‹ PoésiesChapitre 14 sur 57 · SOUPIR · texte numérisé non relu

SOUPIR

Tout soleil naît , s’élève et tombe ; Tout trône est artificiel ,

La plus haute gloire succombe ; Tout s’épanouit pour la tombe ,

Et rien n’est brillant que le ciel.

Navigateur d'un jour d orage , Jouet des vagues , le mortel , Repoussé de chaque rivage ,

Ne voit qu' écueil sur son passage , Et rien n’est calme que le ciel.

Consolation sur l'Oubli.

— Septembre 1853. —

Goutte a goutte long-temps dans ma coupe moleste .l’ai recueilli des fleurs l'humidité céleste ;

Si la main de l’oubli me la renverse , alors Que je l’aurai remplie à couler par les bords ,

Le ciel me donnera de contempler sans peine Mes odorans travaux répandus sur l’arène ,

Et le jour accablant de chaleur et d’ennui , Dévorant ces parfums enlevés à la nuit.

Avant que de ma vie apparaisse le terme ,

Que je puisse épancher l’hymne que je renferme !

Inviter toute lèvre 'a goûter de ce miel Qui donne sur la terre un avant-goût du ciel ï Et je mourrai content , et sûr de récompense ,

Ainsi que ces bienfaits offerts à l’indigence ,

D’où l'ombre se rapproche et le bruit se tient loin , Et qui n’ont ici-bas que Dieu seul pour témoin.

Le rossignol caché sous la feuillée épaisse ,

Avant de dérouler sa voix enchanteresse , S'informe-t-il s'il est dans le lointain des champs Quelque oreille attentive à recueillir ses chants ? Non , il jette au désert , à la nuit , au silence ,

Tout ce qu'il a reçu de suave cadence.

Si la nuit , le désert, le silence sont sourds,

Celui qui l'a créé , l’écoutera toujours.

Toute fleur ne naît pas, brillante sur nos rives , Pour le sein des amours ou le front des convives , Pour tomber sous les doigts d’un jeune Eliacin ,

Et parer de festons les voûtes du lieu saint.

Ah ! loin d'en être ainsi , le sort du plus grand nombre Est de naître , briller , et se flétrir dans l’ombre ,

De laisser voltiger leur dépouille en commun , D'abandonner au vent une hymne de parfum ,

Sûre de s'exhaler vers la suprême essence

Que proclament les cieux et que la terre encence !

Combien de diamans , dans la terre enfouis ,

Ne brilleront jamais aux regards éblouis !

Que de jeunes beautés , ravissantes colombes ,

Sans passer par l’hymen descendront dans leurs tombes ! Que de germes éclos aux rayons du soleil ,

A peine réveillés , rentrent dans le sommeil !

La mort , de tant de morts nullement assouvie ,

Veille comme un dragon aux portes de la vie ;

La moitié des destins s’accomplit seulement ,

Et tout n'est ici-bas qu'un grand avortement.

Oh ! qui justifiera cette injustice immense !...

Mais la terre n'a point toute notre existence.

Ne nous abattons point , si mou luth inspiré Des hommes pour toujours doit rester ignoré ;

Si l'indignation en surprend ta pensée ,

Oh ! ce sera , mon aine , une plainte insensée ,

Si CONSOLATION SUR L’OUBLI.

Un moment écoulé dans l'oubli du Seigneur ,

Qui , comme un vent de mort, nous passe sur le cœur.

La lyre ne doit pas te rendre infortunée ;

Remercions le ciel de nous l avoir donnée ;

11 est quelque plaisir quelle nous fait goûter ,

Et tu t’épanouis en t’écoutant chanter !

Et mon front soucieux éclaircit ses nuages ,

Comme au sonde l’airain avortent les orages.

Les ombres de l’oubli préservent de l’orgueil ,

Et la célébrité n est qu’un plus grand écueil.

Un grand nom coûte cher dans les temps où nous sommes, 11 faut rompre avec Dieu pour captiver les hommes.

La gloire , trop souvent , apparaît sur un front ,

Comme germe le doute au cœur qui se corrompt ; Comme 1 on voit sortir des moissons plus fécondes D un terrain humecté par des vagues immondes.

Que d esprits, transportés sur la cime du mont ,

N’ont pas pu résister aux pompes du démon ,

Et , pour s approprier des royaumes célèbres ,

Ont adoré les pieds de 1 ange des témbres !

De mon astre soumis loin des destins pareils !

Hélas ! mes yeux ont vu tomber tant de soleils !

Si je venais jamais à franchir la limite , Ramène-moi , mon Dieu , dans la borne prescr ite ; Car l’esprit une fois échappé de ta main Se fatigue à bondir et ne fait nui chemin.

Ce froubaïuuiv ïidDcritanic.

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