiers environ de la baie Lady Franklin. Heureusement, la veille de mon arrivée, un des Esquimaux avait tué plusieurs bœufs musqués sur le rivage de la baie Saint-Patrick, ce qui me permit de bien nourrir mes chiens avant de me mettre en route le 17 avril, avec tout mon monde.
Le 30 avril, à la pointe Hayes, je rencontrat un groupe du Windward cherchant à gagner le fort Conger. Ils m’apportaient, avec mon courrier, la nouvelle que le navire se trouvait au port Payer et que M": Peary et notre petite fille étaient à bord. Après un repos à la hutte du cap d’Urville, je partis pour rejoindre le Windward, où j'arrivar le 6 mai.
Je m'’accordai quelques jours de repos, après quoi on se mit à établir de nouvelles caches échelonnées vers le nord le long de la côte, dans la direction du fort Conger. Ce travail nous occupa jusqu'au milieu de juin. Depuis ce moment jusqu’au 3 juillet, on s’occupa d'installer un campement d’hivernage au port Payer. Ce jour-là, le Windward se dégagea de la glace qui l’emprisonnait et gagna la côte du Groenland. Le mois de juillet fut consacré à la chasse aux morses. On en tua cent vingt-huit que l’on transporta au port Payer.
Le 4 août, l’Erik envoyé par le Club, sous les
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ordres du secrétaire, H. L. Bridgman, pour se mettre en communication avec moi, arriva devant Itah. Après la tournée habituelle dans les campements esquimaux, les deux navires se livrèrent ensemble, jusqu’au 24 août, à la chasse au morse. A cette date le Windward nous quitta pour se rendre dans le midi, tandis que l’Erik prenait la mer pour nous débarquer, moi et mes hommes, au port Payer, ainsi que les morses tués par nous.
La route du port Payer se trouvant barrée par une grande quantité de glace épaisse, je priai le secrétaire Bridgman de nous débarquer dans une petite crique à douze ou quinze milles au sud du cap Sabine. Je comptais de là gagner le port Payer à la première occasion, dans mes canots ou avec mes traîneaux. On fit comme je demandais, et le 29 août l’Eyrik reprit
la mer.
J'arrivai au port Payer, le 15 septembre, après avoir franchi la baie de Ross, en partie par traîneau et en partie par canot, et traversé à pied l’île de Bedford Pim.
Bientôt après, mes Esquimaux commencèrent à tomber malade. Avant le 19 novembre, 1l en était mort six. Dans l’intervalle, je transportai moi-même en traîneau une bonne partie des approvisionnements de la crique au quartier général, pendant que Henson se rendait avec quelques Esquimaux dans le fond de la
baie Buchanan, où 1l réussissait à tuer des bœufs musqués.
L'hiver se passa tranquillement et confortablement. Nous tuâmes encore deux bœufs musqués dans la baie 3uchanan et six rennes à Itah.
Le 2 janvier, on se mit sérieusement à l’œuvre pour préparer la campagne du printemps qui commença le 11 février. Ce jour-là, je fis partir en avant six trafneaux peu chargés, avec mission de choisir une route pour traverser l'entrée de la baie Buchanan et de bâtir un 29/00 par le travers du cap Albert. Le 12, j'envoyai deux de mes meilleurs chasseurs faire une reconnaissance et chasser l’ours du côté du cap Louis- Napoléon.
Le 13, huit traîneaux partirent avec des charg'ements de pemmican qu’ils transportèrent presque jusqu'au cap d’Urville. Le 10, mes deux éclaireurs revinrent. Comme leur rapport était favorable, je fis partir, le 18, quelques Esquimaux, avec deux traîneaux chargés de pemmican, à destination du cap Louis- Napoléon. Ils revinrent quatre jours plus tard, leur mission accomplie. Le soir du 28, tout était prêt. Henson devait partir en avant-garde le lendemain avec trois de mes meilleurs hommes pour éclairer la route jusqu’au cap Conger. Je comptais les suivre moi-même quelques jours plus tard avec le gros de l’expédition.
Une tempête qui se mit à souffler du nord retarda le départ d’Henson jusqu’au 3 mars, jour où il put enfin se mettre en route avec six traîneaux et une
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cinquantaine de chiens. Deux de ces traîneaux étaient destinés à lui servir de renfort jusqu’au cap Lawrence, après quoi ils devaient revenir sur leurs pas.
Le 6 mars, à neuf heures du matin, quatorze traîneaux quittèrent la baie de Payer et contournèrent le cap Sabine, en route pour le nord. Je suivis à midi avec mon grand traîneau le Long Serpent, attelé de dix beaux chiens gris. Deux autres traîneaux m’accompagnaient. La température était alors de — 28°8 centigrade. Le minimum de la nuit précédente avait été de — 37° trois quarts. Nous rejoignîmes les autres à l’i2100 auprès du cap Albert et nous y passâmes la nuit. Température — 41° trois quarts. Le lendemain, nous gagnâmes le cap d’Urville par une température allant de — 42° trois quarts à — 45°.
Je m'arrêtai vingt-quatre heures au cap d’Urville pour bien sécher nos bottes et, après avoir renvoyé deux traîneaux, je repartis le matin du 9 mars, emportant avec moi de la hutte certains approvisionnements. Je campai à quelques milles en deça du cap Louis- Napoléon. L'étape suivante me mena au cap Frazer, et la suivante encore au cap Collinson. Pour la première fois, sur quatre que j'ai fait le trajet, je pus traverser l’entrée de la baie Scoresby presque en droite ligne, au lieu de me voir forcé de faire un grand détour dans l’intérieur de la baie. |
Je me rendis en une étape du cap Collinson au Cap Lawrence sur la côte septentrionale de la baie Rawlings. Bien qu’il nous fût possible de traverser cette
fe baie sans faire autant de crochets que d’habitude, la
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glace y était très accidentée.
ll | Apprenant par une lettre de Henson, trouvée au TP cap Lawrence, que j'avais gagné vingt-quatre heures sur lui, et ne voulant pas le rattraper avant le fort
Conger, je m’arrêtai un jour en cet endroit. Je profitai
AE 24 de cette halte pour réparer plusieurs traîneaux, endommagés pendant le trajet. Je renvoyai de là cinq hommes avec les traîneaux les moins bons et les chiens les plus éprouvés. Encore trois étapes, et nous nous trouvions au cap L. van Buch, au nord de la baie Carl Ritter. La marche avait été fort pénible par moments. La de température avait varié entre — 42° trois quarts et — 36° centigrade.
Deux bonnes étapes nous menèrent dans la première vallée débouchant sur la côte, au nord du cap Defosse. J'avais de nouveau gagné deux Jours sur mon avant-sarde. La glace du détroit se trouvait dans un état suffisamment favorable pour nous permettre d'éviter le terrible zcefoot qui s'étend jusqu'au cap Lieber. Comme, d’autre part, mes chiens étaient en bon état, j'accélérai mon allure à partir de ce promontoire, couvrant en une seule étape la distance qui me séparait encore du fort Conger, où j’arrivai environ une L heure et demie après le groupe d’'Henson.
| J'étais venu en douze étapes du port Payer au fort Conger, un trajet de trois cents milles. On passa quatre jours au fort à réparer les traineaux et les harnais, à sécher et à raccommoder les
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RAPPORT
vêtements et à battre les environs dans un rayon considérable, à la recherche des bœufs musqués. Nous n’en aperçûmes aucun, mais en revanche on tua une centaine de lièvres durant ces quatre journées. Pendant ce temps, la température varia de — 40° à — 40° et demi centigrade. Sept Esquimaux rebroussèrent chemin à partir du fort; ils emportèrent avec eux les instruments de l'expédition de la baie de Lady Franklin, ainsi que d’autres objets appartenant au Gouvernement et abandonnés ici en 1883.
Le matin du 24, je me mis en route vers le nord avec neuf traîneaux. Je campai la première nuit au dépôt B. J'avais espéré, l’étape suivante, gagner la baie Lincoln, mais un peu avant d’arriver à la baie Wrangel, une tempête de neige aussi subite que violente nous obligea à camper à la pointe méridionale de cette baie. Nous y restèmes bloqués pendant toute la journée du 26. Le 27 au matin, on put se remettre en route et nous poussâmes jusqu’au Cap Union, bien qu’on eût rencontré, sur cette partie de la côte, bon nombre de ces bancs de neige durcie, en pente latérale, si fatigants pour les hommes, les chiens et les traîneaux.
À une centaine de mètres au delà de notre 19/00 régnait une nappe d’eau libre, dont la présence nous avait été signalée, alors que nous étions encore au campement de la baie Wrangel, par les nuages qui flottaient au-dessus. Comme en 1900, il me parut que cette eau s'étendait, au nord, au delà du cap Rawson,
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pour traverser ensuite tout le détroit jusqu’au cap Brewoort, sur la côte du Groenland.
On réussit, heureusement, au prix de précautions infinies et d’efforts prolongés, à faire passer les traineaux, non sans l’échapper belle plusieurs fois, le long de l’icefoot étroit et dangereux, jusqu’au delà du cap Noir.
Sur cette partie de la côte, l’icefoot était tel que l'avaient trouvé Egerton et Rawson en 1876 et Davy en 1882, nous obligeant à nous tailler une route sur presque toute sa longueur. Il convient d’ajouter qu'une équipe d’'Esquimaux gais et ardents au travail s’acquitte avec une facilité relative de ce qui serait, pour des blancs, une besogne lente et ingrate entre toutes.
Au delà du cap Noir, l’état de l’icefoot devint un peu meilleur. J’avançai donc plus rapidement, afin de pouvoir camper au quartier de l’A/erte. Au moment où nous arrivions en vue du cairn de l’Alerte, on aperçut, à une petite distance vers l’intérieur, trois bœufs musqués qu’on réussit à tuer; ils étaient très maigres et ne fournirent qu'un repas très insuffisant pour mes chiens.
Les deux étapes suivantes nous menèrent, l'une jusqu’au cap Richardson, l’autre sous le vent de View Point, où l’on fut obligé de s’arrêter et de bâtir un igloo en toute hâte, par une de ces tempêtes si fréquentes dans les régions arctiques. On constatait, tout le long de la côté, de la jeune glace, des nappes d’eau, et un « ciel d’eau » presque ininterrompu.
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La dernière étape s’étant effectuée par une neige profonde, je n’osai pas prendre le raccourci anglais et traverser la presqu'île Fielden, derrière le cap Joseph- Henry; je préférai de beaucoup contourner ce dernier sur l’icefoot.
Il se trouva que, sur une petite distance, ce fut le plus mauvais que j’eusse jamais rencontré. A un moment donné, mon traîneau ayant glissé sur une pente, deux hommes faillirent perdre la vie. Ils s’en tirèrent par un véritable miracle : leurs pieds dépassaient déjà le bord de la paroi verticale de l’icefoot, qui n'avait pas moins de cinquante pieds de hauteur.
À l'extrémité même du promontoire, il fallut faire passer les traîneaux sur un rebord de glace de moins d’un mètre de large, tout contre la falaise, à une hauteur que J'estimai devoir être d’au moins soixante-quinze pieds au-dessus de la surface toute hérissée d’aspérités du ffoe qui se trouvait au-dessous. A l’ouest du cap, l’icefoot s’élargit et devint presque horizontal. Malheureusement il était recouvert d’une couche si épaisse de neige molle qu’elle nous arrêta et nous obligea à camper.
Le lendemain, nous arrivions à l’île Crozier, où nous fûmes arrêtés le 2 et le 3 avril par un violent vent d'est. Le 4, le 5 et le 6 furent consacrés à la chasse aux bœufs musqués. Nous en abattîmes trois, dont deux très petits. Je renvoyai de là trois Esquimaux, ne gardant avec moi que quatre Esquimaux et Henson.
Je reconnus, avec ma lunette marine, l’état de la
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banquise, dans la direction du nord, du point le plus élevé de l’île Crozier.
Le pack, quoique très accidenté, l'était peut-être un peu moins que je ne l'avais vu deux ans plus tôt au nord du cap Washington. J'étais disposé à croire que nous pourrions en venir à bout à moins que la neige n’y fût par trop profonde et trop molle, circonstance que la lunette seule ne permettait pas d'apprécier.
Le matin du 6 avril, je quittai l’île Crozier, dans la direction du nord-est. En arrivant à l’extrémité du cap Hécla, nous tournâmes brusquement à droite, franchissant le rebord de l’icefoot pour descendre sur le pack polaire. La pointe de nos traïneaux, pesamment chargés, enfonçait profondément dans la neige, dans laquelle aussi nos chiens barbotaient jusqu à mi-COrps. Nous commencions l'effort définitif pour pousser directement vers le Pôle.
Il y avait tout juste un mois que nous étions en campagne. Nous avions parcouru, au bas mot, quatre cents milles, sur un terrain des plus difficiles et par des températures variant de —42° trois quarts à — 49° et demi centigrade, et nous ne faisions qu’aborder la partie vraiment difficile de notre entreprise, la conquête du pack polaire.
À deux milles environ du cap se trouvait une zone
wlace de formation très récente, parallèle à la
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direction générale de la côte. Des nappes de glace très accidentée, prises dans cette zone, nous obligeaient à des détours très fréquents et très longs. Il était plus
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facile, somme toute, de faire un crochet d’un mille sur la jeune glace, pour contourner un de ces îlots, que d'essayer d’y faire passer nos traîneaux.
Le bord septentrional de cette jeune glace consistait en une digue élevée, formée d’épais fragments de vieille glace empilés les uns sur les autres. Nous finîmes par trouver un endroit où l’on pouvait franchir cet obstacle, après quoi on se trouva sur un vieux ffoe, où je donnai l’ordre de construire un igloo. Nous étions
peut-être à cinq milles de la côte.
Le matin du 7 nous amena le beau temps. Après avoir traversé le vieux /foe, nous rencontrâmes une zone de fragments de glace ancienne, recouverts d’une couche épaisse de neige. Il fallut, pour la franchir, des eflorts inouïs. Les chiens s’enfonçaient dans la neige, réduits, pour ainsi dire, à l'impuissance. De temps en temps, l’un ou l’autre d’entre eux disparaissait complètement. Tantôt nous piétinions la neige autour des traîneaux pour les dégager d’un trou où ils s’étaient enfoncés; tantôt 1l fallait les soulever complètement pour leur faire franchir une barrière de gros glaçons. Nous obliquions à droite, nous obliquions à gauche, nous revenions sur nos pas. La plupart du temps, nous tracions une route à l’aide de nos raquettes et de nos piolets.
Vers la fin de l’après-midi un étroit canal nous offrit un terrain assez facile. Ensuite nous rencontrâmes une ou deux petites étendues d’un terrain plus favo-
rable, puis trois ou quatre vieux /?oes plus petits, cou-
verts d’une couche épaisse de neige, mais qui n’en Va semblaient pas moins une bénédiction du Ciel, après le Ut labeur surhumain de l’heure précédente. On campa ju | sous le vent d’un grand hummock à l'extrémité septentrionale d’un vieux /foe relativement petit, mais très épais. Tout le monde était à bout de forces. Les chiens
ur = = pééms
UE eux-mêmes se laissaient tomber sans mouvement, dans | la neige, sitôt que le fouet cessait de claquer.
Nous étions à présent exactement au nord du cap | | Hécla. J’estimais que nous avions couvert six milles, Dre peut-être sept, peut-être aussi moins de cinq. Quand on | rencontre des obstacles sérieux comme ceux que nous A Lt rencontrions à peu près tous les jours, il est difficile de se rendre exactement compte des distances.
Le 12, nous fûmes bloqués de nouveau par une tempête qui se mit à souffler de l’ouest, accompagnée d’une neige si épaisse qu’on ne pouvait même voir ceux d’entre les chiens qui étaient attachés le plus près | de l’i2100. Les vieux floes sur lesquels nous campions, | se fendirent bruyamment, la glace gémissait et grondait | à tous moments.
Au cours de la première étape, après avoir quitté cet 22100, il fallut faire un crochet vers l’ouest pour éviter une nappe d’eau recouverte d’une couche de jeune glace si mince qu’il eût été dangereux même pour
un chien, de s’y aventurer. Un peu plus loin, un large
canal d’eau libre nous fit obliquer d’abord vers le
nord-ouest, puis vers l’ouest, jusqu’à ce qu'enfin une
zone de glace très accidentée nous empêcha d’en
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suivre davantage le bord. Je grimpai au sommet d’un monticule élevé, d’où je vis que cette glace s’étendait à perte de vue, sur les deux bords du canal, dans la direction de l’ouest et du nord-ouest. Il n'y avait évidemment pas autre chose à faire que de camper et d'attendre que ce canal, certainement élargi, sinon formé par l'orage de la veille, voulût bien se refermer ou qu'il s’y formât une glace suffisamment épaisse pour nous permettre de le franchir. Pendant la première nuit que nous passâmes auprès de ce canal, il se resserra quelque peu, mais pas assez pour qu'il fût possible de passer. Je renvoyai encore deux Esquimaux le lendemain matin.
Le 14, vers la fin de l'après-midi, le canal commença à se refermer. Nous hâtant d’arrimer nos trafneaux, nous les fimes passer de l’autre côté sur des glaçons mouvants. Nous nous trouvions à présent dans une zone de hautes digues de pression, parallèles les “res aux autres, et recouvertes d’une neige épaisse, Ces digues se formaient toutes les fois que le canal s’ouvrait et se refermait. Nous parvinmes, non sans peine, à franchir cet obstacle et à déboucher sur une série de vieux Jloes très petits, mais extrêmement compacts et raboteux. La neige y était encore plus profonde et plus molle que du côté méridional du canal. Après une journée de seize heures, je donnai l’ordre de faire halte, bien que nous ne fussions qu'à deux ou trois milles au nord du grand canal.
Pendant la première partie de l'étape suivante,
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[1 nous passâmes sur des fragments de vieux f70es très épais, qui se mouvaient lentement dans la direction de fl | l’est. Il nous fallut à plusieurs reprises attendre que ces dre glaçons fussent l’un tout contre l’autre pour pouvoir avancer. Plus loin, nous dûmes obliquer à l’est. Une 41 zone de glace impraticable s'étendait à perte de vue pi vers l’ouest, le nord et le nord-est.
Nous venions à peine de la contourner et de reprendre la direction du nord lorsque nous nous vimes arrêtés par un canal large d'une cinquantaine de pieds. À partir de ce moment, les jours se ressemblèrent beaucoup : tantôt nous faisions un peu plus de chemin, tantôt un peu moins, mais en dépit de tous nos efforts la moyenne journalière allait régulièrement en diminuant. Il faut dire aussi que le brouillard et le gros temps contribuaient à nous retarder.
Je cite un passage de mon livre de bord :
« 21 avril. — La partie est perdue. Le rêve que | je caresse depuis seize ans s’est envolé. Le temps | s’éclaircit pendant la nuit, et le matin on se met en route.
Neige profonde. Deux vieux floes peu étendus. Puis
nouvelle zone de glaçons épais et de neige profonde.
Du haut d’un monticule, je vois que cette zone s'étend
à perte de vue vers le nord, l’est et l’ouest. Les deux | vieux //oes sur lesquels nous venons de passer sont les | seuls que l’on aperçoive. Pas moyen de pousser plus | loin; je fais dresser la tente. J'ai lutté tant que j'ai pu. Je ne crois pas trop m'avancer en disant que la lutte a été courageuse. À l’impossible, nul n’est tenu. »
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Quelques heures après que nous eûmes fait halte, il s’éleva vers le nord un bruit semblable à celui que produit un ressac violent, bruit qui persista pendant toute la durée de notre séjour dans ce campement. Évidemment, de ce côté-là, les floes se resserraient sous l’influence du vent, ou bien, peut-être à en juger par la persistance du bruit, le pack tout entier se mouvait lentement dans la direction de l’est, Une Journée claire me permit de prendre une série d’observations. Nous nous trouvions par 84°17'27" de latitude nord ; la variation magnétique était de 99" à l’ouest. Je pris quelques photographies du camp, puis Je m’avançai à quelques centaines de mètres au nord de la tente en glissant à chaque pas sur les glaçons ou bien en enfonçant dans la neige jusqu’à la ceinture. Ensuite je fis donner double pâtée aux chiens et je me couchai pour tâcher, si c'était possible, de prendre quelques heures de sommeil avant de revenir sur mes pas.
Nous commençâmes le voyage de retour le 21, bientôt après minuit. Il soufflait un vent d’ouest assez fort et il neigeait abondamment. Je précipitai le départ afin de profiter, autant que possible, de notre piste pour nous guider, avant qu’elle fût effacée par la neige qui tombait. Il était déjà bien assez difficile de la suivre par la lumière incertaine qu'il faisait, et par la neige aveuglante, Quand on la perdait, on se déployait en tirailleurs jusqu’à ce qu’on l’eût retrouvée.
En arrivant au dernier canal franchi à l'aller, au lieu de trouver l’eau libre qui nous avait alors barré le
passage pendant un certain temps, on s'aperçut que notre piste disparaissait sous une énorme digue de pression que Je jugeai avoir de soixante-quinze à cent pieds de haut. Par suite du mouvement des loes, la piste présentait une interruption. Il fallut un certain temps pour la retrouver.
Ce fut pour moi une étape fatigante. Je n'avais pas dormi la nuit précédente; à l’eflort physique que nécessitait le maniement de mon traîneau venait s'ajouter le souci constant de ne pas m'écarter de la piste. Lorsqu’enfin Je me décidai à camper, ce ne fut que pour quelques heures. Je me rendais compte, en effet, que tout le pack se mouvait lentement et que notre piste était en train d'être interrompue à tout moment par de nouvelles digues où par de nouveaux canaux. Il en résultait que le retour allait être au moins aussi lent et aussi laborieux que l'aller.
Les étapes suivantes furent à peu près pareilles à la dernière. En franchissant un canal, je faillis perdre deux traîneaux et leurs attelages. Arrivé au « Grand Canal >» comme j'avais appelé la large nappe d’eau d’où j'avais renvoyé les deux Esquimaux, je trouvai de tels changements que c’est tout au plus si je reconnus l’endroit.
À deux étapes plus loin, à partir du Grand Canal, les bouleversements de la glace avaient été tels, entre le moment où nous avions passé à l'aller et celui du retour de mes deux hommes, que ceux-ci, tout expé-
rimentés qu’ils fussent dans tout ce qui concerne la
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connaissance de la glace, s'étaient trouvés complètement désorientés. Ils avaient dû, selon toute apparence, errer au hasard, pendant au moins vingt-quatre heures avant de retrouver la piste. Depuis leur passage de nouveaux changements s’étaient produits, de sorte qu’il me parut préférable de me guider par ma boussole pour regagner la terre et que je traçai une piste nouvelle. Au cours de l’étape suivante, je retrouvai l’ancienne.
Le 26, de grand matin, nous atteignîmes l’avantdernier 12100, au nord du cap Hécla. Nous y campâmes par une tourmente de neige violente qui nous y retint pendant toute la journée du 27 et du 28. Nous repartimes enfin le 29, par un brouillard des plus épais, résolus, coûte que coûte, à nous ouvrir un chemin en droite ligne vers la côte, en nous guidant par la boussole. Malgré la neige profonde et la glace accidentée, n’évitant des chutes constantes que grâce à l’avertissement fourni par les chiens qui nous précédaient, on finit par atteindre la côte, après une étape longue et fatigante. La zone de jeune glace, qui régnait jadis le long du rivage, avait disparu par suite de pressions successives qui avaient soulevé des digues confuses et des amoncellements de glaçons irréguliers.
Le j/0e sur lequel nous avions campé à l’aller s'était fendu en deux, et la crevasse ainsi formée passait au milieu de notre 12/00, dont les deux moitiés semblaient se regarder par-dessus l’abîime. Cette étape avait épuisé deux de mes chiens; trois ou quatre autres n’en
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avaient évidemment plus pour longtemps. Nous ne nous rendîmes compte nous-mêmes de l'excès de notre fatigue qu’une fois arrivés. Le temps chaud et brumeux, venant s’ajouter aux efforts soutenus de la dernière étape avait fait baisser notre thermomètre physique de plusieurs degrés.
Comme cette fois nos traîneaux étaient bien moins chargés, je me décidai à tenter le raccourci par l’isthme de la presqu'île Fielden, et cette nuit-là je campai sous le vent de View Point. Quatre étapes nous menèrent ensuite àu fort Conger, où nous restâmes trois jours pour sécher nos vêtements, réparer nos traîneaux, et donner à nos chiens un repos dont ils avaient le plus srand besoin.
Je quittai le fort Conger le 6 mai et je gagnai le port Payer le 17, en onze étapes. Quelques jours plus tard, j’allai compléter le relevé des parties intérieures de la côte de la baie Dobbin, travail qui me retint une dizaine de jours.
J'avais projeté pour le mois de juin une petite expédition vers l’intérieur de la baie Buchanan et la côte occidentale de la Terre d’'Ellesmere. Je dus renoncer à ce voyage par suite de l’étendue d’eau libre qui s’était formée dans ces parages. Le reste du temps se passa donc à chasser assidûment afin de nous procurer une provision de viande pour l'hiver, au cas où il ne viendrait pas de navire.
Le 5 août, le nouveau Windward, envoyé par le Club, et m'amenänt M"° Peary et ma fillette, entra
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dans le port. On embarqua au plus vite hommes et provisions et 1l repartit aussitôt pour traverser le détroit. Arrivé sur la côte du Groenland, je débarquai mes fidèles Esquimaux. Je consacrai une huitaine de jours à leur procurer un nombre suffisant de morses pour leur permettre de passer l'hiver sans avoir à craindre de souffrir de la faim; après quoi le Windward prit la direction du midi.
Le 17 septembre, après un voyage où ne se produisit aucun incident digne d’être rappelé, j'arrivai à Sydney, Cap Breton, où j’eus le plaisir de trouver le secrétaire du Club, M. Bridgman, auquel je remis un rapport sommaire. de mes faits et gestes pendant
l’année qui venait de s’écouler.