‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 33 sur 59 · NA · texte numérisé non relu

NA

É GÉNIE DE L'ANCLETERRE 13

eair. Von Kluck eut-il laissé uniquement devant les | Anglais le ndeau de cavalerie de Marwitz, si ceux-ci * avaient été plus rapprochés de lw et plus mordants, se - fut-il hasardé à lencer aussy hardiment sur Maunoury 200.000 hommes de son armée détournés de leur direction de marche vers le Sud ? Non, au heu de vouloir tourner la gauche de Maunoury, À se fut borné, comme l'ai dit, à résister à son attaque en prélevant sur son centre les troupes suffisantes à cette tâche, Le reste, c'est-à-dire son gros, il l'eut opposé aux Anglais s'il avait . eu à soutenir le choc de ce côté, ce qui lui eut évité d’ouvir entre Bulow et lui le trou fatal.

Et, dès lors, la bataille de l'Ourcq restant indécise, la

* bataille de la Marne l'eut peut-être bien été aussi. Tromper l'adversaire est.en grand facteur de la victoire. L'illogisme “est une manière de tromperie, puisqu elle déconcerte * l'ennernm. Sir French qui fut incontestablement illozique “en répondant, le 6, à l'ordre d'attaque générale à fond . par le calme des consciences tranquilles, incita Von … Kluck à se fourvoyer.

. Mais pensez-vous qu’à Waterloo, Wellington ne le fut … pas davantage, quoique dans un autre sens ? C'est bien, en tous cas, la pensée de M. Lloyd George qui s'en féhcite encore à cent ans de distance. Îl existe, en effet, dans les … Mémorenda du Prince Sixte de Bourbon, relatifs aux ‘ “négociations de paix séparée de l'Autriche, une conver- “sation avec M. Lloyd George doni ce Prince raya Le Sagement quelques hgnes. Ce petit passage que 1e ! regrette de ne pouvoir donner dans son texte savoureux

dit en substance : Si Wellington avait c avait perdu la bataille de la Haie-Sainte, a aur | mencé sa retraite dès trois heures de l'après-midi Napoléon triomphait. Mais comme il était de compré-« hension lente, il ne bougea pas de place. Et Blü che |

ë Pour pour "

au lieu de surgir trop a arriva juste à gagner la victoire. jt 1 0

La force de l'Angleterre est que par ses. pis même elle parvient à ses fins. Nous aurions mauvaise | grâce cette fois à lui en vouloir.

L'APPEL AU CIVIL

Deuxième dialogue avec le Démon familier

Ce n'est pas sans peine qué j'ai pu achever les chapitres précédents. Je sentais que mon Démon familier ne m approuvait pas. [l tournait dans ia pièce en Ssiflotant d'un air fort énervé, tambourinait sur les vitres, brusquait les meubles. mâchonnait des mots incompréhensibles.

Visiblement cet être accoutumé à lire siléncieusement par-dessus mon épaule des choses dont i} me souffle d'habitude une bonne partie, ne pouvait conteni? son indignation à constater mon indépendance. Ennuyé de le

| voit troubler mon travail, je ne cherchai pas à remettre au léndémain une explication nécessaire. :

Moi. Eh ! bien, cher démon, d'où te vient cette humeur inquiète >? Le changement de temps éveille-til en toi un vieux rhumatisme, encore qu'il soit bién étrange que ton corps glorieux ait à souffrir d'inhrmutés aussi vulgaires ?

Mon Démon Familier. Trêve de plaisanteries, mon Maître Tu le sais bien, je ne souffre jamais que spiri-

. tuellement ; et si jé m agite c'est que je sens ton remords,

avec quoi je suis forcé de m'identifier, se secouer au tond de toi comme un chien mangé aux puces. Tu as beau feindre la sérénité, te répandre en ironies, tu nes nulle- | ment rassuré de ton audace. Je t'avais bien prévenu que tu t'engageais sur une voie dangereuse. Te voilà . au rane des blasphémateurs de la Patrie.

Moi. Halte-là, démon, rentre ces mots impies ! Tu sais bien que je chéris mon pays plus que moi-même.

M. D. F. Est-ce le chérir, que de chercher à rabaisser sa gloire ?

Moi. En quoi ai-je rabaïssé la gloire de la Patrie, en tâchant à discerner les fautes qui ont coûté tant de sang ?

M. D. F. De l'homme divin que fa France reconnais- . sante a placé au rang de ses génies tutélaires, qu'en restet-il maintenant ? Tu as voulu prouver que sa stratégie avait été en défaut, qu'il n'avait pas prévu les événements et que ses succès sont dus à des conjonctures heureuses. | C'est une jolie besogne, ma foi, et tu peux en être fier. Après cela, les Français n'ont qu'à élever un autel au . hasard, car ton bel effort de critique, où tu veux voir le . triomphe de la reison, aboutit à nier que la raison entre : pour quoi que ce soit dans les actions des hommes.

Moi. Démon, serais-tu femme, par hasard, et faut-il | que je te range parmi les diablesses ? Tu parles avec la ” mauvaise foi d'une femelle, mêlant le vrai et le faux, « embrouillant à plaisir tous les problèmes. Et, d’ailleurs, “ si tu appelles divin l’homme qui a remporté la victoire, « pourquoi t'étonner que celle-ci ait pu naître de ses er- : eurs ? Son mérite n'en est que plus indiscutable. Depuis

MES Leg nt id D LÉ Etant ss de

PR I ON UE M Re ee

'IPÉAPPEL AU CIVIL 129

quand le miracle s'explique-t-il par la raison ? Les êtres d'essence divine sont par nécessité absurdes, ce qui ‘eur donne, d'ailleurs, certaine ressemblance avec les hommes. Crois-tu que sainte Geneviève s'irriterait de me voir passer sa stratégie au crible ? Mais si tu divinises le Chef, accordes au moins la sainteté à la brillante phalange qui l'entourait et dont les conseils ne lui manquèrent point. M. D. F. Oui, oui, continue à railler. De ce que 1’ap- pelle le vainqueur de la Marne un hommedivin, usant d'une expression populaire, il ne s'ensuit pas que j'en fasse un Dieu. Mais c'est un homme à qui il ne faut point toucher, car 1] a sauvé la Patrie. Quant à son entourage, il est juste qu'on lui accorde une large part du mérite qui | revient au Chef.

® Moi. C'est vrai. Mais, dis-moi, rien qu’à Hentai au ? M. D. F. Non, parbleu, à tous ceux de l'État-Major . et aussi aux généraux qui commandèrent les troupes et aux troupes elles-mêmes.

… Moi. Bien ! Mais sais-tu que parmi les généraux, il en . fut de nombreux auxquels l’État-Major toucha d’une main vigoureuse ?

M. D. F. C'est qu'ils n'étaient pas sans reproches, : apparemment.

Moi. Mais alors, où doit s'arrêter le reproche ? Est-il » réservé seulement aux exécutants, comme on dit ? Et si

‘une Armée à qui est confiée la tâche sacrée de sauver Patrie, ne doit-on pas la dénoncer partout où on. la

tu admets l'idée que l'imperfection peut se glisser dans

Page 1