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3 ma i'yic.
A MA LYRE
Aux jours de ténèbres profondes , Tout chantre sublime est jeté Comme un soleil parmi les mondes , Pour leur prodiguer sa clarté :
Astre choisi , si je dois luire ,
Que mes rayons soient bienfaisans î Sou viens-toi du ciel , ô ma lyre ,
Car c'est du ciel que tu descends.
A MA LYRE
Aujourd'hui quel besoin immense Du souvenir de ton berceau !
La raison passe pour démence Et la torche pour un flambeau ;
L’orgueil recommence à construire Au pied refroidi des volcans ;
Souviens-toi du ciel , ô ma lyre.
Car c’est du ciel que tu descends !
Nos sages nous disent encore :
« Peuples , hâtez votre réveil 1 « D’un plus beau jour chantez l’aurore; » Et c’est le coucher du soleil.
Le lendemain ne se peut lire Sur des signes plus effrayans.
Souviens-toi du ciel , o ma lyre ,
Car c’est du ciel que tu descends.
Le pouvoir dans sa main débile Sent expirer l’autorité ;
A MA LYRE
Son drapeau descend immobile l e long de son mât attristé.
On appelle en vain le Zéphire Autour de ses plis languissans.
Souviens- toi du ciel , ô ma lyre , Car c'est du ciel que tu descends.
Déjà de nos derniers orages A peine expirant dans les airs S’élèvent les memes nuages Sillonnés des mêmes éclairs.
Que des tonnerres qui vont bruire Ne s’intimident pas nos chants :
Souviens-toi du ciel ; ô ma lyre , Car c’est du ciel que tu descends.
Et qu’importe que le vulgaire Soit ou non pour ta déité ?
De sanctuaire en sanctuaire ,
Il traîne sa servilité;
A MA LYRE
L’idole qu'il voudrait proscrire A cent fois reçu son encens ; Souviens-toi du ciel , ô ma lyre Car c’est du ciel que tu descends.
Sous les faisceaux il rêve un maître , Et sous un maître les faisceaux ;
Le Brutus d’hier est un traître , . . . . Qu’attendent des arcs triomphaux.
Contre ce coupable délire Lance des accords véhémens.
Souviens-toi du ciel , ô ma lyre ,
Car c’est du ciel que tu descends.
D’une faveur tumultueuse Que d’autres soient fiers de jouir.
D’une palme ignominieuse Ma tête saura s’affranchir.
Que la vertu daigne sourire ,
Voilà le prix où je prétends.
A MA LYRE
Sou viens-toi du ciel , ô ma lyre ,
Car c’est du ciel que ta descends.
Parcourons toute la carrière , Quoiqu’elle soit dans le désert.
Préfère aux autels de Voltaire Le grabat du pauvre Gilbert.
Que ma bouche , avant que j’expire , Puisse avouer tous tes accens.
Souviens- toi du ciel , ô ma lyre ,
Car c’est du ciel que tu descends.
2lu Ctyrbt.
— Novembre 1830.
AU CHRIST
0 Christ ! délivre-nous de l'intime blasphémé ,
Ou notre ame s’abjure et s’oublie elle- meme ;
Où , tel qu’un vil brigand , notre esprit se tient coi Dans les sombres détours des cavernes du moi ;
Et guette ? protégé par les ombres du doute.
Que la foi vienne seule a passer sur la route ,
Pour s’élancer sur elle un poignard a la main ,
Et l’étendre mourante au milieu du chemin !
Ce qui ne peut mourir travaille à sa ruine ! •
Et rejette vers toi son essence divine ;
Ainsi qu'un vil présent qui manque son effet ,
Et qu’on fait renvoyer à celui qui l’a fait.
Que dis-je? ce n'est plus sourdement que les hommes
AU CHRIST
Évoquent du néant les désastreux fantômes ;
Ces pensers ont quitté leur ténébreux séjour ; ils volent avec l’air, et bruissent au grand jour ;
Et tout ce qui se voit , s’entend et se respire Semble pronostiquer la fin de ton empire ,
Dévouer a l’oubli ton autel déserté ,
Si tu pouvais finir , roi de l’éternité ;
Pour celui qui les fit ; si le temps et l’espace Pouvaient un jour manquer de durée et de place !
Et pourtant , je ne sais quelle stupide humeur S’obstine à mesurer tes jours a ce qui meurt !
Gomme au temps douloureux de ton ignominie,
Où tu te trouvas seul avec ton agonie ,
Où du haut de la croix tes bras semblaient , ouverts , Vouloir dans ton amour étreindre l’univers.
O Christ ! ta passion aujourd’hui recommence Par un accablement plus profond , plus immense ; Plus d’un apôtre dort au moment de ton deuil ;
Et , pour trente deniers que lui solde l’orgueil ,
Plus d’un Judas pactise avec qui te bafoue ,
AL CHRIST
Et te livre h l'impie en te baisant la joue ;
Et , loin qu’un désespoir rompe son cœur d’airain ,
11 se présente au peuple avec un front serein !