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DÉSENCHANTEMENT

crevasses ou de nappes d’eau ouvertes. Mais ce temps calme et froid est bien ce qu’il faut pour solidifier de plus en plus la glace et nous permettre de la franchir. J'espère qu’il en sera ainsi jusqu’à ce que nous regagnions la terre. Plus il fera froid et calme, mieux cela vaudra. Je ne désire ni vent, ni adoucissement de la température Jusqu’à ce que nous soyons revenus à bord.

20 mars. — Journée magnifique; étape admirable ; glace parfaite; puis. en plein dans l’obstacle, comme je n'ai cessé de le craindre. Mes rêves, ces jours derniers, Ont été trop ambitieux. Cela devait finir ainsi, par le plus cruel des désenchantements.

De bon matin, j’entends avec bonheur le grincement de la glace. Je sors de la hutte, et Je m'aperçois que le canal, sur le bord duquel nous avons passé la nuit, s’est suffisamment refermé pour éliminer la glace trop mince. On a bientôt fait de charger les traîneaux et de franchir ce canal. Sur l’autre bord, nous retrouvons la piste du capitaine, qui oblique peu à peu vers l’ouest et va couper plus loin la piste de Henson.

Après avoir rejoint cette dernière nous traversons de grands f/oes anciens dont la surface dure est coupée de digues de pression pas trop difficiles à franchir, et après une étape assez longue nous arrivons à l’igloo de Henson.

Le rapport que nous y trouvons nous dit qu'il était ici pendant l'orage du 22, et qu'il est reparti le 25. Un post-scriptum sans date ajoute que nous trouverons

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une hutte un peu plus loin et un chenal d’eau libre tout de suite après. Le rapport du capitaine, daté du 25, annonce qu’il allait partir vers midi pour rejoindre Henson.

Nous rentrons nos effets dans la hutte et je me mets à faire du thé. Bientôt Ahngmalokto me dit qu’il croit entendre des chiens à une petite distance. Je lui confie le soin de faire le thé et je pars en reconnalssance.

Je ne tarde pas à rencontrer le capitaine, qui venait justement me trouver. Il m'apprend que trois groupes sont arrêtés en cet endroit par une large nappe d’eau libre qui barre la route et qui s’étend à perte de vue à l’est et à l’ouest. Aussitôt je me mets en devoir de reconnaître ce lac du haut d’un monticule. Il me paraît qu’on aura peut-être la possibilité de le traverser pendant la nuit. La glace qui le ferme au nord se déplace lentement vers l’ouest.

Je dis à Henson de faire faire le guet à ses hommes x tour de rôle et d’avertir tout le monde si une occasion de traverser se présente, afin d'en profiter sans perdre un instant. Puis je retourne à ma hutte.

Le 27, de bon matin, j'allai voir où en étaient les choses. Je rencontrai le capitaine qui venait m annoncer que Henson était parti pour tâcher de traverser le lac plus à l’ouest et qu'il allait en faire autant.

Lorsqu'il m’eut quitté, je grimpai sur une arête élevée. Ce que je vis ne me rassura que médiocrement. Le lac s’élargissait à vue d'œil. Je redescendis et

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