‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 32 sur 59 · MÉDITATION SUR LE GÉNIE DE L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

MÉDITATION SUR LE GÉNIE DE L'ANGLETERRE

Ces chapitres sur la Marne j'aurais pu aussi bien les intituler « Comment Sir French contribua à sauver la situation en ne la comprenant pas ».

Et c'est bien ici l'exemple typique de la capricieuse logique des. batailles, où, quand le Destin a décidé de faire tourner tout à bien, les plus grandes fautes se changent en bonheurs. Sir French fut très vite déçu par l'attitude du Commandement français. Avec une charmante indépendance, comme s’il était chargé de faire de notre côté le pendant de Von Kluck, 1l faisait cavalier seul en retraite sans cesser de rester courtois. Précipitant sa marche vers le Sud, le jour même où allait s'engager la bataille de . Guise, il forçait Lanrezac, constannment découvert sur sa gauche, à accentuer sa désobéissance aux ordres du | G. Q. G., lequel, parc qu'il était en arrière, ne rêvait que marche en avant. Aucun exemple ne pouvait être . plus salutaire ! S'obstiner à défendre le terrain, à vouloir . même le conquérir par morceaux contre des armées for- ; midables, ç'eut été héroïsme inutile, sans compter qu’on |

ne pouvait mieux faire le jeu de l'ennemi, en mesure de nous déborder aisément.

Cependant, arrivé à l'est de Paris, Sir French, pris de remords, veut s'arrêter pour couvrir cette belle ville. Il en fait la proposition directe au Ministre de la Guerre. Jusqu'ici le G. Q. G. trouvait qu'il reculait un peu vite; cette fois, c'est le G. Q. G, qui l'engage à poursuivre sa route. Et tandis que Gallieni essaye vainement de le retenir pour le rallier à l'initiative qu'il médite, Sir French obéit à Joffre. Il obéit si bien qu'il se trouvera fort loin, au sud du Grand Morin, au moment où le Générei en Chef, enfin convaincu par Gallieni de la nécessité de livrer bataille sans tarder pour profiter de l'occasion qui se présente, lui dira de changer sa direction de marche et de pousser en avant.

Mis encore une fois en face de la contradiction, Sir French manque d'enthousiasme. Le 6 au matin, il se met en route vers le Nord sans rencontrer de résistance ; le soir il est au bord de la rivière. Diverses manœuvres de prudence et d'hygiène exécutées avec le calme habituel aux Britanniques le conduisent jusqu'au 7. Le 8, avisé que les Allemands franchissent la Marne à rebours, Sir : French poursuit sa route et, le 8 au soir, il franchit le Petit-Morin, prêt à s'engager à fond dans la bataille.

Et là-dessus, nos historiens d'insinuer aigrement que Sir French a compromis la situation par sa lenteur, de gémir en songeant que la victoire de la Marne eut été plus complète s'il avait foncé avec célérité et vigueur. Pour moi je prétends que Sir French ne pouvait mieux

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