‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 14 sur 59 · PP 0/7 LE PLAN XVI · texte numérisé non relu

PP 0/7 LE PLAN XVI

pe

d'hommes convameous que l'attaque principale allemande

emprunterait le chemin de la Belgique. Îl est vrai, la

plupart ne croyait pas qu'elle s'étendit au delà de la

Meuse.

L'État-Major n'en tenait qu’un faible compte. L'en-

: vahissement par la Belgique était une hypothèse qui

faisait à la rigueur entrer dans ses prévisions, mais au même titre que la violation du territoire suisse. En veut-

on une preuve ? La IV® Armée formée en deuxième

ligne pour une mission de renforcement avait sa place marquée en arrière et au centre du dispositif de première ligne, de manière à renforcer soit notre aile droite, soit notre aile gauche selon l'éventualité qui se produirait. Êt rien n'indique mieux le peu de cas que l’État-Major faisait des projets si réels d'invasion par la Belgique, puisqu 1l leur donnait la même force qu'aux projets chimériques d'invasion par la Suisse. Belle occasion, assurément, de crier à l'aveuglement, d’accuser l'esprit

théorique de l'État-Maijor, et l'on n'y a pas manqué. … Pour ma part, je ne crois pas la chose aussi simple.

Et d'abord, quelle importance cela avait-il, je vous

. pre, que l'ennemi attaquât face à l'Est ou sur la frontière . du Nord ? Le plan XVII reposant tout entier sur l'idée

mystique de l'offensive, n'était-il pas suffisant de courir

A |’ di . , »

sus à l'ennemi avec une vitesse foudrovante, de le prévenir

et de le bousculer avant qu'il eût le temps d’amorcer une manœuvre quelconque ?

Ensuite, qui saït st l'État-Major ne préférait pas que

son adversaire commit la faute de s'engager dans une

| ul on y Al eus on ch les raisons qui nn ‘ pu engager le commandement français à tenir pour nuls à

et non avenus fous les avertissements, on est bien obligé i de conclure qu'il a voulu, de toutes ses forces, être surpris À! ou faire semblant de l'être. Non, notre État-Major n'a 1 été ni sssez naïf pour croire au respect des traités de la " part des Allemands, ni mal informé des intentions de l'ennemi — il connaissait la doctrine du Grand État-Major Ÿ adverse — ni assez aveugle pour ne pas voir comme tout le monde ce qui allait se passer. Au contraire, il a voulu jouer de finesse en maïntenant avec une imperturbable à sérénité son plan de concentration face à l'Est, c'est-àdire, par contre-coup, en laissant découverte notre frontière du Nord, afin d'encourager les Allemands à se décider pour la manœuvre débordante. Animé d'un esprit aventureux, le petit groupe de brevetés, inspirateur de Joffre, cherchait la situation qui ouvrirait la porte à l'aventure Ce qu 1 craignait par- “dessus tout, c ‘était d’ avoir, en ea

ment au sien, ce qui eut présagé de dures butailléé avec | des forces en nombre égal, une avance lente et pénible, une sorte de guerre de siège, comme la chose eut été

sur notre frontière de l'Est, laquelle étant formidablement défendue, ne laissait libres que deux passages étroits, celui de Charmes et celui de Stenay. Il importait ne paraître se laisser surprendre.

! La directive N° | assignait à notre armée le dispositif suivant. De droite à gauche s Mn à un groupe de divisions de pis à Vesoul. l’armée Dubai (Fr) de Belfort à Épinal ; l’armée Castelnau (II); l’armée Ruffey (III°) aux environs de Verdun ; l’armée Lanrezac (VE) derrière la Meuse entre Verdun et Mézières : l’armée de Langle (IVe) en seconde ligne : le 4e groupe de divisions de réserve Valabrègue, dans bi région Hirson-Vervins,

Partant de la nécessité impérieuse de galvaniser l'esprit at des troupes, le plan Joffre, aussitôt la concentration terminée, préconisait de «se porter toutes forces réunies à l'attaque des Allemands ». Deux actions principales

étaient prévues, l'une à droite, entre les Vosges et la

Moselle, l’autre au nord de la ligne Verdun-Metz.

à C'est-à-dire que nous prenions l'offensive par les deux

ailes à la fois.

Notre aile gauche (III, [VE et Ve Armées) devait

prendre l'offensive à fond entre la Meuse, en aval de

Mézières, et Thionville. Notre aile droite, de son côté,

devait envahir l'Alsace par le Sud, et se porter sur Sarre-

bourg et Morhange. Remarquez que l'action de notre

aile droite ne devait subir aucun changement, que la

Belgique fut violée ou non. Seule l'aile gauche, qui, en

cas de respect de la neutralité, passait primitivement

entre Verdun et la frontière belge pour se porter sur la

ie région de Thionville et plus au Nord, voyait son itinéraire

orienté droit au Nord-Ouest, puisqu'il n'y avait plus à éviter la Belgique. Il est inconcevable que la perspective d'avoir en face de notre gauche l'aile débordante de l’armée allemande, c’est-à-dire la majeure partie des forces ennemies, n'ait pas eu pour résultat de faire suspendre l'offensive de notre aile droite, laquelle en saine logique eût dû se mettre dans la position défensive et se dégarnir au profit de l'aile gauche qui allait avoir à soutenir le principal choc, et qui, justement puisque nous attaquions, devait être en mesure de bousculer une aile droite ennemie si puissante. Je sais bien que notre aile gauche, selon Îa première éventualité, s'était vue renforcée par la IV® Armée et cela paraissait suffisant. jar En fait, notre État-Major se flattait de trouver la gauche ennemie amoindrie, puisque vraisemblablement toute ia masse de l’armée allemande s’apprêtait à emprunter le chemin de la Belgique. Îl ne voulait pas. dès lors, se dégarnir de ce côté, comptant bien en Alsace, et dans les régions de Sarrebourg et de Morhange, batire sans peine un ennemi inférieur en nombre. On devine très bien la finesse du plan. Pendant que mon adversaïré se prépare à me tourner sur ma gauche avec de gros effectifs et prend le chemin le plus long pour y parvenir, je l'enfonce sur sa gauche à lui démunie, par le chemin le plus

direct. La victoire de ce côté anéantit les projets de débor-

dement de son aile droite. Belle idée, en vénté, audacieuse et de large envergure, mais théorique au suprême degré,

car elle ne rayonnait de tout son éclat que sur le papier. Elle ne tenait aucun compte des difficultés du terran

Page 1