‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 40 sur 59 · AU · texte numérisé non relu

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élevé ? Où faudra-t-il que le plus ancien commande celui qui fait preuve de génie ? Il est naturel dans l'armée que la découverte réalisée par le supérieur soit imposée et qu il soit défendu de trouver mieux, sous peine de léser le principe de hiérarchie.

A moins de mettre le pays tout entier en perpétuel état de siège, à moins dinstaurer définitivement le militanisme dans toutes les branches de l’activité d’une nation, vous ne pouvez éviter que l'armée ne soit qu'imparfaitement préparée à une guerre qui exige la mise en œuvre de toutes nos ressources. Il faudra, inévitablement une longue période de tâtonnements avant de pouvoir accoupler l'organisation militaire à l'organisme civil, qui seul est capable d'assurer la vic- | toire. Et cela est si vrai que nos chefs sont en train, pour parer à cet inconvénient, d'organiser l’armée de couverture en vue d'une longue attente. Ils cherchent à la renforcer afin qu'elle puisse se suffire à elle-même au moins deux ou trois mois et peut-être régler toute seule le sort de la guerre. Que devient alors le principe | sacré qui ordonnait de n attaquer que toutes forces réunes ? L'erreur s'annonce considérable. Ce sera l’engagement d'une armée de métier, l'infériorité numérique certaine en face d'un adversaire qui, lui, aura su accélérer la mise au point du pays tout entier. Ce sera l'offensive obligatoire pour permettre au pays de s'organiser : l'aventure de la bataille des frontières nous guette immanquablement Tout cela n'a qu'un but, remettre aux mains du commandement les ressources totales du pays, lui »

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laisser le temps de s'initier aux services dont 1 prendra . possession. Mais n'est-il pas plus simple de partager : les responsabilités. Il y a,’ d’une part, la tâche militaire de l’armée combattante; de l'autre, la vaste besogne d'installation des usines, la fabrication et le transport du matériel et des munitions, le ravitaillement, les hôpitaux, la protection du territoire contre l'invasion des forces aériennes, la prévision de la défensive en terrain organisé. Est-il nécessaire que ce gigantesque travail d'ingénieurs, de chimistes, d'entrepreneurs, de médecins. d'administrateurs, soit concentré dans les mains du commandement militaire ?

À côté du généralissime, chef de l'armée, il faut un généralissime civil qui ayant préparé sa mobilisation, sache où trouver ses cadres et ses troupes, qui ait réglé son plan en harmonie avec celui de son collègue. Supprimons le coup de théâtre catastrophique que l'affiche blanche posée sur les murs et le tocsin déclanchent aussitôt, et qui provoque, avec l'arrêt total de toute activité, la confusion générale et le chaos, dont ensuite on met des mois à sortir.

. Et ce généralissime civil, il doit dès le temps de paix travailler avec son collègue, il faut que le Conseil S'ipérieur de la Guerre soit largement ouvert à lui et à ses principaux collaborateurs. Ainsi peut-être, notre outillage et notre matériel seront-ils en accord avec les progrès de la science. Nous ne verrons pas des rivalités d'arme à arme, de bureau à bureau, retarder pendant des années la création d'un nouveau modèle. Ainsi peut-être, utilisera-t-on

davantage le matériel et moins la main-d'œuvre humaine, comptera-t-on plus sur la machine et moins sur le cran >. des soldats. | “ | ‘a

Un chef d'armée a pour souci principal de préparer la | bataille, c'est-à-dire la mise en jeu des masses de com- 4 battants qu'il veut toujours plus fortes. Un généralissime | civil, au contraire, aura pour préoccupation unique de créer un outillage et un matériel dont le perfectionnement incessant économisera les vies humaines, car l'industrie | civile a la préoccupation du prix de revient que n'a point L l'industrie militaire. Sachant, d'avance, dans quel service ils seront appelés, à quelle tâche spécialisée ils seront employés, les techniciens n'attendront pas pour s'y préparer que la mobilisation les appellent. Malgré eux, leur préoccupation ira chaque jour à leur devoir du temps de. guerre. Toute la nation finalement veillera, au heu de. s'en remettre aux Consuls. |

À côté de ceux qu s'efforcent d'oublier le front continu 1} y à ceux, ai-je dit, qui essayent de l'accom- 4 moder aux principes, ;

On allègue aujourd’hui, dans les histoires officielles, « que la création du front continu a permis à la France, u prise au dépourvu par l'agression allemande, de s'orga- | niser pour la longue guerre qui allait s'ouvrir. A l'abri de ce rempart, nous avons pu rouvrir nos usines, fabriquer !

fusils, canons, munitions, dont le besoin le plus pressant se faisait sentir. En effet, deux mois après la déclaration dé guerre, les stocks étaient épuisés, la bataille allait s'éteindre, du moins de notre côté. De là à penser que le front continu fut un bienfait, et que le Haut Commanderment par ce trait dé génie suppléa à toutes nos imprévisions, il ny a qu'un pas. Nous sommes encore trop près de l'événement pour qu'on ose lancer une assertion pareille. En effet, tous les Français ont gardé le souvenir dé la colère et de l’humiliation qui s’emparèrent d'eux en voyant le courage de nos troupes se briser contre les fils de fer et les tranchées. Eh ! quoi, ceux qui nous avaient assailhis, ayant été vaincus une première fois, refusaient de Sen aller, ils se terraient comme des bêtes venimeuses dans leurs gîtes! Mais laissez passer les années, quand la génération qui a vu ét souffert, aura rejoint les morts glorieux dans l'éternel répos, vous verrez, çà et là, dans les écrits officiels pointer la thèse du front continu, moyen de combat, création du génie militaire. Au lieu de le considérer comme le résultat déplorable d’un faux calcul allemand, comme l’aveu de l'impuissance des chefs à poursuivre l’action manœuvrière, je ne serais pas étonné qu'on l'accepte comme une modalité guer- ) rière, nche de possibilités. Lorsque en 1919 l’armée bolichevik, conduite par les anciens généraux du Ïzar, … fleur de l'académie de guerre de Petrograd, s'est lancée . contre | armée polonaise, elle s'est déployée de manière à couvrir toute l'étendue du territoire. Cette fois, ce … n'était plus la force des choses qui légitimait ce dispositif,

c'était la volonté réfléchie d’un généralissime, AU le premier l'enseignement de la guerre.

Il est, cependant, excessif de considérer comme un progrès ce qui a été le signe évident de l'impuissance. On voit bien, parbleu, tout ce que le front continu donne de sécurité au commandement. Le dispositif stratégique qui, dès le départ, doit imposer sa forme à la bataille recherchée, est une redoutable épreuve pour lui. Faute de le réussir, il court le risque de compromettre d'un seul coup le résultat d'une guerre. Or, il est clair que la hiérarchisation de plus en plus stricte de l’armée en supprimant les avancements en coup de foudre, en limitant le choix du général en chef aux officiers qui ont atteint, au moment de la guerre, les grades supérieurs, tend à supprimer chez ceux qui en bénéficient le goût du risque. Le front continu, sous ce rapport, offre toute sécurité au commandement et à l’État-Major. D'abord toute guerre devient forcément longue. À moins d’une infériorité manifeste en effectif et en matériel de l’un des belligérants, nulle solution de surprise n'est à redouter. La nécessité de trouver l'idée de manœuvre décisive, dans le temps le plus court, ne s'impose pas. Plus d'ailes, donc pas de débordement à craindre. Une bonne ligne d'hommes, bien étoffée, des ouvrages de fortification solides et l'on peut voir venir en toute confiance.

Quand on y songe, pendant les quatre années de guerre de tranchées que nous avons connues, on ne voit point que la préoccupation principale des Hauts Commandements ait été de supprimer ce charnier de quatre cents

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kilomètres. Îls ne tentent pas, pour en sorür, de jouer

. leur va tout. Îls semblent s accommoder du front continu. . Que la France acculée à sa capitale, n'ayant plus de champ

pour reculer, ait hésité à hasarder sa fortune, cela se comprend. Mais que les généraux allemands, si loin de leurs

frontières, installés au cœur du pays ennemi, et se jugeant

les plus instruits et les plus habiles, n'aient pas eu assez

de confiance en eux pour donner à l'adversaire l’occasion

d'en finir, en stratèges dignes de ce nom, cela nous édifie sur leur valeur militaire. Pauvre joueur en vérité, ce Ludendorff et ses prédécesseurs qui restent sur la défensive pendant des années sur le front principal et ména-

gent leurs traits de génie uniquement pour les adversaires

plus faibles.

Ayant accepté cette nécessité, imposée par le hasard d'une course à l'aile, les Hauts Commandements vont

. s'appliquer à sortir de cette impasse sans rien hasarder.

Une métaphore d'origine populaire servira de base à

leurs recherches. [ls s'évertueront à réaliser la percée.

Déplorable illusion que des habitués du Café du Com-

merce manœuvrant des soucoupes ou des dominos auraient

pu caresser. Mais que cette métaphore ait pu s'imposer

à des hommes spécialisés dans l’art de la guerre et qui,

depuis leur enfance, étudient les campagnes célèbres,

c'est une chose qui confond. La Percée ! C'est-à-dire la

rupture fragmentaire du rempart fortifié, le trou béant où 8 engouffre infanterie, artillerie, cavalerie. Derrière,

le terrain libre, une campagne sans tranchées, sans chausse-

” ; ei A RATE 4 trappes, sans canons, où l'on arrive dans un élan magni- |

fique. Et tout à coup en se retournant à droite et à gauche, voilà l'ennemi à perte de vue, accroupi dans ses trous, pris à revers, stupéfait, demandant grâce ou fuyant à toutes jambes. Quel beau rêve ! Tous les généraux l'ont partagé, Je ne sais si l'Allemand l'a fait avec la même naïveté, Je ne le crois point, faute d'imagination, sans doute En tout cas, renseigné par les journaux, 1} a pris au sérieux notre façon de concevoir la délivrance et a

multiplié les travaux de précaution pour qu'elle ne réussisse :

pas. L'Allemand se forme du Français une idée si diabolique qu il se défie de la chose la plus absurde, pour peu qu on nous prête l'intention de la faire.

Cette bataille décisive en rase campagne, les généraux allemands ont déployé une énergie farouche à l'éviter,

craignant sans doute qu'elle ne leur fut néfaste. Rendons

au contraire à nos généraux cette justice qu ils ont tenté |

de louables efforts pour parvenir à la livrer.

Longtemps, nous avons entendu retentir dans le public ces mots magiques : (« On va tenter la percée. » Et chaque printemps une véritable impatience régnait dans le pays. En Artois, les soldats, ivres de victoire, arrivant devant

la plaine vide, criaient, comme autrefois les Grecs de

Xénophon « Thalassa» : (On a percé. » Et le 25 septembre

1915, en Champagne, Castelnau téléphonait au Grand : Quartier, d’une voix frémissante : « Avec l'aide de Dieu, nous avons percé. » Pouvoir magique des mots sur l'ima:

gination francaise |

ù ne une re a été créée pour réaliser cette image nil, dont l’inanité éclatait à chaque tentative. [l faut méditer ce temps d'horreur pour comprendre à 1 . quelles illusions peuvent se laisser prendre des hommes éminents quand ils sont sur une piste fausse. __ D'abord, il sembla que la bravoure des troupes sufñrait à emporter le rempart fortifié. L'illusion fut tenace et a coûté des monceaux de cadavres. On reconstitue aisément, d'ailleurs, le raisonnement qui y conduit.

Foutes les balles ne tuent pas ; quelle que soit la violence du feu, des hommes arrivent néanmoins à franchir vivants la zone dangereuse ; si des milliers tombent, ce n est quun sacrifice nécessaire en vue d'un bien général,

… Hélas, l'armement moderne a démontré que le raisonnement était faux.

Comment les débuts de la guerre n'ont-ils pas suffi à nous renseigner sur la puissance du feu ? Les héca- . tombes de la bataille des frontières à elles seules auraient

dû nous démontrer la folie d'un assaut livré sous le tir des mitrailleuses et des canons. Mais d’abord on ne voit

que les obstacles secondaires : c'est le fil de ter qui est

jugé l'ennemi principal. Les rares survivants de cette | . époque se souviennent des appareils puérils, qu on inven- … tait chaque jour pour débarrasser le front de cette brous- … saille infernale. Finalement la cisaille manœuvrée par un poilu, aplati sur le sol, donna seule des résultats, mais à quel prix ! Chaque mètre de fil de fer coûtait une escouade. … Oh! cette année 1915 de sanglante mémoire, puisset-elle être toujours présente à l'esprit de nos chefs | La

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bravoure du soldat, on ne peut alléguer qu elle fit défaut ! 4 Impatients de sortir de la prison de terre où ils se rongeaient, les braves gens bondissaient à la mort avec une ! sublime intrépidité, et chaque fois pour des gains médiocres. Une mitrailleuse, tirant à l'abri sous sa coupole de béton, rendait toute la bravoure des paladins inutile. : Des deux côtés du front, une folie meurtrière s'empare du commandement. Pour la conquête d'une taupinière comme les Éparges, on sacrifie vingt mille hommes. En . quoi la position des belligérants était-elle changée après ! cela ? L’Argonne connut la guerre de mines. La réduction des saillants devint un dogme, comme ia conquête des … points dominants. Vaillance et puérilité ! Voilà lenom que | l'effroyable guerre de cette période portera dans l’histoire. Je comprends que le général Mangin l'ait délibérément omise dans son livre. Que les historiens ofhciels, laudateurs intrépides, aient la pudeur de se taire sur ce martyrologe du soldat qui demeurera le remords des Hauts Commandements. Cependant, une autre métaphore — les mots tuent plus sûrement que les balles — permit d'entretenir avec une apparence de raison toute une année cette tuerie inutile et sauvage : « Je les grignote ! » Vous connaissez ce mot sinistre qui enchanta les chroniqueurs et les bonnes gens intrépides de l'arrière. Retenez-le, il est prophétique, il aura une édition définitive plus tard, car ne croyez point qu on s'est efforcé de l'oublier. Un G. Q. G. qui possède une si belle image ne l’abandonne point délibérément. La fameuse théorie de l'usure des forces. aujourd’hui en grand honneur dans la tactique -

officielle, sort de là comme le fleuve impétueux sort de la source timide Mais n'anticipons pas. |

Combien de temps eut duré ce jeu cruel du gr'gnotage, si l'opinion populaire n'avait, enfin, décidé ie commandement à étudier des moyens moins coûteux. La

campagne des canons et des munitions, c'est du pays qu elle est partie, la chose est évidente. [l fallut d’innombrables articles de journaux, des protestations parlementaires, tout un courant d'opinion publique pour vaincre le préjugé professionnel. M. Millerand y perdit sa réputation de grand ministre par sa docilité à écouter ses collaborateurs plus que la voix de la raison.

On va dire : « Pourquoi rappeler ces mauvais souvenirs ? Vous faites une œuvre mauvaise, vous semez la division et la défiance. Le commandement s’est trompé de bonne foi. » Justement je crains par-dessus tout la bonne foi dans l'erreur. Et quand l'erreur jaillit comme un effet de sa cause, on doit la combattre. Or la cause directe, invariable et éternelle de telles erreurs, c'est la pure men-

. talité militaire. Le culte du t cran > dont je ne nie pas la grandeur d'âme et le mépris du danger qu'il révèle, l’armée française se croit obligée pour son honneur de

. le propager. Nous avons une magnifique tradition d’hé-

roisme que les poètes entretiennent religieusement. Mais

. ne trouvez-vous pas qu'elle est trop belle pour durer ? Quand < ce code d'honneur amène un corps d'ofhciers

d'État-Major à nier l'utilité de matéri ie Hdi: dl. provoque ;

chez eux une invincible répugnance à épargner les vies humaines, qu il engendre en fin de compte une émulation dans l'absurde, on le déchire comme une chose malfai-

sante Nous ne parlerons jamais trop de cette période, car à force de jeter sur elle le voile de ! union sacrée, on finirait par oublier sa signification véritable.

Et ne dites pas que ce furent là des expériences néces-

saires. Mensonge ! Le plus petit sous-hieutenant vous aurait dit, à cette époque, ce quil pensait des ordres d'attaque qu'il recevait, et qu'il exécutait comme on va au suicide, Et parmi nos officiers généraux, j'en sais plus d'un qui ont préféré partir pour Limoges, plutôt

que d'approuver telle offensive de secteur, manifestement |

inutile Est-ce qu'on ne va pas tout de même essayer de les rendre à l'honneur qu'ils ont mérité ces hommes de cœur et de devoir, injustement mêlés au lot des inca-

pables ?

Le G, Q. G. se défend avec énergie d'avoir jamais

résisté à la campagne des canons et des munitions. Il 4

montre ses programmes, ses demandes, ses rappels.

Mettons qu'il fut en retard sur le sentiment populaire. : Pour moi, je me fe plus à la logique des sentiments, aux \ indications psychologiques qu'aux papiers de justification. « De même, on nous prouverait aisément que le G. Q. G.

ne fut jamais opposé à l'expédition de Salonique. Car la

question du grignotage et du front continu se lie étroite. | ment à celle-là. En effet, l’idée vient à quelques-uns, et

au général de Castelnau parmi les premiers, que le front 4

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| occidental dévenant impraticable, il fallait transporter | sur d’autres fronts du champ de bataille européen la | manœuvre devenue ici impossible, Le particularisme des | commandements vint à la traverse. Ce ne furent pas les

peuples qui s'opposèrent jamais à ce que la collaboration | des armées allées fut des plus étroites, ce furent les Hauts | Commandements des diverses nations. Quand il apparut évident que l'on pouvait en finir en concentrant contre | l'Autriche le maximum des forces, l'honneur de Cadorna | lui fit décliner les offres franco-britanniques. Pour le | front d'Orient, ce fut simplement l'honneur du G. Q. G. | français, étayé par la doctrine. Il y avait un front principal. (on ne pouvait pas rendre principal le front secondaire : | voilà le dogme tel qu i! régnait. Et en outre ce corrollaire : | l'ennemi principal étant l’Allemange, c'était elle quil | fallait abattre, d'abord et avant tout. C’est pourquoi | placé dans cette situation paradoxale d'assiégeant et | d'assiégé, le commandement s'épuisera à trouver les | moyens d'en sortir. Le front continu, sauvegarde des | premiers mois, comme la tunique de Nessus nous ron- | geait jusqu à l'os.

4 Pouvons-nous admettre, sans protester, que des faits ‘pareils se renouvellent ? Vous résigneriez-vous, de gaîté de cœur, en présence d’une situation semblable à voir, | pendant quatre ans, nos troupes s’acharner à briser, une muraille de fer et de feu, alors que les portes de l'Orient

pourraient être forcées ? N'est-il pas d' une suprême injustice d'accorder des titres de gloire aux hommes qui ont perpétué de telles erreurs, et les croyez-vous vraiment dignes de coudoyer Napoléon au Panthéon de la gloire, ceux qui n'ont fait preuve ni de science stratégique, ni de vision large, ni de prévision ? Ou bien la gloire est. un mot vide de sens, un mythe, ou il faut admettre que la ! û plus grande guerre de l'histoire a été conduite par des.

hommes médiocres. Il ne suffit pas d'être placé au bon. | moment au sommet de l'échelle pour déployer du génie. ; La hiérarchie du temps de paix n'exige que le savoirfaire. Or, sauf une ou deux exceptions, la hiérarchie du. temps de paix a commandé l'avancement du temps de guerre. Qu'on me montre le trait de génie admirable qui change la face des choses, l'intuition prodigieuse qui force le destin à changer son cours ? Qu'on me désigne“ par son nom le maître de la grande guerre ? On n y parviendra pas. L'événement a régné en tyran absolu, la guerre a déroulé ses ravages jusqu'à son extrême limite sans qu'un homme fut capable de l’endiguer, de la resserrer, de la saisir au moment propice et de l'étouffer. Le nombre, la masse a fini par triompher. Le géme per sonnel n’a eu ‘jamais si peu de part à l’histoire du monde : des nations ont combattu, et c'est le génie des nations qui a imposé la solution inévitable contenue, dès le pre mier jour, dans l'énoncé du problème. L'homme a subi, il n'a pas commandé. Les meilleurs, en appliquant des facultés secondaires de bon sens, d'intelligence et de valeur morale, ent contribué à mettre un peu d'ordre,

d'équilibre et ne ce gigantesque chaos.

qui menaçait de tout submerger. Pour le reste, c’est la collectivité, ce sont des équipes plus ou moins anonymes - qui ont fourni le plus clair du labeur. La doctrine même qui s'affirma victorieuse pour nos armes, celle de l'attaque en largeur, elle n'est pas l'éclatante découverte d'un Fe homme, elle est le fruit de la longue suite d'efforts, de . tonnements, de mise au point, le résultat d'un travail collectif. Et je comprends, maintenant, que le génie ne . | peut exister sans cette collaboration, mais du moins trou- | vons-nous chez César, chez Napoléon, la marque de leur Lpersonnalité vigoureuse. Aux matériaux qu'on leur fournit eux seuls ont donné la forme, sans laquelle il n'y aurait Leu qu'un amas d'éléments sans vie.

ne Et si nous nous plaçons à l'unique point de vue mihtaire, de quel lumineux apport s'est enrichi l’art des Condé et des Turenne ? Est-ce du fait qu'il faut un canon par mètre courant ou parce que ce canon tire à un rythme infernal ? Est-ce parce que le front continu a | remplacé l'armée rangée en bataille et supprimé toutes les modalités de la manœuvre ? Est-ce parce que des Mocomotives et des autos promènent d'un point à l'autre |. combattants. est-ce enfin parce que le principe de

a ‘E » Pauvres découvertes, arrachées nn 3 la contusion, elles apparaîtront plus tard aussi indignes > l'intelligence humaine que les vestiges de l’art cubiste. On, non, la science qui a muni le guerrier d'un outillage

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diabolique n'a fait qu'accroître la tuerie : le machinisme qu'on pouvait croire au service de l'intelligence militaire est en train de la ruiner. |

Ce que la bravoure et le « cran » du combattant se montrèrent, hélas, impuissants à réaliser, on espéra, plus tard, que l'accumulation du matériel pourrait l'obtenir. Vous vous rappelez cette période qui se prolongea jusqu'à la fin > Les Allemands, bien qu ayant commencé avant nous, sont vites rejoints et dépassés. Le génie civil des Alliés déploie ses fécondes ressources. La France ellemême, encline à la routine industrielle, trouve en elle des hommes au puissant talent organisateur qui font lever du sol des usines. Le nombre de pièces d'artillerie nécessaires pour écraser la fortification et rompre la résistance s'accroit chaque jour davantage. ci, la raison n'a plus. de point de repère, nous nageons dans l’absurdité triom-. phante : 1.000 coups de 75 pour ouvrir une brèche de 25 mètres dans un réseau de fils de fer : 800 coups de 155 long pour détruire une batterie à 8 kilomètres. Voilà où nous en sommes. La balistique poussée à son point. de perfection donne de ces RUES pitoyables dont il faut bien se contenter.

Depuis le canon de Crécy, qui causa la débandade et l’effroi de la gendarmerie royale, il semble qu'on ait fait dans l’art de tuer un grand progrès. Moins grand qu'on ne pense. Un canon plus ou moins long, plus ou

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moins rapide, plus ou moins meurtrier ne peut changer son rôle et sa fonction. C'est la fronde de David, infiniment perfechonnée. Mais le moindre rayon Z ou YŸ, obéissart au cerveau de l'opérateur eût peut-être donné lé résultat de cent canons. Nul n'a su capter pour la mettre au service du pays la force, éblouissante de la foudre, ni aucun fluide subtil tiré de la nature. Pas d'idée nouvelle, dans ce domaine encore. Qu'est-ce que le gaz, renouvelé des guerres antiques, sinon un succédané scientifique de l'huile bouillante et de la poix enflammée : jallais oublier cependant le lance-flammes, orgueil des Allemands, qui aioute le grotesque à l'horreur

Une seule idée pratique jaillit un jour dans je ne sais quel cerveau — car qui pourrait dire que celui-là qui s'en féhcite aujourd'hui en est bien l'unique auteur ? — une seule idée, dis-je, à peine neuve, mais étroitement adaptée à son objet, le char d'assaut, et la victoire en sortira comme Pallas de la tête de Zeus

On se prend à regretter, en face de cette conséquence merveilleuse, l'absence aussi complète d'hommes de génie dans la grande guerre ! L'homme capable de trouver les moyens exigés par la situation, le cerveau clair et vif appliqué à résoudre le problème et que l'éclair du génie eut illuminé, n'eut-il pas réussi à réduire à ses propor- “tions minimes le fléau ? Oui, je le crois de toutes mes forces. Ne dites pas, imprudents, que les guerres modernes sont forcément ongues, dites avec humilité, celle-là nous - n'avons pas su la faire courte, elle nous a emportés dans son flot, elle nous a roulés comme des épaves et nous

grand péine à la ue

L'emploi intensif du matériel ren dus SARL encore le rêve de la percée. Le déluge de mitraille qu) s'abat sur les tranchées ennemies, avec la violence d'un. typhon tropical, aux jours de grande offensive, s'il lé | rise le rempart fortifié et désorganise la défense, aggrave en revanche les difficultés du problème. Dans ce terrain. lunaire, effroyablement bouleversé, les troupes progressent. avec tant de lenteur que l'ennemi réussit toujours à se! reformer. Le matériel embourbé ne suit plus les vagues. de fantassins, la cavalerie elle-même qu'on est contraint pendant le duel d'artillerie de mettre à l'abri, loin derrière les lignes, n'arrive pas assez tôt pour profiter du désarroi. de l'adversaire. Ludendorff qui le premier réussit par d'ingénieux procédés tactiques à réduire au minimum. toutes les difficultés et à exploiter le succès dans de larges proportions, ne parvint au bout du compte qu'à créer. de vastes poches dans la ligne française, sans pouvoir! néanmoins la rompre. Avec son armée, tout à coup ne de la zone fortifiée, comment ne put-il livrer la fameuse bataille en rase campagne, ce rêve de trois ans des stra- À tèges ? On se le demande avec étonnement. Quel sortilège maintenait toujours ses troupes au coude à coude, si bien qu après six jours de progression accélérée, elles se retrou-. veient formant une ligne continue, en face d’une autres

ligne de poitrines ? Et de leur côté nos réserves, au fur et à mesure qu'on les jetait dans la lutte, hâtivement au

saut des camions, s efforçaient de renouer les mailles du … réseau défensif. D'abord mince et fragile, troué en maints

endroits par l'ennemi ou béant par place, faute de ren-

forts, la | igne se refaisait d'heure en heure plus solide, plus tendue, plus résistan e, étoffée de canons qui peu à peu reconstituaient la muraille d'acier. À peine sortis du front continu les chefs de part et d'autre aspiraient,

semble-t1l, à y revenir, craignant, s'ils ne sentaient plus devant eux la barrière, d'entrer dans un inconnu redou- | table. Quelles angoisses quand un retard des renforts

laissait ouverte une brèche dans la mouvante ligne Au 27 mai, la surprise fut si complète, les réserves si

loin, que la poussière d'unités, au centre tout au moins, ‘ne parvint point à bloquer l'avance ennemie. Les divisions qui arrivaient deux par deux sur le champ de bataille,

submergées par le flot offensif, ne pouvaient offrir que des noyaux de résistance et vitesbalayées, étaient obligées

. ou de mourir sur place ou de reculer. Si bien que sans

coup férir, à marche forcée, l'ennemi arriva sur la Marne.

… Mais là, ayant atteint la limite extrême de son avance, il s'arrêta de lui-même.

Ludendorff tentait bien chaque fois d'élargir la brèche

… à droite et à gauche, et de se rabattre sur les lignes fran-

çaises intactes. Mais on ne voit point que la manœuvre A débordement de nos tranchées prises à revers ait jJémais été possible ou surtout qu'elle ait abouti à ce

Péoultet de désarganiser tout le systbrne défensif. La percée

était bel et bien une illusion. L'espoir s’affirmait vain de croire qu'on pouvait, hors de la zone fortifiée, engager de nouveau la bataille générale décisive. Jamais les Hauts Cormmandements ne surent ou ne voulurent revenir au front discontinu, permettant la manœuvre par les ailes ou par le centre. C'était cependant là tout le problème ! Soit qu'ils craignissent de courir un risque trop grand

en renonçant à la fortification, soit qu'ils n aient pas su

réaliser un autre dispositif, ils se condamnaient à l'attaque frontale, la plus meurtrière de toutes. Le front continu, né au hasard des circonstances, les emprisonna jusqu'au bout.

On dit que les armées modernes prisonnières de leur ravitaillement en munitions ne peuvent plus s'éloigner de leurs dépôts et de leurs magasins. Pour moi, je n'accepte point cet axiome. Le premier mois de la guerre en a démontré la fausseté. L'armée allemande d'invasion a pu, sans cesser d'être redoutable, s'avancer en quelques jours jusqu à la Marne. 4

En fait, l'entrée en jeu des énormes pièces d'artillerie à longue portée, l'accumulation inouiïie des canons, ne furent que la conséquence de la guerre de siège qui s'engagea à partir du mois d'octobre. Une armée ne peutelle désormais entrer en campagne sans traîner avec elle de pareils mastodontes ? Au vrai, il n'y a pas d'art militaire sans un minimum de conventions qu doivent être acceptées des deux côtés. Mais dès qu'une guerre cesse

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d'être un jeu de professionnels, c’est-à-dire dès qu'elle :

devient nationale, les conventions ne sont plus respectées

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et l'art militaire n existe plus. Napoléon perdit en Espagne les avantages quil tenait de son génie manœuvrier : ce génie même, sauf en de rares occasions, ne put s'exercer, l'ennemi ne lui en fournissant pas les moyens. La guerilla a bien des rapports avec nos quatre années de tranchées. De même. la guerre des Boers perdit sa physionomie conventionnelle. Quand il s’agit, en effet. de défendre pied à pied le sol national, on n admet plus aucune règle. Jadis toute troupe tournée ou menacée de l'être, se hâtait de se replier. Nous avons vu pendant des mois nos soldats se maintenir dans des saillants pris à revers par les feux convergents de l'ennemi, d'autres s'accrocher à des morceaux du sol dominés de toute part par l'adversaire. Pour chasser les Allemands du Chemin des Dames où ils se cramponnaient, il fallut une puissante offensive alors ‘qu en d'autres temps, ils n eussent pas songé à y rester sans s attirer le mépris des stratèges. Plus on ira, plus les guerres prendront ce caractère national.

Et alors deux questions se posent. L'art militaire que nous a transmis la lignée des grands capitaines n'est-il plus qu'un vestige désuet du passé, inadapté aux guerres nationales ? Ou bien nos chefs n'ont-ils pas su faire entrer la guerre nationale dans l'art militaire ? Les deux questions me paraissent strictement vraies. De toute évidence la guerre moderne n'a pas trouvé la forme qui lui convient et qui la rendra moins meurtrière et moins longue. Si l’on se place au point de vue du stratège pour qui la guerre est une activité de jeu, le front continu s'avère une absurdité. I} ne se légitime que du point de vue défensif, quand

un peuple lutte pour son existence. Et là A il est puéril d’aligner des soldats coude à coude sur des centaines de kilomètres sous prétexte d'empêcher l'ennemi de passer, alors que de vastes secteurs restent par la force des choses condamnés à l'inutilisation tactique. Il est absurde de se battre sans arrêt, jour et nuit, même quand . on ne cherche pas la décision. Nous en sommes aux débuts d'un art militaire nouveau, à un recommencement. La grande guerre apparaîtra aux yeux de l'avenir comme ! une ébauche informe, une première épreuve grossière | de la guerre industrialisée que les progrès de la science " et de l’industrie ont imposée aux nations. Il importe qu'un ! grand capitaine, digne de ce nom, jette les bases de l'art . militaire industriel des temps modernes. Dans toutes ! les branches de l'activité on assiste ainsi à des transformations plus ou moins rapides. L'art militaire, le plus rudimentaire des arts, le moins intellectuel, a évolué très lentement. À Louis Madelin, dans une métaphore hardie, a comparé la bataille de la Marne à une tragédie du théâtre classique, à cause de l’aspect équilibré de son plan, de l’har- « monieuse concordance entre ses diverses phases et du 1 rapport qui le l’'exorde au dénouement. 4 Ce fut, en vérité, une tragédie néo-classique, le dernier 4 chef-d'œuvre inspiré des grands maîtres, le suprême” éclair de la culture militaire française illuminant la barbarie montante. Entre la bataille de la Marne et la cam-w pagne de France il y a tout un monde de choses qui ne’ sont plus. Cette campagne de France c'est le premier

‘4, pure bien imparfait encore, de l’art militaire industriel qui sé lève, quelque chose comme la chanson de Roland de l'ère moderne, projetée dans le domaine de l'action.

. Dépuïis le jour où la bataille se fige sur le sol de France, on ne peut discerner de plan chez le Haut Commandement. Peut-on donner le nom de plan à cette hantise de

la percée, cauchemar d’assiégé, rêve de prisonnier qui na qu une idée confuse de ce qu'il fera hors des murs de la prison ? Et plus tard, lorsque nos moyens d'action . s'étant perfectionnés, et notre illusion de la percée un peu modifiée, nous donnerons comme objectif à nos offensives frontales, telle ou telle ligne de communication ennemie, est-ce vraiment d'un plan qu'il s’agit ? En fait, le combat face à face est poursuivi avec acharnement dans l'espoir que l'ennemi affaibli par ses pertes finira par céder au découragement. La tuerie pure et simple tient liéu d'idée de manœuvre. On escompte l'usure de l'adversaire. C'est l'argument décisif dont on fait état dans les thèmes de propagande.

Dans sa Chronique de Guerre, Maurice Barrès écrit ie le mois de décembre 1914, sous l'inspiration évidente du . Grand Quartier et pour faire prendre patience à l'opi- . nion publique, ces mots significatifs : « … on semble - attendre une bataille à la Napoléon. Dites bien autour . de vous l'inanité de ce genre d'espoir. Ne comptez pas … sur dés Marengo et des Austerlitz. Comptez sur d'utiles

marches en avant, des bonds qui nous assurent telle ou telle position, perfectionnent nos lignes de défense et rendent intenables les lignes ennemies, et puis, comptez sur l'usure de l'Allemagne, sur l'usure de son matériel de guerre, autant que de ses armées. >

L'usure de l'Allemagne ! voilà sur quoi l'on tabie : C'est à ce moment que l'on crée la formule : « Le temps travaille pour nous. » La supériorité des nations de l'Entente en ressources de tout genre est si évidente que ie « succès final paraît évident. Et les calculs des pertes établis par les 2* bureaux indiquent quon essayait de donner, même au prix de quelques erreurs, une base solide à cette croyance. L'usure de l'ennemi, c'était la seule issue que l’État-Major entrevoyait à cette guerre interminable.

Il faut que le patriotisme soit un sentiment bien sublime et capable de transporter l'homme hors de sa nature pour que la France ait puisé le réconfort et la conñance dans un raisonnement dont on peut dire quil était tout au moins à double sens. [l semblait naturel à chacun de penser qu'en poursuivant l'usure de l'ennemi nous ne devions pas trouver la nôtre. Fatuité admirable des peuples ! |

Mais voilà bien une conception destructrice de l'art militaire et qui le nie totalement. Le stratège oppose la manœuvre à la force brutale, il attend d'elle la décision : mens agitat molem. Napoléon, par les ressources de son art, balançait la puissance réelle de la masse russe en la mettant en détaut sur son point faible . de même

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Miltiade avec sa poignée de Grecs battait, grâce à ses dispositions habiles, l'armée des Perses innombrables. Qu'un militaire escompte, au contraire, le facteur de temps, la supériorité de ses ressources matérielles, ia famine, le manque d'hommes et de munitions pour lui livrer son adversaire à merci, cela équivaut à une abdication |

Ainsi, 1} suffit d'une ceinture continue de tranchées hérissées de mitrailleuses et de canons, pour annihiler l’art du stratège L'ingénieur, le chimiste, l'industriel sont les nouveaux maîtres de la guerre. Le stratège, l’émule de Condé, de Frédéric et de Napoléon a-t-il encore sa raison d'être ? de

En voulez-vous une preuve de plus ? Quand je dis que l’État-Major n'a plus formé de plan, au cours de ces quatre années, : oublie la tentative grandiose et malheureuse du général Nivelle. Avec celui-ci, nous assistons à un réveil de l'esprit. L'intelligence militaire essaye de nouveau de dominer la situation, de se hausser, par delà les obstacles matériels, jusqu'à l'idée de manœuvre. Le plan du 16 avril médite d’arracher les armées à la boue ‘noble du front continu et de rechercher la bataille décisive. La guerre doit de nouveau retrouver sa magnifique valeur de jeu. Le plan échouera cruellement, faute . var Nivelle d'avoir su réaliser d'abord le passage de la … zone fortifiée. Pourquoi cette première opération indis-

1. C'est Proudhon qu a le premier soutenu dans Guerre et Paix que a masse devait fatalement ‘emporter sur ‘art

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pensable avant l'exploitation a-t-elle échouée ? Outre les . fautes de préparation qu'on trouve à l'actif du comman-

dement, il est une raison principale dont il na fait que subir les conséquences. Simplement celle-ci : Ludendorft avait désorganisé l'offensive longuement préparée en reculant de 40 kilomètres sur le front de la Somme. Il nous laissait devant le vide d’un immense terrain chaotique, sur lequel notre levier ne pouvait plus trouver d'appui et devant le front étroit du Chemin des Dames, si formidablement défendu que nous ne pouvions, avec

nos moyens, le rompre. Ainsi, il suffit dans la guerre

moderne d’un recul de quelques kilomètres pour anéantir un plan magistral. La bataille en terrain libre n a jamais

été possible qu'avec le consentement des deux adversaires. Chaque fois que l'ennemi ne voudra pas courir cette chance d'en finir et s'enterrera dans le sol, il ne pourra s'agir de reprendre la guerre de mouvements que pour un temps très court.

Qu'on le veuille ou non, la guerre moderne semble

être vouée à certaines fatalités dont toutes convergent à |

donner à la défensive un immense avantage, Par suite ”

la guerre moderne réduit à rien la part du génie militaire, offensif par essence, puisqu'il consiste à devancer l'ad-

versaire, à le surprendre, à le manœuvrer, c'est-à-dire à » kw imposer sa volonté. Eh bien ! on n'impose plus sa

onté aussi aisément à un ennemu enterré dans le sol ourvu d'armes perfectionnées.

C'est pourquoi jai vu avec crainte triompher à la ambre à propos de la loi militaire, ia doctrine de l'E Étatajor général, que la Commission de l'armée a fait sienne ec une certaine imprudence. La conception d'une rmée de couverture { que nous porterions préventive ment sur le Rhin dès les premiers jours de danger, afin u elle puisse porter la guerre chez l'ennemi pour désorniser ses nréparatifs », ainsi que s'exprime le rapporteur e cettz commission, me semble du domaine du roman. emarquez que je ne nie point la nécessité de l'armée de couverture, c'est seulement l’utilisation envisagée qui me paraît à la fois dangereuse et ne pas correspondre à la

bele à doit être en principe une zone neutre. Nos Hiu pes seront revenues dans nos frontières. Qu'une ère de tension diplomatique s'ouvre, assez aiguë pour faire edouter la guerre, que l'Allemagne viole les clauses de ésarmement. notre Haut Commandement prendra-t-il mitiative, sans attendre l'événement, de porter notre uverture sur e Rhin, qui est notre côté vulnérable ? on, assurément. Nous iouerions le rôle d'agresseur, ri de rendre caducs les traités signés avec

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