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L, L ' AN À A

déchaînaient avec la même fréquence; ils se frent encore plus violents à mesure que nous avancions vers le cœur de l’hiver. La glace était sans cesse en mouvement, surtout au moment des grandes marées; le mugissement de la banquise augmentait en force et devenait plus menaçant à mesure que la jeune glace se faisait plus épaisse et plus compacte.

Ce mouvement de la glace atteignit son point culminant la nuit de Noël. La banquise se détacha complètement de l’icefoot et du flanc extérieur du oosevelt. Autant qu’on pouvait en juger à travers l’obscurité, elle se disloqua complètement dans le voisinage de la côte et à l’entrée du chenal Robesson. Le même état de choses se produisit probablement dans toute la partie de la mer de Lincoln comprise entre le cap Joseph Henry et le cap Bryant et même au delà.

Il se produisait constamment des nappes d'eau libre tantôt sous forme de lacs, tantôt sous celle de canaux.

Le Roosevelt eut à subir de nombreuses pressions, dont aucune ne fut très sérieuse, mais qui suffisaient à nous maintenir sans cesse sur le qui-vive. La neige tombée sur le rivage et le long de l’icefoot nous obligea d’abord à nous servir de nos raquettes canadiennes. Plus tard elle se durcit, sous l’action du vent, au point de supporter le poids d’un homme. Presque toutes les conditions différaient complètement de celles trouvées dans cette région, trente ans auparavant, par l’expédition anglaise. Sous ces latitudes élevées les lunes d'hiver avaient une durée très considérable et un éclat

COURSES EN TRAINEAUX

intense, sauf lorsqu’elles étaient obscurcies par le mauvais temps.

La monotonie habituelle d’un hivernage dans les régions arctiques n'existait guère pour nous. Outre les alertes continuelles que nous procurait le mouvement des glaces, notre horizon était singulièrement élargi grâce aux campements que j'avais établis dans les terres. Le plus important se trouvait au nord du lac Hazen, sur le flanc méridional de la chaîne des monts États-Unis; il y en avait un autre au commencement du lac, un troisième sur les bords de la rivière Ruggles. On avait construit, de loin en loin, des huttes de neige sur la route qui menait du navire à ces divers campements.

Au commencement de chaque lune, des traîneaux arrivaient de ces différents points. Ils nous apportaient des chargements de viande avec des nouvelles au sujet du résultat de la campagne de chasse pendant les semaines précédentes. Ces traîneaux restaient quelques Jours au quartier général; ensuite on les rechargeaïit et ils emmenaient de nouvelles fournées d'Esquimaux qui allaient séjourner dans l’intérieur jusqu’à la prochaine lune. De cette façon nous avions toujours du nouveau.

Pendant ce temps on travaillait sans relâche à tout préparer en vue de l’expédition en traîneaux que nous devions faire au printemps. On construisit de nouveaux traîneaux ; on confectionna des tentes, des harnais, des traits et des vêtements de fourrure. Pour tous les

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ouvrages de couture, les femmes des Esquimaux nous rendirent des services précieux.

Sous la surveillance du second, M. Bartlett, on ouvrit les caisses de pemmican; on en distribua le contenu dans des sacs de toile commodes à manier et à charger sur les traîneaux. Quant à moi, j'avais la haute surveillance de tous ces travaux; je ne cessais de mûrir mes plans, d'imaginer des méthodes nouvelles, de compléter notre équipement.

Jamais je n’ai passé, dans les régions polaires, un hiver aussi libre, au point de vue moral autant que physique, de petits soucis, de privations énervantes. Les membres de l’expédition étaient sympathiques, d’humeur égale, actifs et ardents au travail. L’équipage tout entier s’intéressait à notre projet, il secondait allègrement mes efforts. L’atmosphère du navire était complètement libre de ces petits orages qui viennent trop souvent troubler la bonne harmonie si nécessaire quand un certain nombre d'êtres humains doivent passer ensemble les longs mois de l’hiver arctique.

Le capitaine Bartlett m'épargnait tous les menus soucis se rapportant à la direction du navire. Il mettait à recevoir et à exécuter mes instructions générales une intelligence et une énergie au-dessus de tout éloge. Je sentais que le bien-être physique de mes compagnons ne saurait être confié à de meilleures mains qu'à celles du D' Wolf; et Marvin se chargea de l'ennuyeuse routine des observations journalières, tout en me rendant d’autres services encore. Enfin Percy, le commis

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