‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 45 sur 59 · TANNENBERG OU LA BATAILLE TRUQUÉE · texte numérisé non relu

TANNENBERG OU LA BATAILLE TRUQUÉE

Voici donc Ludendorff en face des Russes. Deux armées russes ont envahi la Prusse orientale : à l'est celle de Rennemkampf, masse de 24 divisions d'infanterie à effectifs surchargés, précédée d'une nombreuse cavalerie ;

au sud celle de Samsonow, moins importante mais supé- | rieure à la VIII® Armée allemande. Car cette VIIIS Armée : est la seule force qui défende la Prusse orientale. Pour . faire face à ce double ennemi elle a dû se diviser en deux. J

Mais la marche de Samsonow rend très dangereuse la

position des troupes qui se défendent à la hauteur des :

Lacs Mazures, face à Rennenkampf. Elles risquent d'être broyées entre les deux armées : aussi Moltke a-t-il prévu . le repli général à l’ouest sur la ligne de la Vistule. Solution .

de prudence préconisée déjà par Von Schlieffen dans ses .

projets d'opération.

Cependant Ludendorff, sans hésiter, adopte la solution : d'audace. C'est qu'à simple vue, la position occupée * par les deux armées russes en Prusse orientale évoque : en son cerveau d'officier d'état-major familiarisé avec les.

thèmes des campagnes célèbres, le schéma d'une manœuvre éminente que plusieurs grands capitaines ont appliquée. [l s'agit là de la manœuvre classique que l’on peut énoncer ainsi : surprendre successivement deux adversaires séparés (avant leur jonction) et les battre l'un aprés l'autre. En l'espèce, 1} convient de tomber sur Samsonow, toutes forces réunies, puis de se retourner contre Rennenkampf, avant que celui-ci ait eu le temps de venir au secours du premier. el est le plan de la campagne qui va s engager. Les choses se réalisent point par point ainsi que Ludendorff les a prévues. Voici comment 1l opère. Comme Rennenkampf marchant lentement en Prusse orientale de l'est à l’ouest est arrivé à la hauteur des Lacs Mazures, Ludendorff retire de devant cet ennemi inattentif la majeure partie des forces allemandes qui lui sont opposées. Ces forces il les joint à la fraction de la VIIIE Armée qui est en face de Samsonow. Il attaque alors ce général et le bat. Comme, en outre. il a eu le trait de génie de diriger deux des corps Penrés des Lac Mazures sur les derrières de l'armée Samsonow, cette armée se heurte à eux en pleine retraite et le désastre s'achève en déroute. Voilà Tannenberg. Ensuite, regroupant ses troupes qui se sont accrues de deux corps nouveaux, venus du front Cccidentai, Ludendorff marche contre Rennenkampf et celui-ci, après deux jours de combat. bat en retraite. C’est la victoire de Mazurie.

Le résultat est trop beau. Les cartes sont évidemment biseautées. La géniale manœuvre est trop conforme à la

théorie. Dans la réalité, ce plan audacieux jusqu'à la témérité ne pouvait aboutir qu à l'écrasement de Ludendortf, étant donné la puissance de feu des armes modernes qui donne à la supériorité du nombre sa pleine valeur. Et, en effet, Ludendorff avoue qu'un radio russe intercepté a porté à sa connaissance le plan de Samsonow : mais ne savait-ll pas aussi l'attitude qu'allait observer Rennenkampf ?

Maintenant, 1l faut se demander si, dans la plupart des cas où l'on voit les grands capitaines réussir d’éton-

nantes merveilles de stratégie audacieuse, ces circonstances

excepticnnellement favorables ne se produisent pas ? La chance n'est-elle pas à la base du génie militaire ? Et c'est une chance de plus que d’avoir un adversaire stupide où vendu à l'ennemi. La stupidité est assurément plus fréquente car elle résulte naturellement de la vanité des généraux et de ieur jalousie mutueïle. Combien se sont fait battre pour avoir voulu mettre dans l'embarras leurs collègues et rivaux ? Hélas, une mentalité exclusivement

militaire prédispose à de tels abandons. Et ceci nous

confirme dans l'idée que les généraux français dont la merveilleuse cohésion a contribué à gagner la Marne ne sont pas au fond de « vrais militaires ». L'amour de la Patrie. la notion du péril commun, c est-à-dire en somme la vue de la réalité, entretenait en eux une vertu civique qui doublait leur valeur militaire. Les généraux de ia

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