‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 46 sur 59 · DO TE CRE RS SE TN EE · texte numérisé non relu

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Révelution chez qui abondait un tel état d'âme y gagnèrent « une supériorité incontestable sur des adversaires privés

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du sentiment civique. Et il est s1 vrai qu il faut souvent compter sur les dangers que l’amour-propre d’un chef fait courir à son armée que tous les historiens français qu ont raconté ia bataille de la Marne glorifient nos généraux de leur esprit d'entr’aide et d’abnégation, comme si c'était une chose vraiment étonnante que de voler au secours de ses frères d'armes quand ils sont en péril. Nous verrons parfois chez les Allemands, cependant unis dans le même amour-propre, de semblables rivalités contrarier les opérations Un Romain, ayant gagné la bataille de Tannenberg et celle de Mazurie, n'aurait eu de cesse qu'il offrit un sacrifice à la Némésis, par crainte d'expier cruellement son insolent bonheur Mais un Ludendorff ny voit qu un prétexte à s enorgueilhir et à exalter sa stratégie, sans réfléchir quelle n'a rien en soi d'original. Et cependant si l’on examine de près !s conduite de Ludendorff, on ne peut qu'en être épouvanté ! L'homme qui a agi comme il l'a fait était destiné à entraîner fatalement son pays à l'abime : et cette prédiction, on eut pu la faire au lendemain de Tannenberg. En apparence, fortement conçu, merveilleusement calculé et supérieure- . ment exécuté le plan de la bataille de Tannenberg se révèle à l'observateur sagace comme un modèle d'’imagi- | nation chimérique et de lantaisie. Je gage que Von Schlietfen, mis en présence d'un plan pareil à l’Académie de . guerre de Berlin, n'aurait pas hésité à infliger à l'auteur À un blâme sévère.

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Voulez-vous que nous le regardions, armé de notre simple bon sens, puisque nous sommes des profanes. Le problème — je l'ai dit — est celui-ci : étant donné deux adversaires qui marchent séparément, réunir toutes ses forces contre l’un et le battre avant que l’autre ait eu le temps de le secourir ; puis se retourner contre le second et l’accabler. Il semble que le cas qui s'offre à la vue de Ludendorff, dès qu'il arrive en Prusse Orientale, soit bien celui-là. [l dit lui-même avec une feinte modestie : € instinctivement 1l devait venir à l'esprit de tout officier d'état-major de mettre à profit la séparation des deux armées ennemies. ?

Dans une telle donnée une chose est imphcitement contenue, à savoir, que celui qui tente cette manœuvre, s'il est inférieur à ses deux adversaires réunis, est au moins supérieur à chacun d'eux pris isolément : c'est ce qui

explique qu'il essaye de les surprendre avant qu'ils aient

eu le temps d'opérer leur jonction. Or, dans le cas bien particulier de Tannenberg, Ludendorff, toutes forces réunies, est inférieur soit à Rennenkampf, soit à Samsonow. De plus, le sort de la campagne ne dépend point de la jonction des deux généraux russes, qui assez forts pour se passer l’un de l’autre, ont évidemment l'intention d'agir chacun pour leur propre compte. Le fait de tomber sur Samsonow séparé de Rennenkampf ne donnait donc à Ludendorff aucun avantage, sinon celui

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de heurter une forte armée et de courir en outre le ‘risque formidable de recevoir sur le dos Rennenkampf, lequel n'avait plus rien devant lui. Il est vrai, il y avait

dans le jeu de Ludendorff un atout : la possibilité de

couper la retraite de Samsonow avec les deux corps

retirés de la région des lacs. Mais encore fallait-1l d'abord

que Samsonow fut vaincu et battit en retraite. Vainqueur

1] continuait à avancer vers le nord-ouest et l'atout restait inefficace et fort aventuré. Et ne voit-on pas que le fait de réserver ces deux corps en vue d'un effet stratégique diminuait encore les forces que Ludendorff avait à opposer à Samsonow, ce qui est un surcroit d'imprudence ? Or, Samsonow, malgré une certame infériorité d’artillerie sur son adversaire, avait tous les moyens non seulement de résister à Ludendorff mais encore de le bousculer. Ludendorff, quelle que fut sa confiance, ne pouvait pas ne pas être dans l'incertitude du résultat. Considérez en effet qu'une telle opération exige pour être réussie une rapidité d'exécution exceptionnelle. Or les batailles modernes durent cinq et six jours. Pen-

dant tout ce temps Ludendorff risquait donc de voir sur-

venir Rennenkampf. Courir ce risque un si long temps,

mest-ce pas de la témérité ? Ensuite, les choses étant mises au mieux et supposant la défaite de Samsonow

consommée, c'est avec une armée affaiblie, fatiguée par

. cinq jours de combats que Ludendorff va se proposer d'attaquer l’armée formidable de Rennenkampf, très * supérieure en nombre, en excellente condition et installée sur des positions solides. Pour dégager à priori la victoire

de telles données, ne faut-il pas faire intervenir le miracle, où tout & moins escompter un fabuleux bonheur ? Quel autre homme qu un joueur oserait tenter le coup, dans ces conditions ? Comme disait je ne sais qui, d'un général pareillement téméraire : « Je lui aurais donné les honneurs du tnomphe pour sa victoire et, je l'aurais fait fusiller après, pour son imprudence. »

Mais partout le miracle arnve à point. Le 24 août, trois:

jours avant de livrer bataille, alors que les ordres sont déjà donnés aux troupes allemandes, un radio russe est capté qui apporte à Ludendorff un aperçu très clair et très complet des mesures prises par Samsonow pour les jours suivants, la position de ses diverses unités et leur marche. Si Ludendorff ne croit pas devoir passer sous silence ce curieux hasard, qui diminue tout au moins son mérite, n'est-ce pas quil a conscience, s'il s'était décidé à tenter la manœuvre sur les simples données du problème, d’apparaître vraiment trop aventureux ? Mais, en fait, je ne crois point que l'incident du radio ait été de nature à déider seul Ludendorff : sans radio, 1} eut attaqué quand même. Les Mémoires sont bien curieux

à bre à ce sujet. Ludendorff veut se donner figure d'homme.

prudent. Îl dit que l’idée directrice se forma peu à peu en lui sur la vue des circonstances, eu égard à la lenteur de Rennenkampf qu'il voyait s'accroître chaque jour. Il y msiste beaucoup, mais finalement on s'aperçoit que cette

prudente tergiversation n'a ‘amais existé. Quand Luden- :

dorff arrive avec Hindenburg le 23, deux heures aprèsmidi, à Marienburg où l'État-Major les attend, il a déjà

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pris la résolution de livrer bataille. C'est en effet, avant de se mettre en route, le 22 août au soir, du G. Q. G. de Coblentz qu'il a télégraphié les premiers ordres de con-

| centration. Le 24, à peine rendu sur le terrain, il les complète. Le radio ne survient qu'après, mais grâce à ses indications, la bataille hasardeuse qu'il allait livrer à Samsonow devenait une affaire sûre.

À partir de maintenant, 1l a évidemment les plus grandes chances de remporter la victoire, puisqu'il n'ignore rien de la position de son adversaire et sait sur quel point il pourra le prendre en défaut. Mais privé de radio, ne se

serait-il pas jeté, avec la même fougue, dans l'inconnu redoutable que lui offrait sa position ? En résumé, si Ludendorff a joué le jeu avec des cartes loyales, il a agi comme un étourdi dangereux, car enfin si audacieux et confiant quil fut et qu'il soit permis d'être, il lui fallait une suite d'événements quasi miraculeux pour réussir, et nul n'a le droit d’escompter ie miracle. Une situation

. semblable pour un homme de bon sens équivaut à une

impossibilité. On lit dans les Mémoires, que ie commandant Vladiva, l'attaché militaire espagnol sur le front oriental, emanda à Ludendorff, en octobre 1914, « si

» la bataille de Tannenberg avait été livrée d'après un plan . mûri de longue date. » « Je dus lui répondre que non,

ajoute Ludendorif. Il en était étonné : beaucoup de gens et lui-même l'avaient cru. »

L'orgueailleux Ludendorit fait ici preuve d'une naïveté |touchante. Îl ne voit tuiut le sens caché de la question

. que lui pose le subtil Espagnol. Celui-ci a voulu insinuer

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