IA VRAIES
‘couvrant la ville à bonne distance à Aussi son imagination va-t-elle au-devant de l'ennemi : il veut commencer son
action tout de suite, sans se soucier de ses étroites attributions. Loin d’avoir une âme de subalterne, il se sent déjà l'autorité de Générahissime, puisqu'il est le successeur éventuel de celui qui commande en chef.
Il faut être pénétré de ces circonstances exceptionnelles pour bien juger Gallieni. Quand on a reconnu en lui l'instrument désigné du salut, forgé de longue main par un Destin compatissant aux maux de la Patrie, on ne court pas le risque, comme Î'ont trop souvent insinué les historiens officiels, de Île représenter comme un subordonné dangereux qui brusque la hiérarchie, méconnaît les nécessités de l'ensemble, et qui place Joffre dans l'obligation de céder ou de perdre la partié. Jamais Gall:eni n'a cessé de penser en Général en Chef et de voir l'ensemble. L'homme du salut ne peut sembarrasser de considérations hiérarchiques. Îl doit jouer son rôle coûte
| que coûte, il est inspiré par une voix intérieure plus forte que toutes les autres et il n écoute que cette voix. Nul n'aurait détourné D'esaix de son chemin, quand il volait vers Marengo où Naroléon l'appelait de toutes les forces obscures de son génie.
M s'est trouvé des stratèges subtils, pour épiloguer timidement sur l'opportunité du geste de Gallien. On
PRET M CL, É rond
ma mm Aie mn ne ge 7 dr val déc
a dit que, par sa faute, la bataille de l'Ourcg avait été | engagée ttôp tôt : Von Kluck prévenu aussitôt pat l'attaque prématurée de la VI® Armée avait eu le temps de | reculér. Laissé ignorant du danger qu'il éourait, à se fut enfoncé profondément dans la nasse où Joffre méditait | de l'attirei en se repliant presque sur la Seihée !. En quoi, je vous prie, cette imimense ligne de bataille ressemble-telle à une nasse ? L'aspect visuel de la ligne fait illusion — d'autant qué les schémas qu'on en donne auiourd'hui sont accentués dans cétte intention ——; of la voit par l'esprit comme un filet qui se creuse au centre et relevé aux deux bouts où il ést accroché à droite sur Verdun, à gauche sur Paris. Mais l'image n'a rien à voir avec la réalité. I] y a bien des trous dans cette nasse, notamment à notre gauche, par où le poisson se fut glissé. Prend-on Von Kluck pouf un incapable ? Il a donné cependant « une marque de prudénce du fait qué, lancé à toute vitesse à là poursuite de notre aile gauche et convaincu quilna fiën à craindre de Paris, il a disposé un corps de réserve en Hanc-gardé, en avant et le long dé l'Ourcq. Si notre reph se füt poursuivi sans à-coup, la marche de Von | Kluck l'eut entraîné plus au Sud et il y a tout lieu de penser \
1. La thèse officielle du G. C. G. a été celle-là jusqu'en 1921 en- M viron. Depuis lors, on a changé le fusil d'épaule. Reconnaissant implicitement qu'il était absurde et désastreux de retarder &. bataille, en se borne aujourd'hui à affirmer, avec document à l'appui, que l'idée d'enfoncer immédiatement le flanc que présentait Kluck est une idée spontanée du G. Q.G. et que Gallieni ne l’eut qu'après.
qu'il n'eut pas défilé à la hauteur de Paris sans le masquer par des troupes ; d'ailleurs, de telles imprudences durent peu : ses Chcfs, à qui 11 désobéit dans sa hâte de nous déborder, l'eussent, deux jours après, contraint à investir la Capitale. Une autre circonstance permet également de croire que tout retard dans l'attaque de la VIS Armée eut changé la face des choses. Le 3 septembre, Lanrezac envoya au G. Q. G. une communication pour signaler qu il serait contraint de faire appuyer son Armée quelque peu vers l'Est si le mouvement débordant des Allemands se poursuivait aussi vivement que les jours précédents. C'est-à-dire qu'en perspective 1l fallait s'attendre à l’élargissement fatal de l'intervalle séparant l'Armée anglaise de la V® Armée. À mesure que l'on reculait, l'on s’éloignait de Paris vers le Sud-Est. La nasse, ax lieu de resserrer ses mailles, les écartait largement. Dans ces conditions, il eut fallu attendre pour entamer l'offensive que l'on eut bouché le trou de ce côté.
Quand on surprend un ennemi en faute, 1l faut se hâter d'en profiter, sous peine de manquer l'occasion. Cela tombe sous le bon sens. Demain ne ressemble pas à aujourd'hui, alors que dans une retraite accélérée, chaque jour amène de profondes modifications dans les dispositifs en présence. Gallieni l'a compris. Son impatience vient moins de son désir de jouer un rôle, que de l'éclatante compréhension de la réalité dont on vient de voir que le G. Q. G. ne se fait pas une idée bien nette.
Quatre septembre ! C'est la journée historique. Le G. Q. G. saisi de la demande de Gailiens de porter la … VIS Armée en avant sur la rive droite de la Marne, a | répondu. Îl accepte ce mouvement, mais à condition qu'il M se fera par la rive gauche, au sud de Lagny. Galkeni | trouve ce message au momént précis où il revient du Quartier Général de French, qu'il n'a pu joindre. Îl est \ 19 heures. Il appelle au téléphone ie Générai en Chef. \ Conversation décisive. Le Commandant én Chet ne fut . pas long, sans doute, à comprendre que l'heure de M
la victoire venait de sonner. Joffre, chaque fois qu'on le voit agir par lui-même, ne fait jamais preuve
d'idée préconçue. Il est accessible plus que personne au bon sens qui est sa qualité principale. C'est le : fait de ses collaborateurs de rester sourds et aveugles : aux observations les plus justes. En eux, l'orgueil se \ cabre aussitôt et se met à la traverse. Joffre, lui, est -
trop haut placé pour être orgueilleux, d'autant que sa
nature ést celle d'un arbitre ; son goût le porte à solliciter \ les opinions qu'il pèse en silence. Son choix fait, il l'énonce « et n y revient plus Le malheur est que le plus souvent
il nentend d’autres voix que celles de son entourage.
Cette tois, il a un interlocuteur qui a su écarter tout 2 intermédiaire. Par suite de diverses circonstances, on devine que Joffre, pendant deux jours, n’a eu qu'une vue incomplète de la situation. Dès que Gallieni est intervenu, «
. $ôn prérniér méuvement, peut-être, a été de croire que celui-ci voulait grossir son rôle et par ambition exagérait les choses. Âu téléphone, la conviction de l’hornme l'a frappé. Il à chassé sa méfiance instinctive et il à écouté loyalement.
Jei se place l'anecdote du fameux Conseil de Guerre de Bar-sur-Aube, dont M. Gabriel Hanotaux s'est fait le propagateur. L'éminent historien ne nous à pas dit s'il en tenait le récit de la bouche même du Général en Chef. J'en doute fort. Joffre ne fait pas de récit La scène est trop belle d'ailleurs pour n'avoir pas été arrangée après coup, c'est lé type même du tableau historique, le thème idéal pour logistes du Prix de Rome et pour image d'Épinai. M Hanotaux, s'il n'avait trouvé quelqu un pour la lui taconter, l'aurait plutôt inventée lus-mêine, pour l'honneur de l'Histoire Je ne sis pas ennem: de croire qu'il y à mis un peu du sien L'arrangement des personnages, le mouvement de la scène 4 quelque chose de littéraire qui sent l’homme du métier N'empêche, le chiéhé ést maintenant immortel Le malhéur est qu'on voit mal à quel moment ce Conseil peut se placer. Jusqu au Hs où les deux chets cammuniauent, il semblé que le G. Q. G. veuille attendré le résultat de l'attaque de l’armée de Paris qu'il imite à la rive gauche, avant de prononcer l'offensive générale. Gallien: a trouvé, en rentrant d’une longue tournée, la dépêche du G. Q G. (datée de 2 h. 50 de l'après-midi) relative à l'attaque de l'armée Maunoury par {a rive gauche | 1] demande aussitôt le généralissime au téléphone et lui fait accepter que