A M. CHARLES NODIER
De l’orage qui doit désaltérer la terre ,
De liquides saphirs affaisser les rameaux ,
Et faire secouer les ailes des oiseaux ;
Reverdir les festons des touffes de liane Qui pendent aux arceaux du temple de Diane ; Changer le cirque aride en un riant jardin ,
Et, vers l’herbe poussant aux fentes du gradin ,
Du concierge commis a l’immense ruine Ramener le bélier à la cloche argentime ,
Qui, frappant l’air plus frais de son doux bêlement Réveille seul l'écho du vaste monument ,
Théâtre ensanglanté des voluptés de Rome ,
Où l’homme s’égorgeait pour le plaisir de l’homme Où s’amassaient les flots de ce peuple géant ,
Pareils dans leur murmure à ceux de l’Océan 1 Alors l’image forte et l’image naïve Aux intimes labeurs rendent mon ame active ; Tantôt c’est le matin sous un nuage noir Qui semble nous couvrir des mystères du soir ;
Et tantôt c'est le soir dont les clartés soudaines
A AI. CHAULES NODIER.
Simulent le matin et blanchissent nos plaines ;
Car après tant de jours d’un soleil ennuyeux ,
Les teintes d’un orage émerveillent les yeux.
Mais , du ciel embrasé d’ardentes étincelles ,
Ma muse haletante , en déployant ses ailes ,
Tombe comme l’oiseau que le plomb a blessé ;
Ou comme un cerf-volant dont le fil s'est cassé ;
Et tristement réduite aux terrestres demeures , Odalisque oubliée, elle passe ses heures Attendant que , porté sur la fraîcheur du soir , L’esprit harmonieux lui jette le mouchoir.
Et , pour lui rendre encor l'image plus flatteuse , Elle est comme la nef à la foi courageuse ,
Qui , partant de nos bords , au bruit de son canon , Pour conquérir un monde et lui donner son nom , Au point le plus brûlant de la mer Pacifique ,
Sent arrêter soudain son élan héroïque ,
Voit le long de ses mâts tomber ses pavillons ,
L atmosphère sans souffle et la mer sans sillons ;