SOUPIR
Tout soleil naît , s’élève et tombe ; Tout trône est artificiel ,
La plus haute gloire succombe ; Tout s’épanouit pour la tombe ,
Et rien n’est brillant que le ciel.
Navigateur d'un jour d orage , Jouet des vagues , le mortel , Repoussé de chaque rivage ,
Ne voit qu' écueil sur son passage , Et rien n’est calme que le ciel.
Consolation sur l'Oubli.
— Septembre 1853. —
Goutte a goutte long-temps dans ma coupe moleste .l’ai recueilli des fleurs l'humidité céleste ;
Si la main de l’oubli me la renverse , alors Que je l’aurai remplie à couler par les bords ,
Le ciel me donnera de contempler sans peine Mes odorans travaux répandus sur l’arène ,
Et le jour accablant de chaleur et d’ennui , Dévorant ces parfums enlevés à la nuit.
Avant que de ma vie apparaisse le terme ,
Que je puisse épancher l’hymne que je renferme !
Inviter toute lèvre 'a goûter de ce miel Qui donne sur la terre un avant-goût du ciel ï Et je mourrai content , et sûr de récompense ,
Ainsi que ces bienfaits offerts à l’indigence ,
D’où l'ombre se rapproche et le bruit se tient loin , Et qui n’ont ici-bas que Dieu seul pour témoin.
Le rossignol caché sous la feuillée épaisse ,
Avant de dérouler sa voix enchanteresse , S'informe-t-il s'il est dans le lointain des champs Quelque oreille attentive à recueillir ses chants ? Non , il jette au désert , à la nuit , au silence ,
Tout ce qu'il a reçu de suave cadence.
Si la nuit , le désert, le silence sont sourds,
Celui qui l'a créé , l’écoutera toujours.
Toute fleur ne naît pas, brillante sur nos rives , Pour le sein des amours ou le front des convives , Pour tomber sous les doigts d’un jeune Eliacin ,
Et parer de festons les voûtes du lieu saint.
Ah ! loin d'en être ainsi , le sort du plus grand nombre Est de naître , briller , et se flétrir dans l’ombre ,
De laisser voltiger leur dépouille en commun , D'abandonner au vent une hymne de parfum ,
Sûre de s'exhaler vers la suprême essence
Que proclament les cieux et que la terre encence !
Combien de diamans , dans la terre enfouis ,
Ne brilleront jamais aux regards éblouis !
Que de jeunes beautés , ravissantes colombes ,
Sans passer par l’hymen descendront dans leurs tombes ! Que de germes éclos aux rayons du soleil ,
A peine réveillés , rentrent dans le sommeil !
La mort , de tant de morts nullement assouvie ,
Veille comme un dragon aux portes de la vie ;
La moitié des destins s’accomplit seulement ,
Et tout n'est ici-bas qu'un grand avortement.
Oh ! qui justifiera cette injustice immense !...
Mais la terre n'a point toute notre existence.
Ne nous abattons point , si mou luth inspiré Des hommes pour toujours doit rester ignoré ;
Si l'indignation en surprend ta pensée ,
Oh ! ce sera , mon aine , une plainte insensée ,
Si CONSOLATION SUR L’OUBLI.
Un moment écoulé dans l'oubli du Seigneur ,
Qui , comme un vent de mort, nous passe sur le cœur.
La lyre ne doit pas te rendre infortunée ;
Remercions le ciel de nous l avoir donnée ;
11 est quelque plaisir quelle nous fait goûter ,
Et tu t’épanouis en t’écoutant chanter !
Et mon front soucieux éclaircit ses nuages ,
Comme au sonde l’airain avortent les orages.
Les ombres de l’oubli préservent de l’orgueil ,
Et la célébrité n est qu’un plus grand écueil.
Un grand nom coûte cher dans les temps où nous sommes, 11 faut rompre avec Dieu pour captiver les hommes.
La gloire , trop souvent , apparaît sur un front ,
Comme germe le doute au cœur qui se corrompt ; Comme 1 on voit sortir des moissons plus fécondes D un terrain humecté par des vagues immondes.
Que d esprits, transportés sur la cime du mont ,
N’ont pas pu résister aux pompes du démon ,
Et , pour s approprier des royaumes célèbres ,
Ont adoré les pieds de 1 ange des témbres !
De mon astre soumis loin des destins pareils !
Hélas ! mes yeux ont vu tomber tant de soleils !
Si je venais jamais à franchir la limite , Ramène-moi , mon Dieu , dans la borne prescr ite ; Car l’esprit une fois échappé de ta main Se fatigue à bondir et ne fait nui chemin.
Ce froubaïuuiv ïidDcritanic.