‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 52 sur 59 · CONTRE-OFFENSIVE · texte numérisé non relu

CONTRE-OFFENSIVE

En ‘examinant la bataille de France on ne voit point chez Foch ia penses dominer netternent V action. L. esprit

4 en lui incertaine, la notion de temps. L'on croirait parfois Saisir un désaccord entre sa pensée et la réalité qu im- posent les circonstances. Le tempérament parle plus haut que l'esprit et vise à lé contrarier. Le’lutteur qui s est révélé tout entier dans sa mimique à Doullens, a peine à contenir ses impétueux réflexes. Les formules qu'il mit à la mode quand il enseigna à l’école dé guerre témoignent de cette fougue incomparable : Viciaire égale volonté où mieux : Victoire égale supériorité morale chez le vainqueur, dépression morale chez le vaincu. Formule à double tranchant qui peut préparer la défaite aussi bien que la victoire, suivant l'homme qui la fait sienne. Formule qui doit rester indissolublement liée à Foch, mais

a déjà pu voir avec une clarté éblouissante que l'acte foi a eu besoin, au moment psychologique, d'être

complétée par la supériorité des forces matérielles. Point de victoire sans cette condition, dans la guerre moderne ; se il faut bien s'en pénétrer. ir

Mais cette guerre moderne a si bien bouleversé ke règles militaires qu'on peut se demander ; jusqu'à Quel point les plus grands chefs ont su s'y adapter. Une bataille, je l’ai montré, n'est pas une œuvre de précision . c'est … toujours plus ou moins un chaos. L'effet ne correspond ‘ pas rigoureusement à la cause, comme dans le régne « des choses inertes. Partout où l’on emploie des éléments vivants, il est impossible de calculer l'écart que la liberté individuelle fera subir au concept. Dès lors, la victoire nest qu'une approximation, une composante de forces contradictoires, une moyenne de mouvements. Le génie d'action doit s’accommoder de ces malfaçons inévitables. |

Quand on se reporte aux principes guerriers du général Foch et qu'on les met en face de la guerre moderne, on est frappé à la fois d'une certaine inadéquation et d’une curieuse appropriation à celle-ci. Voici, d'après Louis | Madelin, l'essentiel de ces principes : « l'offensive donne la victoire, mais cette offensive doit toujours avoir la | forme de la manœuvre. Pour assurer cette manœuvre, : former sans se lasser des réserves : pour couronner le … succès, se servir des suprêmes réserves pour le coup de A massue. Si l'ennemi attaque, tenir où l’on est, mais | avec la résolution de passer à l'offensive à la première … heure ; attendre le moment où l'ennemi prêtera le flanc 5à le saisir et dès qu'on l'aura saisi, le manœuvrer». Et dès «

int laisser de répit. « Pour décider l'ennemi à battre | A, retraite, il faut l’achever en marchant sur lui : pour

NL: aller. »

[y a là un parti-pris évident de ne plus admettre la

règle du jeu qu: nous fait présager l'attitude de Foch lors des attaques de mars et de mai.

Foch se moque des menaces d’enveloppement, des mouvements débordan.: esquissés, des marches savantes et tendancieuses qui sufnsent à influencer le stratège vieux modèle. « [Il faut y aller », dit-il, ce qui prouve surabondamment que pour l'obliger lui, à battre en retraite, il faudra qu'on y vienne.

Mais pour le reste, je vois dominer le dogme de l'offenve, qui me choque ici beaucoup moins qu'ailleurs, car est fondé sur cette nécessité de passer à l'acte pour aincre. « Pour y aller », il faut attaquer, cela va de soi. Si ce terme l'offensive veut dire l'attaque, c'est parfait. Nous pouvons l'admettre : il faut qu'une troupe en vienne au corps à corps pour en finir. Mais nous savons trop par les développements dont l'école de guerre entoure le ot magique quil a une signification bien plus précise. rendre l'offensive c'est se jeter d'abord sur l'ennemi, "est le prévenir et, quelque situation qu'il occupe, mar- cher sur lui toutes forces réunies pour couper net son . propre élan : car l'offensive est la meilleure défensive. and un homme attaqué par un maifaiteur rend avec

l le dr offensive c'est être de parti-pris | seur, en vertu de la croyance que le prérmier qui attaque a les meilleures chances de déconcerter l'ennemi. La victoire étant à celui qui aura le meilleur moral, démoraliser l'ennemi par une violente attaque, c'est se mettre en pre ture de vaincre. 10 - Je ne mie point que ces axiomes ne se soient souven! vérifiés dans ia guerre d'autrefois, mais le front continu et la puissance des forces matérielles ont consommé leut ruine Désormais, jusqu'à preuve du contraire, il fau admettre qu à égalité de matériel et de courage |’ assaillant assume la plus lourde tâche et la plus ingrate. Si le premier à choc lui donne inévitablement des avantages de terrain, ï. il les paye très cher ensuite. Sans compter qu'à moins | de réaliser la surprise absolue, le défenseur na quà reculer de quelques kilomètres pour désorganiser l'attaqt et la rendre meurtrière pour l’assaillant, De plus, la guerr moderne utilisant les immenses ressources des nation il faut tabler sur le facteur temps. Nul ne peut espérer. en finir en quelques jours, par une offensive heureuse, au début de la campagne, s'il se heurte à la formation du front continu. Admettre le dogme de l'offensive € ‘est donc condamner l'assaillant à prononcer une série illimitée d'offensives, s'il veut conserver l'initiative des opératio: et l’ascendant sur l'ennemi. Nous l'avons vu penda trois ans par nous-mêmes. nous l'avons vu pour Lude dorff pendant quatre mois. Il n'est pas douteux que conseil donné par Foch : « former sans se lasser d

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