‹ PoésiesChapitre 31 sur 57 · UN SOIR D HIVER · texte numérisé non relu

UN SOIR D HIVER

Que le théâtre au loin , à pleine galerie ,

Comme l'intempérance après les grands festins , Dégorge par un drame une foule attendrie De puissans usuriers et de riche catins.

Alors , du cœur saignant l’indignation folle Comme remède encor prescrirait le poison ?

Et ne sait si la pique avec la carmagnole Dans son rêve sanglant avait tort ou raison.

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Août 1853 —

î<* ÉDITION

0 toi , qui , sans toucher ia main a Belzébut ,

Au monde des esprits fais payer le tribut ,

Heureux Merlin 1 qui vois, sous tes cercles magiques, Eclore d’autres fleurs dans les champs poétiques ,

A M. CHARLES INQLMER.

Ta baguette se lève , et , prompt comme l'éclair ,

Le lutin gourmande crie et passe dans l’air ;

Le sylphe éblouissant d’iris et de topaze ,

Fait ouïr le doux bruit de ses ailes de gaze ,

Et flotte dans l’éther comme la bulle d’eau Que détache l’enfant du bout du chalumeau ;

Charme et rêve des yeux , haleine , météore Qu’un rayon de soleil illumine et dévore;

Que ne puis-je, ô Nodier ! monté sur ton griffon , Voir du ciel avec toi les abîmes sans fond ,

Et descendre à mon gré sur ce pic solitaire ,

Eternel casse-cou des enfans de la terre ,

Où , dans un château fort aux murs de diamans ,

La gloire s’abandonne à nos embrassemens !

Mais comme un voyageur , au front des pyramides , Grave parfois le nom de ses amis timides ,

Ta généreuse main au roc voisin des cieux Daigna mêler mon nom a des noms glorieux.

De mon silence ingrat calmant l’inquiétude ,

Je viens t’en témoigner enfin ma gratitude.

A M. CHARLES NODIER. 2“2î

Mais la saison pour moi semble avoir desséché La source aux flots divins d’où l'art est épanché ; Tourmentant de mes nuits la stérile insomnie ,

Je n’ai pu rencontrer que la pâle harmonie Du vers lâche et coulé dans le moule vieilli 7 Dont le classique A.... était enorgueilli.

Oh ! que les longs étés sont monotones, tristes î Et que leur ennui pèse à l’ame des artistes !

Le démon poétique est en vain évoqué ,

Quand , doublant la chaleur dont on est suffoqué ,

De son haleine flasque effleurant le visage ,

Le vent d’Alger sur nous n’apporte aucun nuage ; Quand le chien essoufflé cherche le corridor ,

Et sur son pavé froid tombe , s'alonge , et dort , Quand de nos boulevards le ciel chauffant la dalle Sur leurs ormeaux poudreux fait crier la cigale,

Qui semble accompagner de son chant ennuyeux Les flammes du soleil qui dansent a nos yeux !

Luise et tonne bientôt la vapeur salutaire

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