‹ PoésiesChapitre 33 sur 57 · A M CHARLES NODIER · texte numérisé non relu

A M CHARLES NODIER

Et, dormant tristement sur ses eaux assoupies, Ainsi qu’un poisson mort sur des ondes croupies , Impatiente , attend que le vent revenu La pousse , s’il se peut 3 au rivage inconnu.

Oh ! si bientôt , plus frais , le réveil du zéphyre , Arrondissant ma voile , ébranle mon navire , Creuse de l’océan l’immobile miroir ,

Et ravive en mon ame un poétique espoir;

Si je puis saluer quelque île fortunée ,

Si Ton voit de ses fleurs ma poupe couronnée ,

De retour dans le port , d’un doigt reconnaissant 7 Je les détacherai pour t’en faire présent.

Ccô ti nu jJocti'6.

A Wà

LES 11)1 POÈTES

En vain de ma lugubre voie Tu voudrais me faire sortir ;

Tu veux que je chante la joie ,

Que mes vers désormais aient l’éclat du plaisir , Des larmes malgré moi mouilleraient mon sourire , Et d involontaires douleurs S’échapperaient des cordes de ma lyre ,

Mon génie est né de mes pleurs.

LES DEUX POÈTES

Vois-tu l'arbre mélancolique Pencher sur l’ivresse bachique La tristesse de ses rameaux ;

Le pampre aux bords d’une eau dormante Unir sa tige caressante A l’obélisque des tombeaux ?

Un génie a l’aile /lorée Toujours sur ta tête adorée Suspendit ses festons de fleurs : -

On dit qu’il berçait ton enfance ;

Et que le jour de ta naissance Fut sans maternelles douleurs.

De tes palmes jeunes encore ,

Jamais un souffle qui dévore N’a fait exhaler des soupirs ;

Toutes tes aurores sont belles ,

Toutes tes amitiés fidèles ;

Les destins sont dans tes désirs.

LES DEUX POETES

Aimable enfant de r harmonie ,

Tu vois des ailes au génie Et tu n'en vois pas à T amour ;

Et ton avenir se présente ,

Ainsi qu’une fête brillante Où tu dois assister un jour.

Laisse de ton joyeux navire ,

Laisse le souffle du zéphyre Arrondir la voile d’azur :

La Sylphide voluptueuse Suivre ta course harmonieuse Sur les eaux du lac calme et pur.

Dis-nous , ami , dis-nous la joie ,

La grâce qu’une Bébé déploie Dans la fraîcheur de son matin y Épanchant de l’urne dorée L'ivresse en cascade empourprée Aux Anacréons d’un festin ;

LES DEUX POÈTES

Ou les colombes de Cythère , S’élançant du bois solitaire ,

Et parcourant l’azur des deux , Brillantes sibylles des belles ,

Ne semant sous leurs blanches ailes Que des présages amoureux.

Mais , sans appui dans ma détresse , Moi que le dieu qui te caresse A mis au rang de ses martyrs ,

C’est l’infortune qui m’enflamme ;

Ma lyre est l’écho de mon ame ,

Et ses accens sont des soupirs

Dans le sombre ennui qui m’oppresse J’ai trouvé les chants d’allégresse Moins doux que les hymnes de deuil ; Et dans leur rigueur infinie Mes maux , revêtus d’harmonie ,

Sont presque doux a mon orgueil.

LES DEUX POETES

2ÔI

J aime ces décombres antiques ,

Où des fantômes héroïques ,

La nuit , errent silencieux ,

Où le passé se fait entendre ,

De ces tombeaux veufs de leur cendre ,

De ces temples veufs de leurs dieux.

11 me faut des deux noirs d orages Des flots troublés et sans rivages ;

Un esquif haï par le sort ,

Et dont la poupe mutilée .

Toujours d’un long crêpe voilée ,

Vogue sans cesse vers la mort.

Ah î s’il est vrai que le poète ,

Souvent dans sa terreur secrète ,

Lorsque tout voit le ciel serein ,

Sous l’horizon courbant sa vue ,

Sait la catastrophe imprévue Qui voilera le lendemain ,

les deux poètes

Je le sens et n’ose le croire Si le fantôme de la gloire M’invite un jour "a son autel , C’est des foudres de la tempête Qu’elle allumera sur ma tête Le rayon qui rend immortel.

€n Somnambule.

Mai 1829. —

LA Si

Voyez à travers le feuillage ,

(.'est elle... Mais au moins ne la réveillez pas ! Vous lui donneriez le trépas.

Comme la lune éclaire son visage !

Comme ses beaux cheveux flottent au gré du vent

Ce |)l)iltr<\

LE PHILTRE

Ma vie était semblable au lac tranquille et pur Qui reflète du jour le nuage et l’azur ,

Les astres dont la nuit scintille :

Et je ne sais sur moi quelle baleine a soufflé ;

Mais dans ses profondeurs tout mon être est troublé. Rends-moi mon ame ; jeune fdle !

LE PHILTRE

Ma lèvre souriait des larmes des amours ,

Je marchais le front haut , comme Y on a toujour Marché dans ma pauvre famille ;

Et maintenant mon œil est humide et rêveur ,

Ma tête tristement se penche sur mon cœur. Rends-moi mon ame ? jeune fille !

Lorsque dans nos jardins tu t’assieds sur un banc Soudain je te devine au bout de ton ruban Qui flotte a travers la charmille ;

Et mes amis alors me disent : Étourdi ,

Tu ne réponds jamais 'a ce que l’on te dit. Rends-moi mon ame , jeune fille !

C’est qu’alors mon esprit voltige autour de toi , Que je voudrais en vain le rappeler à moi :

Il baise ta bouche gentille ,

Se joue avec la brise entre tes beaux cheveux , Et s’enivre et s’oublie aux rayons de tes yeux. Rends-moi mon ame , jeune fille!

LE PHILTRE

Astre consolateur de mes sombres ennuis ,

Ton image charmante illumine mes nuits Du doux éclat dont elle brille ;

Mais le réveil me voit triste et dépossédé , Pleurer comme un enfant sur mon lit accoudé. Rends-moi mon ame , jeune fille !

Car quelle bouche d’or raconterait mon rêve ,

Quand le nuage ami dans les airs nous enlève ; Quand mollement couché sur ce lit de vapeurs ;

Que nuancent du jour les mobiles couleurs ,

Ton corps que voile à peine une légère gaze ,

Se révèle a mes yeux et me tient en extase ? Possesseur étonné de si rares trésors ;

Mon bonheur se soupçonne , et je me dis alors :

« De la réalité c’est bien la le domaine ;

« Ce n’est pas , cette fois, une apparence vaine « Qui remplit mon sommeil d’un prestige charmant. » Mon songe a je ne sais quel vague sentiment De son illusion ; je crains en ma pensée

LE PHILTRE

Que j rompant le fil d'or où mon ame est bercée , Le désolant réveil , venant a me saisir ,

Ne me fasse tomber du ciel de mon désir ,

Et que ton doux fantôme a mes yeux se dérobe , Gomme un sylphe léger aux approches de l’aube. .

jjromciittîit' sur iHrr.

Voila que l’onde amère a calmé son transport Détachons la nacelle et voguons loin du port ,

O mon ange ! a nous deux , nous pouvons nous suffire Livre ta chevelure au souffle de zéphire.

Ah ! lorsque sur les miens se fixeront tes yeux Je ne veux pour témoin que les flots et les cieux , Lorsque ta douce voix ravira 1 étendue ,

Que de moi seulement elle soit entendue !

Tu sais dans quel délire et quelle anxiété

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