LA BARQUE DU PÊCHEUR
Il chercha vainement et sa voile et sa rame ,
Elles étaient au bord d’où ses fils et sa femme , Impuissans , lui tendaient les bras dans leur douleur A travers le bruit sourd de l’écumante lame ,
Il entendait leurs cris , ils déchiraient son ame ,
Mais toujours s'éloignait la barque du pêcheur.
Bientôt rien ne frappa sa paupière éperdue Que de l’onde et du ciel l’effrayante étendue Où la nuit fait encor descendre son horreur î Et le livide éclair a déchiré la nue.
Et d’instant en instant la tempête est accrue :
Et toujours s’éloignait la barque du pêcheur.
De l'aurore en pleurant i! attend la lumière ;
Mais nul rayon d’espoir ne vient luire à son cœur ! 11 se met a genoux : « Délivrez-moi , Seigneur !
« J’ai de jeunes enfans , une femme , un vieux père « Qui pourra ; si je meurs , soulager leur misère? » Mais toujours s’éloignait la barque du pêcheur.
LA BARQUE DU PÊCHEUR ôl
Ainsi chaque matin, trompant ses espérances,
La mer ne lui montrait que des déserts immenses , Dans son vaste horizon nul point consolateur ; Seulement la mouette à la voix funéraire Effleurait dans son vol la vague solitaire !
Et toujours s’éloignait la barque du pêcheur*
Mais sa joue a brillé d'une larme joyeuse !
Il voit dans le lointain de Fonde vaporeuse
Une voile il bénit le ciel libérateur ;
Mais pareil a l’éclair qui luit et qui s’efface ,
Le vaisseau désiré disparaît dans l’espace.
Et toujours s’éloignait la barque du pêcheur.
Et le sud redoubla ses fougueuses haleines ;
Et dans le fond glacé des régions lointaines ,
Où six mois de l hiver domine la stupeur ,
Où la vague durcie au rivage s’enchaîne ,
Où semblent vivre seuls Fours blanc et la baleine , Se perdit comme un trait la barque du pêcheur*
Ca U a tel lr.
LA NACELLE
Voyez cette nef dont la voile Brille d’or, de pourpre et d'azur, Glisser sur l’eau, comme l’étoile Qui traverse un ciel calme et pur.
LA NACELLE
Sans doute sur un lit de roses , Fatigué de divins plaisirs ,
Ange des amours ; tu reposes , Bercé du souffle des zéphirs. . . . .
Oh 1 viens aborder dans notre île !
Les ombrages y sont si doux...
Mais , voyez , a nos vœux docile f Comme il se dirige vers nous !
Tressez des guirlandes légères , Parez votre front ingénu ;
Mortel ou dieu , jeunes bergères r Qu’il soit ici le bienvenu !
Mais d’effroi mon ame est glacée....
Ciel ! à mon œil épouvanté Dans une barque fracassée S’offre un jeune homme ensanglanté.
LA NACELLE
« Creusez mon réduit funéraire ,
« Faites cette aumône à mon deuil ,
« Dit-il , j’ai reçu le salaire « Que le ciel réserve à l’orgueil.
« Un pirate au regard avide ,
« Attiré par mon riche éclat ,
« M’a criblé d’un plomb homicide ,
« Et laissé dans ce triste état,
« Adieu , mes amis.... , soyez sages ;
« Je meurs; profitez de mon sort,
« Et pour faire d'heureux voyages ,
« N’arborez point pavillon d’or. »
3 JH. Colin,