M LE PLAN XV
tour et jusqu'au paradoxe que l’indiscipline est la force principale des armées à l'échelon supérieur.
: Le peuple anglais s'est toujours distingué des autres, par un particularisme excessif qu'il met son point d’hon- | neur à maintenir. Les cochers londoniens, par exemple, prennent leur gauche, alors que le conducteur de traîneau | moscovite, lui-même, prend sa draite sur les pistes glacées de la Steppe. Le marchand britannique est seul en Europe à ignorer le système métrique au xx° siècle. L’Angleterre, comprenant enfin. devant la violation &@e la Belgique, qu un immense péril la menace, s'engage dans la lutte et jette sa petite armée sur le continent. Mais y eut-il . général au monde qui reçut des instructions semblables . à celles que le maréchal French tint de son chef hiérar- chique, Lord Kitchener : « Vous coopérez à l’action de l’armée française. sans oublier que vous êtes un Com- - mandant en Chef indépendant ; en conséquence, vous . n accepterez jamais d'être placé sous les ordres d'un … Général français, »
À Et cependant. ces désastreuses instructions auront les ï plus heureuses conséquences Le malheureux French, Là qui ie générai Joffre a assigné sans ironie la région … Landrecies-Valenciennes, comme secteur tranquille où j se rassembler. va recevoir sur les bras, le jour même de son entrée en ligne dans la région de Mons. des forces À ennemies doubles des siennes, Îl tiendra vaillamment,
avec la plus grande énergie, mais ne voudra pas risquer
l’'anéantissement. Aussi se mettra-t-l carrément en “ à | . à e “ - ; retraite sur le Cateau-Cambrai le 25, sans tenir le moindre
compte des objurgations du G. Q. G. fsançais qui voudrait
lui insuffler sa confiance en l'offensive. Désormais, le
général Lanrezac possède à sa gauche un auxihaire
précieux, dont l'unique souci est de hâter sa marche vers le Sud. Critiquer cette attitude du Général anglais, c'est prouver qu on n'a rien compris à la situation. Le mérite de French est de n'avoir pas déployé un amour-propre excessif. Avec sa nature positive d'Anglais qui voit la réalité en face, il ne se soucie nullement d'héroïsme inutile. La campagne ne fait que de commencer, :l importe de
conserver ses troupes pour un moment plus favorable, |
au lieu de les faire massacrer tout de suite. {l est vrai, le général Lanrezac traversera de vives angoisses, mais pris entre le G. Q. G. qui lui donne chaque jour l'ordre
d'attaquer et le vide qu il a à sa gauche, il ne pourra que
battre en retraite, et l’on a vu que c'est la solution du salut, Le général Mangin dit bien dans son livre Comment finit la guerre, que le géntral Lanrezac commit la faute
de se replier le 24, c'est-à-dire le 3° jour de Charleroi,
sans prévenir l'Armée anglaise. Et le fait que les Anglais ne retraitèrent qu'un jour plus tard tendrait à le confirmer. Cela prouve en tout cas que le G. Q. G. à aucun moment ne se souciait de donner des ordres. Ce n'est
pas le général Lanrezac qui aurait dû prendre l'initiative de rompre le combat le 23 au soir, maïs bien le général. Joffre. Mais celui-ci ignorait, sans doute, qu'à la droite …