‹ Poésies compleÌ€tesChapitre 25 sur 48 · LES AMANTS DE MONTMORENGT · texte numérisé non relu

LES AMANTS DE MONTMORENGT

Aux caprices divins du désir! Leur^ repas Étaient rares, distraits; ils ne les voyaient pas.

Ils allaient, ils allaient au hasard et sans lieures,

Passant des champs aux bois, et des bois aux demeures,

Se regardant toujours, laissant les airs chantés Mourir, et tout à coup restaient comme enchantés.

L’extase avait fini par éblouir leur âme,

Comme seraient nos yeux éblouis par la flamme.

Troublés, ils chancelaient, et, le troisième soir,

Ils étaient enivrés jusques à ne rien voir

Que les feux mutuels de leurs yeux. La nature

Étalait vainement sa confuse peinture

Autour du front aimé, derrière les cheveux

Que leurs yeux noirs voyaient tracés dans leurs yeux bleus.

Ils tombèrent assis sous des arbres peut-être...

Ils ne le savaient pas. Le soleil allait naître Ou s’éteindre... Ils voyaient seulement que le Jour Était pâle, et l’air doux, et le monde en amour...

Un bourdonnement faible emplissait leur oreille D’une musique vague au bruit des mers pareille.

Et formant des propos tendres, légers, confus,

Que tous deux entendaient, et qu’on n’entendra plus.

Le vent léger disait de sa voix la plus douce :

« Quand l’amour m’a troublé, je gémis sous la mousse, a Les mélèzes toutfus s’agitaient en disant :

« Secouons dans les airs le parfum séduisant.

Du soir, car le parfum est le secret langage Que l’amour enflammé fait sortir du feuillage. »

Le soleil incliné sur les monts dit encor :

fn Par mes flots de lumière et par mes gerbes d’or,

Je réponds en élans aux élans de votre âme;

Pour exprimer l’amour mon langage est la flamme. »

Et les fleurs exhalaient de suaves odeurs,

Autant que les rayons de suaves ardeurs ;

Et l’on eût dit des voix timides et flûtées Qui sortaient à la fois des feuilles veloutées;

Et, comme un seul accord d’accents harmonieux,

Tout semblait s’élever en chœur jusques aux deux ;

Et ces voix s’éloignaient, en rasant les campagnes,

Dans les enfoncements magiques des montagnes ;

Et la terre sous eux palpitait mollement,

Comme le flot des mers ou le cœur d’un amant ;

Et tout ce qui vivait, par un hymne suprême, Accompagnait leurs voix qui se disaient : a Je t’aime I 3

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Or, c’était pour mourir qu’ils étaient venus là.

Lequel des deux enfants le premier en parla ?

Comment dans leurs baisers vint la mort? Quelle balle Traversa les deux cœurs d’une atteinte inégale Mais sûre ? Quels adieux leurs lèvres s’unissant Laissèrent s’écouler avec l’ame et le sang ?

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