LE PLAN XVII
pendant quatre ans une guerre qu 1l a attendue toute sa
vie, sans quon lui permette d'y prendre part. C’est la plus cruelle vengeance, ce trait de plume sur une carrière que tout faisait présager exceptionnellement brillante : le nom du général Lanrezac, celui de sa sace, d'avance promis à l'histoire, condamné à demeurer dans l'oubli, n'y a-t:1l pas là e quoi désespérer un homme de cœur ? Voilà qui excuse les excès de langage auquel s’est livré dans sa douleur, il faut le dire, le général Lanrezac. Mais grâce à Dieu, un mois aura suffi au chef de la Ve Armée pour mériter l'estime et la reconnaissance de la Nation.
Qu 'était-1l ce Lanrezac, à la veille de la guerre ? Le plus réputé de nos généraux, habile à résoudre les pro-
blèmes tactiques, érudit et plein d'initiative, prudent et
savant. Sa souplesse d'esprit, sa lucide intelligence, réconnues par k&s jeunes brevetés qui allaient, sous le
couvert de Joffre, préparer l'Armée française à la guerre | en perspective, lui avaient valu d'être appelé au comman- … dement de l'armée d'aile gauche à qui était réservée un
. rôle de premier plan. Il était notre futur grand manœuvrier. Mais il possédait, en outre, une qualité que ne devaient point apprécier l'entourage du Général --me,
le bon sens : et une vertu dangereuse : le courage de ses
convictions.
Aucun Français, désireux de se rendre compte des événements du début de la guerie, ne peut ignorer le livre que le général Lanrezac à consacré à sa justification:
. C'est un document de première main et d'une inestimable
valeur parce qu'il nous fait pénétrer dans l'esprit d'un Chef d'Armée, assister à ses doutes, à ses scrupules, aux raisonnements qu'il forme pour asseoir peu à peu sa … conviction et fixer sa ligne de conduite. Bien que le ton
en soit parfois un peu vif, la sincérité de l'homme ne peut être mise en doute, elle éclate à chaque ligne. Et surtout, chose qu'on ne saurait trop admirer, il se dégage de cette
lecture la preuve formelle qu'en matière militaire on n'em-
ploie pas d'auires moyens de raisonnement ou de discussion queen matière civile. La règle cartésienne de soumettre toutes choses au bon sens, de ne rien avancer dont on ne soit sûr, de ne conclure que sur des données vraies, est appliquée avec loyauté par un esprit cultivé, un jugement droit, aussi éloigné du sophisme que de la vulgarité. Je mets en fait que tout homme d'intelligence moyenne, sans qu'il possède un don spécial de la nature, par le simple exercice de ses facultés intellectuelles, entre de plain-pied dans tout problème militaire. Aussi bien qu'un spécialiste, mieux peut-être, 1l verra le vrai et le faux d'une situation tactique ou stratégique pourvu quon ne soulève point les questions de technique particulière, lesquelles, d’ailleurs, ne font qu'égarer l'esprit sur des points de détail et cachent la vue de l'ensemble et les
grandes lignes.
Le général Lanrezac, sans vouloir jouer au prophète, : avec la plus entière bonne foi, nous remet en face de son | état d'esprit, quand au mois de mai 1914 lui fut révélée à
.. la directive N° 1. Celle-ci lui sembla inspirée par une
méconnaissance complète des règles les plus élémentaires, Se lancer à fond dans une offensive stratégique sans tenir | compte des intentions de l'ennemi, alors que deux éven- . tualités, sinon trois. étaient à prévoir. lui parut le comble de la témérité. Aamettre qu'un pian puisse rester le même à peu de chose près, soit que notre ennemi attaque sur … notre frontière de l'Est, soit qu'il viole la neutralité belge, . c'est faire fi des nuances que chaque cas particulier . introduit nécessairement dans toute ligne de conduite, Un tel plan est un plan passe-pariout, donc grossièrement adapté aux diverses circonstances.
… L'opinion que Lanzerac avait sur la valeur du plan XVII, Gallieni la professait également, Mais on pense bien qu'on ne tint aucun compte de leurs observations. C’est …. donc avec une certaine inquiétude au cœur, que le Chef de la V® Armée entra en campagne au mois d'août 1914. Tout de suite, le 2, les Allemands s'installent dans le . Grand-Duché de Luxembourg : le 4, ils pénètrent en Belgique de force, le passage leur ayant été refusé. La … deuxième éventualité se réalisant, la VE Armée devait donc, . selon le plan Joffre, se porter au-devant de l'ennemi et - s'engager dans les défilés boisés des Ardennes et de la ie Semoy, s sur la séve droite de la Meuse. Ce n'était pas pour un Chef, qui connaissait les obstacles de la Région, une … mission réjouissante. Le 5, l'attaque de Liège signifiait avec évidence que la manœuvre débordante des Alle- mands allait prendre un grand développement et s'étendre . à la rive gauche de la Meuse. Sans quoi les Allemands
eussent-ils cherché à franchir la Meuse si haut? Lanrezae, ne voyant venir aucun ordre du G. Q. G., signale qu'il serait sage de se porter sur cette rive, pour éviter d'être débordé. On lui répond « que là responsarilité d'arrêter
un mouvement débordant ne lui incombe pas ». L'instruction générale N9 1, promulguée le 8 août, maintient l'échelonnement de nos armées de Mézières à Belfort. Lanrezac ne se tient pas pour battu : ïl demande le 12, au général Joffre qui y consent, l'autofisation de porter son premier corps à Dinant, de façon à surveiller le passage de la [Vleuse, au nord de Mézières. Rien n est cependant modifié dans l'itinéraire de marche de la Ve Armée au: doit, le 15 août, s engager ‘dans !l’Ardenne belse, sur la rive gauche de la Meuse, alors que tous les rehseignements parvenus laissent supposer que | ennemi débordera sur la rive droite. Du 12 au 15, une discussion inces-
sante s engage entre Lanrezac qui insiste pour étendre son armée sur sa gauche, et lé G. Q. G. qui lui ordonne
de s’enfoncer dans l'Ardenne où, dit:1l, © on a le sentiment
que les Allemands n'ont rien de prêt par là». Détail | paradoxal : au moinent même où le Général en Chef . donne cette assurance, les bulletins de renseignement | de son G. Q. G. signalent que les Allemands ont par là
des forces considérables Lanrezac insiste d'autant plus
et, finalement, le 15 au matin, til est autorisé à préparer
son mouvement vers le Nord-Ouest, mais tout en se tenañt
prét à marcher pat l'Ardenne, c'est-à-dire vers le Nord-
Est II! Îl est vrai que le même jour à 19 heures, il reçoit |
enfin l'ordre dé porter décidérnent le gros de ses troupes
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