‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 21 sur 59 · PLUT · texte numérisé non relu

PLUT

ARQUE À MENTI

la situation d'attaquer à la fois au Nord-Ouest et au Nord, car c'est décidément une habitude de sa part. Je n'ignore pas qu'une Ârmée qui bat en retraite doit, par de vives contre-attaques, ralentir la poursuite de l'ennemi : cest

une manœuvre classique qu on exécute avec des arrière-

gardes aux coupures favorables du terrain. Mais dans la bataille de Guise, c'est presque la totalité as la Ve Armée qu'on veut lancer en direction Nord-Ouest, c'est-à-dire sur Saint-Quentin, en lui faisant exécutes un face à gauche presque complet et traverser l'Oise dans la boucle de laquelle elle se trouve, alors que les Anglais reculent vers Chauny et la Fère, découvrant sa gauche. L'ordre transmis par l'Officier de liaison du G. Q. G., le colonel Alexandre, vaut d’être cité : € prendre : offensive à fond sur Saint- Quentin, et cela le plus tôt possible sans se soucier des Anglais ». Maintenant, n'oubliez pas que la V® Armée est alignée sur le front Origny-Sains-Vervins, avec en face de soi des forces allemandes qui la menacent, et que la IVE à sa droite s'étant resserrée vers l'Est, la découvre entièrement. Le malheureux Lanrezac se débat de toutes ses forces. Rien n'y fait. Joffre lui-même accourt pour l'obliger à exécuter cet ordre difficile qui ne peut donner aucun réstéitat décisif, la directive d'ensemble étant à l'heure actuelle pour toute l'aile gauche française de se rétablir derrière l'Aisne. Malgré la présence de Joffre, les événements feront qu'à peine engagés dans l'attaque sur Saint-Quentin, 2 corps de la VS Armée seront contraints de rebrousser chemin pour faire face aux Allemands qui prononcent une forte poussée sur son

étape entendeur -

LE PLAN XVIL Ho 71

front Nord. C'est donc à notre corps défendant que

nous avons gagné la bataille de Guise : il s'agissait en réa-

té, dans le plan offre, de hvrer la batailte de Saint-

Quentin. L'ennemi séra reïeté et la victoire nous ser: acquise : mais à peine victorieuses, nos éroupes devroni en toute hâte, et dans de plus mauvaises conditions que la veille, reprendre leur marche vers le Sud, où elles risqueront un instant d'être coupées sur leur gauche, par suite de l'avance prise par les Anglais qui ont atteint, un jour avant, la ligne de l'Aisne. Si bien que le rétablissement escompté ne pourra encore se faire derrière cette

| nyère.

Cest pour la troisième fois, d’ailleurs, que cette furie d offensive à tout prix compromet notre rétabhssement. Car, le seui résultat des ordres donnés par le G. Q. G. à l'aile gauche française, depuis le 15 août, on le voit maintenant avec une clarté aveuglante, aura été de prolonger la retraite jusqu'à la Marne.

Une première fois, si dès le 15 août, le G. Q. G. écoutant les avis du Commandant de la V® Armée, au lieu de

s'engager en Belgique, et de livrer la bataille de Charleroi,

avait regroupé son dispositif, 1} eut pu recevoir l'ennemi sur la frontière française et engager la bataille dans d’excellentes conditions. S'il avait, le 23 août, compris qu'il fallait se dégager, il eut pu aisément se rétablir sur la

ligne La Fère-Laon. Enfin, son obstination À engager le

combst de Guise nous forcera à pousser au delà de

l'Aisne,

78 ‘ PLUTARQUE A MENII

Que reste-t-il, ie vous prie, de la légende qui montre le G. Q. G., ordonnant après ses échecs du début une | magnifique retraite stratégique d’une incomparable ampleur et fixant d'avance la ligne où, faisant face à l'envahisseur, l'Armée française reprendra l'offensive ? La retraite de la Marne a rendu Joffre aussi célèbre que la victoire de la Marne. Eh ! bien, ni l’une ni l'autre ne sont autre chose que le fruit de la collaboration de plusieurs chefs. Il faut nous déshabituer, devant le phénomène nouveau ! de la guerre moderne, de juger les choses sous l'angle historique, qui attribue au génie d'un homme tout le mérite des grands événements. L'’humanité en a fini avec le personnalisme des hommes représentatifs : elle entre dans la période collective. Le génie désormais consistera, non plus à commander tout seul, mais au contraire à utiliser tous les talents. Le Chef d'une Nation moderne ne peut plus être un despote, mais un organisateur, un coordonnateur des énergies et des intelligences dans tous les domaines. Quand en France on réclame un Chef, une autorité, pour parer au désordre du régime démocratique, on se trompe grossièrement, si l’on se le figure à l'image de l’autocrate. Celui-là, en face de l’innombrable complexité des problèmes de l'existence moderne, perdrait vite la tête, quel que fut son génie. Et d'ailleurs, où se trouve-t-1l de nos jours, le Génie ? Si le monde a tenu quelquefois dans la main d'un homme, ce fut tant

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