A LA VIERGE
MES PREMIERS VERS
Toi , que célèbre aux cieux l'harmonie éternelle Des archanges ravis , des séraphins ardens , Vierge ; accepteras-tu d’une lyre mortelle Les profanes accens ?
Oh ! toujours indulgente envers la créature,
Tu les accepteras , mais pourrais-je jamais Exalter dignement , reine de la nature ,
Tes immenses bienfaits !
L univers languissait dans une nuit profonde : La voix de l Éternel promet un jour serein.
0 céleste Orient , la lumière du monde Sortira de ton sein.
4e ÉDITION.
MES PREMIERS VERS
Le fils de Jéhovah se revêt de poussière ;
De ton flanc virginal il veut naître mortel ; C'est par toi que le ciel habitera la terre Et la terre le ciel.
Quel désordre éclatant à mes yeux se présente !
Le maître ; des captifs vient partager le sort ;
Une vierge est féconde ; une mortelle enfante Le vainqueur de la mort.
Malheureux fils d’Adam , dépouille-toi du crime 7 Eve victorieuse a soumis les enfers ;
Le vieux serpent vaincu se roule dans Labîme,
Et les deux sont rouverts.
Mais ? Vierge , tes douleurs ont surpassé ta gloire. Quels sanglots t’a coûté le salut des humains !
Quel sang ont exigé pour prix de la victoire Les célestes desseins î
mes PREMIERS VERS. 73
Exempte du péché , tu connus nos alarmes ;
Tu partageas nos maux, tu sais y compatir.
Quand on pleure avec toi, l'infortune a des charmes, La douleur son plaisir.
Est-il de lieu , de rang , où la foi ne t’implore ?
Tu recueilles ses vœux , ses larmes et ses cris ,
Des mers de l’Occident a celles de 1 Aurore ,
Et du chaume aux lambris.
A qui léguera-t-il ses sueurs et sa peine ,
Le pauvre laboureur d’enfans déshérité?
Sa compagne t'invoque, et retourne certaine De sa fécondité.
La France périssait ; mais son auguste maître Te consacre on pleurant sa couronne de lis , Heureuse et triomphante , elle verra paraître Le plus grand des Louis.
76 MES PREMIERS VERS
Un jour , ô jour affreux ! criminelle , abusée ,
Elle abolit le trône et ses antiques lois ,
Mais captive bientôt, sur leur tombe brisée Elle pleure ses rois.
Ce cèdre dont les deux avaient reçu le faîte ,
Dont les rameaux joignaient l’un à l’aùtre horizon ? Déplorable jouet d’une longue tempête ,
Na plus qu’un rejeton.
Veille , veille sur lui , secourabïe Marie !
Qu’à ta voix dépouillant sa menaçante horreur , L’aube de l’avenir se montre à ma patrie Pure comme ton cœur !
Que sur nous éteignant la foudre vengeresse,
L’ange de tes bontés , étoile du matin ,
De ses ailes d azur protège la jeunesse Du royal orphelin !