‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 13 sur 59 · ART · texte numérisé non relu

ART

comptant sur les impondérables autant que sur les régie. ai ments, cherchait à faire jailhr la victoire de l'insconcient |

traînent l'instinct profond du succès. La table de FA As on

dire, une table tournante.

Ne croyez pas que j'exagère le moins du monde : aie n ignore, à l'heure actuelle, que la doctrine de guerre de

l'État-Major en août 1914 était celle de 1 i #

co Vous 14 voir par ses dalle qu'elle était rgsonienne et mystique. Dans le livre que le général Lanrezac a écrit pour sa justification nous lisons : « Il est fou de se faire volontairement illusion sur ce qu on este en droit d'attendre des troupes et aussi sur les difh-

| qui se met à supputer les risques qu 1l court, est incapable A de déployer la résolution et la vigueur sans lesquelles il n'y a pas de succès à espérer à la guerre. » Il faut s'aban- | donner avec confiance à l'offensive à outrance, l'offensive … déchaînés « qui bourre à fond ». Et Lanrezac, vieux soldat, | nourri comme tous les Français de son âge aux principes

o Eh ! mon général, ce n'est pas un paradoxe, c'est la’ vérité ments de tous, n'a-t-on pas décrété que l'intelligence

le concret vivant lui échappe, elle ne peut que le figer, l'appauvrir sous prétexte de l'analyser. Dès lors, à quoi

prendre conscience par intuition des forces profondes

oulons aller. | Traduisez en langage militaire et vous aurez ceci :

tout entier, corps et âme, à cette impulsion sublime, s'en pénétrer jusqu'à ce qu'il la sente en lui à l’état d’instinct,

cultés d'exécution auxquelles on va se heurter. Nos

jeunes écoles sont d'un avis contraire. D'après eux, le chef

| de la raison cartésienne, s'indigne et crie au paradoxe.

… dessèche ce qu'elle touche de ses doigts glacés. Le réel,

bon faire appel à cette vieille duègne, quand il suffit de

nouvelle. En plein Collège de France, aux applaudisse-

qui nous mènent et qui savent mieux que nous où nous Le. chef ayant en lui la volonté de vaincre doit se livrer. La

la communiquer à ses troupes et foncer de l'avant sans ; .

vs

affaiblir son élan par la réflexion, sans peser le pour 6 et le contre N'est-il pas prodigieusement bergsonien

cet état d'âme du chef que recommande la doctrine ?

Âvoir du (cran), c'est obéir à son élan vital, voir avec les

veux de l'intuition. Et le désir de ne pas contrarier l'esprit offensif du chef et de la troupe, qui renferme en lui, sans

doute, une vertu surnaturelle, est tel, que les doctrinaires se refusent à envisager d'autres formes de tactique sur le

champ de bataille que le simple et pur « en avant »: pas de défensive-préventive, pas d'offensive-démonstrative, pas de défensive-offensive, pas même de mesures de sûreté et de reconnaissance ! Car toutes ces formes du combat sont créées par la raison discursive, 1l faut pour les concevoir et les appliquer un acte de l'intelligence. Bergson est dépassé avec le colonel de Grandmaison aui fut le véritable chef de l’école de 1914, le grand prêtre de la doctrine. Sa foi en la vertu de l'offensive est telle’ qu'il critique violemment Maillard, Bonnai, Foch, Langloïs, chefs timorés qui recommandent à toute troupe en marche contre l'ennemi de s'asseoir défensivement sur le terrain, d'occuper des points d'appui sur le tront et sur le flanc pour contenir des attaques éventuelles et

pour assurer la liaison tactique avec les unités voisines ? |

Rien nest plus néfaste | affirme le colonel de Grandmaison. Tout ce processus, de précautions dictées par l'intelligence et par la raison raisonnante est essentiellement destructeur de l'esprit offensif. Et il s'écrie dans un élan véritablement religieux : « l'esprit offensif ne se vise pas | » |

| HJORFRE ET Ce 41

Nous voilà en plein occultisme. L'âme offensive de la | troupe, masse impulsive et indivisible, devient une sorte d’entité, un être surnaturel qui accroît la puissance des régiments et qui fera, à elle seule, plus que toutes les savantes dispositions, si on sait la garder intacte. En fait, dans la réalité des batailles, jamais une troupe ne s'aperçoit qu'on prélève sur elle des fractions pour les besognes de reconnaissance : chaque unité, isolée dans son petit rayon, ne voyant qu elle-même. Mais, et ceci prouve bien le caractère mystique de la croyance, le colonel de Grandmaison songe sans doute qu'il y aura une diminution ‘intrinsèque de la masse offensive, quelque chose comme une perte de fluide, dont le soldat sentira aussitôt inconsciemment l'effet déprimant en lui, parce qu'il est en état d'intuition, d'hypnose même. Le langage militaire peut faire illusion par sa matériahté, l'idée dernière de cette doctrine est bien celle-là. Elle s'apparente encore par un détour bien curieux au mouvement idéaliste allemand : lie se révèle conforme au subjectivisme romantique des Fichte et des Schelling, pour qui le vouloir profond __ exprime la réalité même du monde. Doctrine qui a porté à son comble la foi en l'invincibihté de la nation allemande, car plus ce vouloir est aveugle, violent, dépourvu de tout contrôle, plus il se confond avec l'essence des choses ; il crée et pétrit la réalité.

Telles étaient, en 1914, les croyances de nos jeunes 4 brevetés », croyarièes qui enflammaient leurs cœurs et

que l’on retrouve tout en long du « règlement du service en campagne de 1913 ». L'entourage de Joffre pens: de même, puisqu il était composé de l'élite de l'École de Guerre, et c'est dans cette atmosphère que fut élaboré ‘le plan XVII qui, ne tenant aucun compte des intentions de l'ennemi, des effectifs engagés et des moyens matériels, allait lancer l'Armée française dans une attaque perdus

irrésistible, décisive, ou qui devait être telle | de

Mais ne trouvez-vous pas que ce mépris des manœuvres nuancées, héritage intellectuel des grands capitaines, ce refus d'exercer les facultés de prévision, de discernement, d'appliquer les méthodes discursives de raisonnement et | d'analyse, cet unique recours enfin à la volonté offensive de la troupe, dénote en outre un singulier dédain de la culture? Dans l'armée, comme dans toute la Franc on pouvait constater en 1914 une sérieuse baisse de la valeur intellectuelle. L'oubli des « humanités » régnait. AE de Guerre comme en Sorbonne, Puisqu' il suffit

l'examen approfondi des situations tactiques détrui l'élan offensif qui seul importe. Les meilleures disposi. tions sont anéanties par la fougue tenace d'un entraîneut d'hommes qui se jette héroïquement dans la mêlée

Vieille idée, familière au guerrier, vestige des ancienn jù

JOFFRE ET C* nspiré par Dieu ou par le diable, le suivait aveuglé-

| savoureux passage, où 1] suggère que la Pucelle a bien pu jouer le rôle de mascoïte aux yeux des soldats de

| bile VIL. Jusqu'à ce qu'elle parut, ces troupes trem-

: blaient devant les Anglais que la superstition populaire À … assimilait aux démons. Les paysans de l'époque, en \ | effet, nommaient les Anglais des « couès 2, parce qu'ils

rière, comme les diables. Les Anglais eurent à leur tour une terreur affreuse de la Pucelle, à cause du don de mâgicienne qu'ils lui attribuaient. Dès lors, les soldats

le pouvoir maléfique de l'ennemi, retrouvèrent avec elle toutes leurs qualités guerrières : ils prirent ce qu'on

où elle fut blessée, car une autre superstition veut que les

a seule vue de Napoléon ressentaient ses troupes ? Sa : présence équivalait à un renfort de 30.000 hommes, a-t-1l

ppelle aujourd'hui « un bon moral ». C'était en somme a lutte de la mascotte contre les démons qui s'engageait par-dessus leur tête. Et cette confiance diminua du ; jour |

êtres surnaturels soient invulnérables. N'y avait-il pas k un reste de ce fétichisme barbare dans l'excitation qu’à ie

lui-même calculé. Je ne suis pas loin de croire que nos . brevetés d'avant-guerre ont voulu faire entrer dans leur eu F magnétisme napoléonien quend ils ont promus

| 1 ya dans la Jeanne d'Arc d ‘Anatole France, un bien

| : croyaient que ceux-ci avaient une petite queue au der-

royaux, confiants dans la vertu de Jeanne pour annihiler

Les

cette mystique de l'offensive, sorte de foi die irrele sonnée, en la valeur d'une impulsion de l'âme et capable de renverser les obstacles matériels dans son déchuine-

. ment.

Encore une fois, que notre grand Joffre, image vivante du bon sens et de la prudence paysanne, se soit laissé contaminer par cette audacieuse doctrine dont 1} ne pouvait avoir respiré à l'École de Guerre, dans sa jeunesse, les germes dangereux, puisque seules les dernières générations en furent imprégnées, cela dépasse l'entendement. En fait, le plan de campagne eut dû être établi selon les vues des généraux qui arrivaient en ce moment au sommet de leur carrière. Quels étaient les hommes qui par leur expérience et par leur Âge étaient désignés pour exercer les grands commandements de la future guerre ? On les connaît. C'’étaient Castelnau, Lanrezac, Dubail, Ruffey, c'étaient Foch, Sarrail, Maunoury. Mais ces chefs qui. avaient passé leur vie à étudier les campagnes célèbres des capitaines illustres n'attachaient-ils pas une extrême importance à la culture militaire? Certes ! Dès lors, pense-t-on qu'ils fussent partisans de l'offensive à outrance, selon les modalités mystiques du colonel de Grandmaison ? Non, à coup sûr, puisqu'on vient de voir . le colonel de Grandmaison en opposition radicale avec ses devanciers. C'est vers 1910 qu'un fort courant d'idées | nouvelles va s'établir dans la jeune armée et que l'École de guerre est acquise à la doctrine de l'offensive à outrance,

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en opposition avec ses maîtres d'hier. Dans un article de la Revue de Paris, du 15 février 1920, intitulé le Plan XVII, un des adeptes anonymes de la doctrine examinant les conceptions successives qui ont influencé les plans de campagne antérieurs à celui de Joffre, mentionne avec dédain « cet art subtil qui sous le nom de « défensive- . offensive » orienta à partir de 1890 et pendant une ving- taine d années nos dispositifs de concentrations ». C'est donc en 1910 que la lumière se lève dans l'esprit de nos Jeunes brevetés. À cette époque ils tont cette constatation « qu'à la guerre un puissant esprit d’offensive est indis- pensable du premier au dernier des exécutants. » « À quelque degré qu'on la pratique la défensive se révèle sans issue. » — « La décision du chef subordonnée aux renseienements, les forteresses servant de pôles attractifs aux troupes de campagne, sont autant de pièges grossiers à éviter. » — « Les progrès de l'armement, eux-mêmes, tavonsent l'offensive aux dépens de la défensive. » Voilà tes dogmes fondamentaux exprimés sans ambages par un des leurs. Et l’auteur de l’article, remarquant qu à la même époque il se produit en France un relèvement de l'orgueil hational provoqué par, les humiliations successives de l'Allemagne, conclut : « L'âme nationale réagissant sur les techniciens confirma ces derniers dans leurs déduc- Hons. Ne convenait-il pas d'éviter une dépression à l'élan populaire, un affaiblissement de la confiance générale par une attitude timide, hésitante, prise au début de ia campagne que l'on sentait devoir être décisive ? » Faisons remarquer en passant, qu'en dépit de ces belles idées,

ù tions nr de la France. C était là une TS : indiscutablement, qu n ‘amena d ailleurs aucun fléchisse-

repli s 'abcoi dat mal avec l'esprit du plan de concentration k orienté vers l'offensive accélérée dès le début des hosti lités. Voilà bien une preuve formelle que Joffre n'était pas sufhsamment pénétré de la doctrine, sans quoi il eut craint en acceptant ce repli de ‘porter un coup. mortel à l'esprit offensif de l'armée. Et l'idée nous vient que k bon Joffre n'avait peut-être qu'une notion assez vague des principes sur quoi était fondé le plan Sn qu'il avait fait sien.

ciers frais lus de l'école a qui férnient son a or particulier, sont acquis aux idées nouvelles. Mer le

communient des la même fo3. Entre eux, une sorte de complot se noue, sans que Joffre s'en doute. Connaïssant | influence qu'ils ont sur leur chef, ils décident, à l'abri de son autorité, d'appliquer coûte que coûte la doctrine d'où viendra le salut. Comprenez-moi bien, il ne s’agit | pas ici de conjuration, de serment sur le poignard dans à un souterrain. Chaque époque à ses moyens. Nos conjurés savent à merveille comment il faut opérer. Et d’abord, 1l faut écarter les généraux d'âge mûr, les chefs assagis par l'expérience, lesquels montrent une vive répugnance ; à accepter la doctrine intégrale et seront moins malléables | que leur trop confiant patron. Entre le généralissime et ses collaborateurs il ne faut point d’intermédiaires, il faut supprimer toute influence capable de contre-balancer le leur. Et l'on va voir Joffre, poussé par eux, exiger peu

à peu tous les pouvoirs. Le décret du 28 juillet 1911, promulgué à sa demande, lui donne à la fois la direction du Conseil supérieur de la guerre et de l’État-Major de l'Armée et supprime le poste de Vice-Président du Conseil supérieur. Les membres de ce Conseil eux-mêmes, n'exerceront plus leurs fonctions à titre permanent : ils seront seulement nommés pour une année par une lettre de service renouvelable. Ce nivellement n'apparaît pas encore suffisant. Une autorité subsistait qui, sans doute, gênait aux entournures nos éminences grises : le Chef d'État-Major Général. Le décret Millerand du 20 ianvier 1912 l'envoie dans le néant. Voilà pour un général républicain un étrange despotisme. Joffre, tout seul, très haut, et sous lui rien que des subalternes. Désormais

le généralissime, uniquement aidé de son entourage et des officiers du 3° bureau de l’État-Vajor de l'armée, aura voix au chapitre pour dresser le plan de campagne. Le général Lanrezac raconte qu'en mai 1914, quand il fut nommé au commandement de la V® armée, il prit connaissance du dossier de mobilisation dont la pièce capitale était la directive N° 1. Ce qu'il lut l'inquiéta fort. « Le Conseil supérieur de la guerre, dit-il, n'avait été nullement consulté. Ses membres, bien qu'ils fussent appelés à commander les armées, en cas de guerre, n'avaient eu con- … naissance du plan que par la lecture de la Directive N° 1, document secret qu'il ne leur était pas permis de discuter.» Ainsi ceux qu'on regardait comme l'élite du commandement, ces généraux mûris par l'expérience et la pratique du maniement des grandes unités n'avaient pas eu ia moindre part à l'élaboration du plan de campagne. - C'est à ce résultat que tendaient volontairement toutes les modifications prises par les décrets de 1911 et de 1912. On admet qu'un homme doué d'une activité dévorante | ait jugé superflue toute collaboration de ses pairs et désiré 4 assumer tout seul le fardeau de la lourde besogne de pré- ni paration à la guerre. Mais l'activité du général Joffre, 2° encore qu'elle soit efficace et toujours appliquée à bon … escient, n'est rien moins que dévorante ; ses habitudes | d'hygiène, son goût du calme, sa lenteur prudente bien | connue suffisent à démentir une pareille assertion. 2 Je songe à ce cabinet de Chantil}y, sans cartes : à cette W table nue, sans papiers, sans une note : à cette vie si bien à réglée de rentier paisible au plus fort de la guerre. Ce .

modé fort pes des plus lourdes rétiotenbilités et qui a Lies très vif Pour le pouvoir, cela ne fait pas de doute.

de son entourage, Voilà qui est, certes, blus évident. Je les ai conrius, si la plupart, à à Chantilly, ces membres

| ses à ur éxaînen approfondi : il est fatal qu'il bee la longue leur influence et que vivant toujours dans la

entendre, il accepte leur, point de vue sans autrement … peser le faible et le fort. Et justement, ce que nous savons du général Joffre, nous le montre sous cet aspect

maïestueux et immobile d'arbitre, ne prenant jamais

pour sa part le lot de la recherche, des hypothèses, mais dominant de très haut le détail et appliquant surtout son esprit à décider sur les propositions de ses collaborateurs.

Ce n'est pas diminuer le vainqueur de la Marne que de

le montrer enclin à se reposer par tempérament sur les hommes qu'il a choisis et qu'il tient en haleine. D'ailleurs ces natures puissantes, médtatives, ont souvent l'idée obscure que tous les plans se valent dans l'immense chaos

de la guerre et que ie succès va à la volonté la plus ferme,

à la confiance la plus ardente. Ce fatalisme d'ordre supérieur, que Tolstoi nous montre, dans la Guerre et la Paix,

animant Kutusoff, on a pius d'une fois remarqué que

Joffre en est imprégné. En outre, plus que quiconque, il est convaincu de son bonheur. Le fils du tonnelier de Rivesalte, monté si haut, n'a jamais douté un instant : qu'il fut appelé à une magnifique destinée. Îl est possible «que mis en face de plans mieux nuancés, plus étudiés, tenant davantage compte des intentions de l'ennemi dont plus d'un esprit avisé se faisait dès cette époque une image | exacte, 1} eut choisi, par naturelle prudence, autre chose | que cette folle ruée en avant, justifiée seulement par un ; mystcisme transcendantal et une inexpérience certaine des choses de la guerre. que ses collaborateurs lui firent approuver. Mais peut-être que la conviction immense | qu'il portait en lui de son heureux destin se mariait-elle |

par des fils secrets à ce plan audacieux qu'il accepta parce qu il exigeait, étant contraire à la raison, un insolent bonheur.

- À quoi tient la destinée d'un pays ? Parce qu'un noyau . d'ambitieux entourant un général en chef d'humeur pai- | sible avaient eu l'audace d’écarter de la préparation du plan de campagne les hommes sages et pondérés pour qui la guerre ne constitue pas une aventure !, l'Armée française s est lancée tête baissée dans le traquenard que fui tendait les Allemands. C'est par une sorte de coup d'état du Palais, une révolution de sérail qu’a été préparée cette funeste stratégie. Les troupes, sous l'influence de ce règlement de 1913 qui galvanisait leur Furia native, ne furent plus dressées qu'au mouvement en avant, à la . charge à la baïonnette, à corps perdu. Méprisant le renseignement, puisque le chef doit avoir pris la décision d'attaquer avant de rien savoir de l'adversaire, on ne tint aucun compte du plan de l'ennemi et l’on ne sut pas, à vingt corps d'armée près, le chiffre des forces adverses qui allaient se dresser en face de nous. Si l’on ne trouvait tout de même à leur actif une magnifique organisation des chemins de fer, en vue de la mobilisation réalisée par le 4 bureau de l'Armée, et une judicieuse sélection des états-majors, s'ils n'étaient étroitement liés au rétablissement triomphal de la Marne, ces occultes personnages auraient assumé uné bien lourde responsabilité.

| Cette interprétation a, semble-t-il, l'inconvénient de négiiger 1a . présence du général de Castelnau. Mais pour qui a vu, à Chantilly, (A façon habile dont on neutralisait son influence et ses avis, cette objection ne subsiste plus.

Quoiqu'il en soit du complot émouvant que je denis il faut en dégager la leçon. Chaque époque historique a. ses traits caractéristiques, sa forme propre. Celle que nous venons de vivre plus qu'aucune autre a révêtu des moda- . lités particulières. Trois ans avant la eus une minorité : de l’armée, un clan de jeunes, animés d'un profond patriotisme, d’un orgueil national qu'on ne peut qu'admirer et pénétrés d’une doctrine de guerre à tendance mystique, décident de donner à la France la stratégie qui convient aux qualités de sa race. Comme il sied à leur âge, ils jouent | le jeu avec imprudence, une splendide foi dans le hasard, car ce sont de vrais militaires, c'est-à-dire des joueurs. Groupés autour d'un chef qui leur est un solide support par son autorité et son sang-froid, ils entreprennent de réformes radicales. Du haut en bas de l'Armée ils pro-. cèdent à un rajeunissement total. À toutes les place utiles, 1ls pousseront des affiliés à la doctrine, des cama rades de promotion, dont ils connaissent le dévouement. et l'esprit de décision. Chaque général d'armée aura ainsi auprès de lui un chef d'état-major et des collaborateurs choisis exprès pour lui, chargés de le surveiller et dont les qualités pourront au moment opportun contre

d 1911. du l'Armée ue, Ses membres ont constitué l’armature du commandement pendant trois ans de paix. Réunis au G. Q. G. pendant la guerre, ils poursui-

vront leur tâche, trois années encore, avec la même 4 Le Leurs agents de haison, véritables délégués de ce Grand Orient, exerceront une surveillance active sur À tous les généraux. Quiconque n'obéit pas aveuglément est brisé. Quiconque est soupçonné d' esprit critique ou ne sacnifie pas à la religion du t cran » est tôt ou tard mis à pied. Cent cinquante généraux iront méditer à Limoges. I dictature d'un groupe d’ anonymes ! Ce com-

plot plaît à mon imagination. Sans qu'on s'en doutêt, Ni armée qui par le fait d'une paix prolongée était devenue l'empire des vieillards, tombait aux mains des jeunes | générations. En dépit des graves dangers que leur inexpérience, jeur orgueil et leur manque de culture allait

d'abord faire courir à la Patrie, ils devaient constituer in faisceau de forces neuves et de volontés à toute épreuve ont l'action pêsera d'un grand poids dans la balance. Désormais, il nous faut changer notre conception du. genie, retormer un vocabulaire qui ne convient plus aux réalités. Ou. si par routine et commodité nous gardons les mêmes habitudes de langage, donnons leur un sens nouveau. Que ce nom vénéré de loffre soit pour nous comme une. raison sociale, l'étiquette d’une collectivité auda-

cieuse, & Joffre et Cie »,

" * ‘ é ( dt ve V7 î

LE PLAN XVII APPLIQUÉ OÙ BERGSON CONTRE LANREZAC Fo

Le plan XVII réglait la concentration de l'Armée française face à l'Est, entre Mézières et Belfort. L'attaque

allemande, dans la pensée de l'État-Major, devant se

produire de ce côté. Le choix de ce dispositif indique,

au premier abord, une volonté d'illusion bien tenace

dans le Haut Commandement français. Que n'avait-on raconté dans la presse sur les intentions machiavéliques de l'Allemagne ? La violation de la Belsique était un fait acquis aux yeux de l'opinion publique. Les Belges, placés pour savoir ce qui les attendait, n'étaient pas avares de. sombres pronostics. Chaque jour, pourrait-on dire, dans les mois qui ont précédé la guerre, a amené la révélation de détails nouveaux, d'indices probants, touchant la

volonté de l'Allemagne de nous attaquer sur notre frontière du Nord. De plus, un simple coup d'œil sur la carte des chemins de fer allemands confirmait cette certitude. Il serait facile de former tout un volume avec les articles

de journaux ou de revues parus en France sur la question. ;

Dans les milieux militaires même, 1] ecstait un clan

D né

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