MER LIBRE
quille, mais nous fixons nos amarres, trop heureux de jouir de quelques heures de tranquillité. Le temps s’est mis au beau, la température est d’environ 10°. Nous sommes protégés au nord par le delta de la rivière, au sud par des glaçons échoués contre le rivage. À quelques mètres au delà de ce rempart, d'énormes ffoes passent au fil du rapide courant.
Quelques Esquimaux organisent une battue et rapportent trente-six lièvres. Nous ne sommes guère qu'à une quinzaine de milles du quartier d’hiver de l’Alerte. Deux ou trois heures de marche par une mer libre nous permettront de battre le record des navires ayant pénétré le plus au nord dans ces régions; ce qui ne serait déjà pas un mince succès.
Le $ septembre fut une journée mémorable. On peut dire que ce jour-là mes doutes et mes appréhensions prirent fin. À trois heures et demie, nous nous mettons en route après une heure d’efforts pour sortir de notre prison. Une étroite zone d’eau libre existe tout contre le rivage jusqu’au cap Union, où l’on aperçoit une barrière de glace peu étendue, mais d’apparence compacte. Nous sera-t-il possible de la franchir? En nous approchant, nous voyons qu’elle n’a guère qu'un mille de largeur. Au delà, la mer est libre jusqu’à la hauteur du cap Rawson. Je garde les deux équipes de chauffeurs auprès des machines, et je réveille le premier mécanicien avant l'heure, car il est évident que si nous voulons passer, il faut que ce soit maintenant.
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