‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 48 sur 59 · AS RARE EE PA · texte numérisé non relu

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trouvait renversée. Les Franco-Anglais qui jusqu'alors … combattaient avec la supériorité du nombre et à égalité » de matériel se trouvèrent, du jour au lendemain, inférieurs | à l'ennemi. Le but recherché par Ludendorff depuis deux ans était atteint. Aussi, avec une hâte extrême, on le voit retirer ses divisions du front russe pour les diriger sur le front ouest. À la tête d'une masse de 80 divisions de réserve, 1] lui sera possible, croit-il, d'emporter d'assaut le rempart fortifié occidental déclaré jusqu'ici inex- :

pugnable. La fin de la guerre est proche, de toute certitude.

Mais tandis que les militaires enthousiasmés s'appré- .

taient à la bataille finale et au triomphe, le Chancelier |

et les ministres envisageaient avec inquiétude la solution

préconisée. Le sous-secrétaire d'État Kuhlman, en plein . Reischstag, osa dire qu'il ne pouvait y avoir de solution

par les armes. Leur esprit civil considérant le problème sous ses multiples aspects ne se faisait pas d'illusion sur

la capacité de lutte de l'Allemagne. En dépit des quelques ressources que la main-mise sur l'Ukraine venaient

d'assurer aux Centraux, la situation alimentaire de l'Empire restait déplorable, la situation morale pire. L'Autriche, à bout de forces, bronchait à chaque pas comme un cheval fourbu. La Bulgarie réclamait la paix à grands cris, la Turquie n'avait plus qu'un souci, se payer de ses défaites sur sa frontière du Caucase. Îl fallait qu'une

solution intervint dans le plus bref délai, car l'Amérique, | rangée depuis dix mois aux côtés de 1’Entente, ne tar-.

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derait plus à envoyer sur le continent sa jeune armée, si w

lente qu'elle fut à se mettre en branle. Par elle, les ennemis de l'Allemagne allaient disposer de ressources immenses : et tandis que les Centraux s'épuiseraient, chaque jour de guerre accroiïtrait la force des alliés. La diplomatie ne voyait de salut que dans une paix de conciliation rapide. |

Si, au contraire, Ludendorift prétendait arracher la décision par les armes, il fallait s'attendre à une prolongation de la guerre. Les troupes aguerr'es de la France et de l'Angleterre offriraient une dure résistance et quoique inexpérimentée, l'armée américaine ferait nombre. Sans

compter que sur le front occidental hérissé de fortifica-

tions, muni d'un matériel puissant, la bataille donnerait-

elle la décision ? Une fois la lutte suprême engagée, nul

ne pouvait savoir quand elle s'arrêterait. Ne valait-il pas mieux, à la faveur du changement de situation qui donnait à l'Allemagne un regain de prestige, tacher d'imposer la paix, avant l'arrivée des Américains ? L'Allemagne, maintenant certaine de se payer largement sur la Russe pourrait se montrer conciliante, généreuse même à l'ouest, sans inconvénient. La France ne résisterait pas à l'offre de l'Alsace-Lorraine, ou tout au moins d’une partie. Ainsi, on a lieu de le supposer, raisonnait l’élé-

ment civil. L'Empereur et les deux Kronprinz, jadis si .intraitables, penchatent de ce côté. Certes, ils voyaient juste. Je mets en fait qu'à l'aube de 1918, alors que

mn 0 0 ° n e D .1 Entente envisageait avec souci la ruée prochaine de la

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. masse allemande, on aurait pu difhcilement écarter des . propositions de paix vraiment honorables. L'opinion

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publique n'aurait pas admis qu on ne les examinât point. Et même en cas de refus des gouvernements, si Luden-

dorf fortement établi en avant de sa frontière, la France

et la Belgique étant évacuées, avait proclamé : « Nous voulons la Paix », il était impossible aux gouvernements …

de poursuivre plus longtemps la lutte. L'Allemagne se

fut tirée de l’effroyable guêpier où elle s'était engagée

aux conditions les meilleures. Au pire, elle eut laissé les allés assouvir leur haine sur l'Autriche, l’affaiblissement

de l'Empire des Habsbourg n'étant pas pour lui déplaire. »

C'est alors que l'on vit apparaître la face terrible de la Némésis qui jamais ne laisse en suspens les comptes que les peuples ont à payer au Destin. Quos vult perdere Jupiter dementat. Ludendorff allait lui servir d'instrument. Ce brillant militaire, à l'esprit vif et hardi, ce cerveau si lucide devant tous les problèmes de sa spécialité, et qu'à bon droit on pouvait tenir pour un des hommes les plus intelligents de l'époque, allait se révéler plus aveugle et plus borné que le dernier des électeurs. Eh ! quoi, voici

qu après trois ans d'efforts, grâce au génie de ses chefs

militaires et en dépit de la lâcheté de gouvernements

impuissants à imposer au pays le véritable esprit de sacri-

fice et d'héroïsme qui convenait, l'Allemagne pouvait « asséner son poing de fer sur ses ennemis avec le maximum de puissance et elle ne le ferait pas ? Avait-on perdu l’es- ‘ prit ? Quelle guerre, d’ailleurs, peut se terminer sans que * la décision par les armes intervienne ! Et de peur des » risques à courir on accepterait une paix boiteuse, désho- w norante pour la patrie allemande ! Vous devinez sur ce.

tu

thème quelles durent être les imprécations de Luden- Imaginez un joueur assis devant le tapis vert et menant ‘une dure partie. Tout à coup la chance tourne de son côté. La nouvelle main qu'il a prise se-révèle bonne. Il vient d'encaisser un énorme coup. La caïte bienheureuse est encore là, devant lui, sur la table. Son premier mouvement est de crier : Paroli. Que quelqu'un à ce moment précis lui frappe sur l'épaule et lui dise tout bas : « Retirezvous, partez avec ce gain superbe, croyez-moi, ne le Inisquez plus », vous devinez sa réponse : « imbécile, le coup est sûr!» Ludendorff, en {vrai militaire», ne pourra Ipas s'arracher du tapis vert de la lutte. Il a une mise de

(de faire sauter la banque. En d’autres termes, tant qu'un vrai militaire a à sa disposition des troupes, il faut qu'il

grandeur ou le salut de son pays, c'est sa propre grandeur, C'est la victoire, c'est-à-dire la gloire des armes. Ah ! ils connaissaient bien cet état d'esprit nos brevetés du G. Q,. G. ! Pour une fois ils ne se trompaient point. On se souvient qu'au début de 1918, le Chancelier allemand fit courir dans les journaux des bruits de paix : il amorçait ainsi la politique qu'il eut été sage d'appliquer ét dont Ludendorff ne voulait pas. Il était tellement conforme à intérêt de l'Allemagne de se montrer conciliante à ce noment que beaucoup d'entre nous, civils de carrière, pensèrent que nos ennemis allaient pencher pour une

fonds considérable, la veine est pour lui, c'est l’occasion :

les emploie. Le seul but qu'il poursuit ce n'est pas la.

olution pacifique. « Erreur, ils attaqueront», nous dirent.

nos camarades ; « quand un chef a sous sa main une armée de cette puissance, il faut qu'il attaque, le contraire ne s'est jamais vu. » C'était la vérité même et Ludendorff nous le fit bien voir, Ainsi l'Allemagne qui avait assis sa domination sur le monde par sa caste militaire allait rouler aux abimes par cela même qu'elle s'était livrée corps et âme à sa caste militaire. Paroli | Quitte ou double ! Tout ou rien ! à ces formules de joueurs, indignes d'un grand peuple, elle allait confer son destin. |

TRIÈME PARTIE

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