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Nations. Aucun gouvernement démocratique ne se prètera à un geste aussi hardi, comparable à celui de l'Allemagne en 1914 et dont celle-ci a eu plus à se repentir qu'à se louer. Alors ? Nous attendrons que l'Allernagne prenne cette initiative, quelle franchisse le Rhin et s établisse en Rhénanie ? Ce qu'elle fera avant la déclaration de guerre. Et c'est ce geste qui constituera le casus belli. Il me paraît difficile d'éviter cette éventualité. Si vite que le Commandement agisse, il n'arrivera pas assez tôt pour empêcher cet établissement. Mais croit-on que l'ennemi fondra aussitôt sur nous comme en 1914 ? Non, l'Allemagne aura pour premier soin d'édifier une formidable ligne de retranchements, capable de nous arrêter, et qui lui permettra de compléter sa mobilisation. Nous entrerons d'emblée dans la guerre de tranchées, dont on sait qu elle n'avance guère :
En tous cas, 1l est clair que nos armées RUE contraintes d'adopter tout de suite, par la force des choses, de crainte d'être tournées, le dispositif du front continu : la fortification allemande s’allongeant chaque jour, jusqu ‘à: [as frontière hollandaise au nord, la frontière suisse au sud, notre armée de couverture suivra le mouvement. [l est possible que les usines du Rhin soient sous le feu de nos
l. L'occupation actuelie de ia Ruhr épisode du problème des réparations, ne doit pas nous faire illusion. À moins d'avoir perdu tout bon sens. l'Allemagne ne peut envisager sa guerre de revanche qu'après exécution du traité de Versailles qui nous obligeant à évacuer la rive gauche du Rhin lu: laissera les mains libres.
‘canons ; mais ! Allemagne, en dépit de nos efforts, n'aurat-elle pas aménagé plus à l’est ses véritables bases d’armement ?
… Il nous reste la possibilité de franchir le Rhin, à la | première heure, de Strasbourg à Neuf-Brisach et d'en- tamer les opérations par l'Allemagne du sud. Mais là | encore, le rempart fortifié surgira comme par enchante- . ment: avec une patience de taupe, l'Allemagne l'aura | longuement édifié et camouflé, aidée par la configuration du terrain qu s'y prête. Sans compter qu'il n'est pas … possible d'espérer jeter de ce côté la totalité de nos forces, | à moins de laisser découvert le front de Rhénanie qui D pour nous offre bien plus d'importance.
| | Dès lors, il semble vain de tout sacrifier à une armée | de couverture, dans l'espoir probablement illusoire qu'elle entrera à la première heure en Allemagne et consommera en peu de jours la défaite de l’armée ennemie, escomptée plus faible que la nôtre. Vous savez ce que cela implique | de conséquence pour un État-Major, un plan exclusive- | ment offensif ? Je vais vous le rappeler. C'est d'abord la | croyance en la guerre courte. En dehors de l’armée de . couverture pour laquelle on n'a pas trop de tous les | crédits, on ne prévoit plus rien ; la majeure partie des | réserves sont laissées en inaction, on les prépare mai, | on les arme et les encadre à peine. Une armée destinée à la guerre de mouvements ne peut s'encombrer d'un “excès de matériel : il est des fabrications qu'on juge de déuxième importance, qu'on recule indéfiniment et qu'on ne réalise jamais D'autre part. l'instruction des troupes
tend à créer intensivement l'esprit offensif, ce qui équivaut à l'esprit d'imprudence. Le commandement lui-même,
hypnotisé par son plan d'attaque, sacrifiera tout à cette | nécessité, qui est incompatible avec la défense du pays. :
Qn {a vu en 1914, on court tout droit aux aventures.
Puisqu'aussi bien il est à peu près certain que l'Alle- |
magne ne pourra avoir, dès le début de la guerre, en dépit
de son adresse à nous tromper, la supériorité de moyens qui seule permet l'offensive, elle se tiendra sur une défen- : sive prudente ‘ : or, la puissance de la défensive organisée :
est une chose qui n est plus à démontrer. Nous ne pouvons
espérer, dans ces conditions, en finir rapidement. C'est . toute la nation qu'il faudra mettre en état de participer :
à la lutte avec toutes ses ressources, car la guerre future sera nationale au même titre que la précédente.
Mieux vaut donc abandonner ce rêve d'offensive pré- | ventive et constituer, d'ores et déjà, l’organisation géné- : rale du pays, dont l'armée de couverture ne peut être. que le noyau. Car, enfin, 1l est bien entendu qu à l'avenir . on ne verra plus l'élément cavil, force vive de la nation, : entièrement annihilé par l'élément militaire, que ses. préoccupations spéciales rendent inaptes à diriger seul une guerre industrielle. Le projet de la Commission de. l'armée en créant une puissante armée de couverture!
capable de se suffire un certain temps à elle-même et qui nous donnera une sécurité apparente, fournit l'excuse
l. il est vrai, on peui toujours espérer que la caste mibtaire #02 mauvais génie, dédaignera le lan raisonnable.
à retarder la collaboration de l'élément civil. Quand la guerre sera là, 1] sera trop tard pour songer à l’organiser dans toute son ampleur : les militaires resteront les plus quahfiés pour absorber les forces civiles de la nation. C'est év demment ce qui arrivera. Je ne serais pas étonné, d ailleurs, qu'en réaction de ces quatre années sinistres, notre État-Maijor ne veuille restaurer l’idée de la guerre de mouvement. Ne sent-1l pas, en effet, que ! art militaire est en péril si l'on s'en tient à la stricte expérience ? que le matériel rend vaine la stratégie ? qu'il est difficile de sortir de la défensive quand on y est une fois entré ? Mais, direz-vous, comment peut-on nier l'expérience de la guerre ? C'est que justement la cam- ‘pagne de France est venue à point pour persuader l'État- Maior, à la faveur d'une équivoque, que les principes d'offensive dont il se réclamait en 1914 sont toujours intacts. Nous avons lu, à maintes reprises, sous la plume de militaires autorisés, cette pensée : que l'aventure du 16 avril, loin d'être une absurde gageure, répondait seule à une idée vraie. Et voici que la campagne de Foch semble leur en fournir la preuve. On assimile la marche en avant de nos armées de 1914 à celle de Foch. …
Louis Madelin, qu'il faut toujours citer quand on veut connaître la pensée de l’État-Major, a écrit dans le chapitre consacré au début de la guerre cette phrase qui donne à réfléchir : « La doctrine offensive, en honneur dans nos états-majors, comme seule conforme au génie . de notre race, inspirait tous nos plans. Ce serait en atia- …. quant qu'on déconcerterait l'attaque. Môéme aprés la dou-
pme
- = mens
loureuse expérience qui allait suivre, la doctrine, sinon l'exécution qui en fut faite. est défendable ; Foch n'en a jamais, — avant comme après, — professé d'autres ! » Il est trop grave qu'un public confiant et peu instruit des choses de l’armée puisse lire une telle opinion sans contre-partie. C'est au prix d'une équivoque que l'on parvient à assimiler la campagne de France avec l'aventure de l'État-Major bergsonien de 1914 L'étude de sette campagne va nous permettre de le démontrer. | ï