LK SALUT A L'ETRANGERE
J'offre ma coupe vide où souffre un monstre d'or, STÉniANE Mallarm
Anx ruines de Vie antérieure et morte,
Au fronton dominant l'ombre cave de la porte
Où s'engouffrent les feuilles comme les ailes mortes
Des vols de crêpe épars sur les étangs de moire,
Face de doux relief et triste épiphanie
Double de Songe et Sœur de Mémoire,
Et sourire posthume qui se renie !
Masque pâle entre ses bandeaux et pour la mnrt Sans funèbre laurier au front ni pierrerie, Lèvres de pourpre stricte où le silence crie, Et les yeux clos comme des yeux d'enfant qui dort,
Masque pâle sans au front une pierrerie
Ni funèbre laurier au delà de la mort,
Quelle parole est morte à la lèvre meurtrie
De quel aveu pour que la lèvre en saigne encor?
Masque éperdu vers les étoiles, Son intacte blancheur de marbre a vaincu l'ombre Et la face s'exhume éternelle de l'ombre Blanche et grave sous les étoiles.
Masque plus pâle que l'aurore Et la lune aux étangs mirée et faciale, Etrange et frustre et d'une douceur faciale Ainsi qu'une lune d'aurore.
Masque ébloui sous le soleil Fixe et grave d'une candeur inaltérée, Nulle soif n'a disjoint la lèvre inaltérée Rouge fruit gorgé de soleil.
Masque sans larme sous la pluie Où la pluie aux soirs d'ombre éperdument ruisselle, Paupières closes d'où rien autre ne ruisselle Que les froides larmes de pluie.
Masque muet au vent quî passe,
Au vent qui passe et joue en les lèvres aphones
A simuler la voix de ces lèvres aphones
Où le mensonge du vent passe!
Je t'ai connu vivant, hilare et nimbé d'or Sous le triple laurier et sous la pierrerie, Yeux à la vie et bouche éloquente et mûrie Pour le baiser et pour la colère qui mord.
J'ai vu vivre tes yeux, tes yeux, ô pierreries, Et je sais le passé que ton silence dort Quand tu marchais vivante, en les idolâtries, Parmi les palmes et le sang et parmi l'or I
L'usurpateur mystérieux des destinées.
L'involontaire Amant qui chevauche et guerroie, A disparu dans l'ombre au détour des année?.
Le cimier d'ailes au vent de la mer s'éploie, L'éternelle aventure a ri comme une femme Aux horizons d'aurore un visage de joie.
Il a vu, dans le ciel de pourpre et d'oriflamme> Un masque douloureux pleurer parmi les nues Du couchant saccagé comme une Ville en flamme.
Des antres et du lac les Nymphes sortaient nues; Sues Aegypans des bois ont guetté son passage De leurs yeux clairs luisant en leurs faces cornues.
Sous l'invincible pas de l'Errant triste et sage,
Les charmes vains craquaient un bris de branches mortes
Ou fuites de noirs vols d'orfraies au ciel d'orage;
Le pennon et le glaive hauts en ses mains fortes,
11 traversa le val et la mer et la plaine
Et vit, un soir, la ville et les murs aux sept portes^
Et sur la tour de marbre fruste, assise, Hélène î
roÊMES ANCIENS ET ROMANESQUES 47
Reîne des seuils sacrés et des villes murales, Salut à ta splendeur, par le glaive «t le cor! En tes cheveux, en tes robes, en tes opales, En ton passé divin tout incandescent d'or.
Salut en ta douceur de femme et de fîleuse, En les aubes de paix de tes soirs véhéments, Et d'être née ainsi dans la nuit fabuleuse Pour resplendir au songe éternel des amants
Sur la tour solitaire où trône ton prestige De fleur mystérieuse et d'idole des soirs Les ramiers douloureux roucoulent le vertige Des âmes de jadis qui burent aux Styx noirs.
Eux qui vinrent du fond des terres sans merveilles Vers ta face apparue en leurs songes déserts ; Et leurs riches désirs montaient comme des treilles Aux murs où posaient nus tes pieds vainqueurs des Mers
A genoux, comme pour pleurer leurs funérailles, Les uns mouraient d'amour devant tes seuils sacrés, D'autres ensanglantaient la herse des murailles Qui trouait le poitrail de leurs chevaux cabrés I
Ils percèrent parfois de flèches sacrilèges Ta chevelure en tiare, écroulée à demi, Pareille à quelque tour qui domine les neiges, Et ta chair palpitait comme un cygne endormi.
Salut en ton passé divin et dans mon âme, Étrangère, debout sur les siècles haïs Du paisible regard de ton deuil qui les blâme Et pour ta face pâle en mes soirs éblouis I
Étrangère I fatale enfant, espoir des Fées, Le geste de ta main où luit la fleur d'Endor Destine les héros à la Gloire ou la Mort Et les voue au travail des bêtes étouff'ées.
C'est par toi que de sang se payent les trophées Et se crispe la chair sous la dent qui la mord Et qu'au Bois noir où l'arc de frêne vibre encor Une odeur de tuerie éclate par bouffées.
Si le pied triomphal parmi l'ache et la flouve Foule hors de l'antre un crin de laie ou de louve, Le cri de l'Oliphant qui vocifère, au soir,
L'angoisse de rubis dont s'orne l'âpre corne, Du fond du passé fabuleux t'appelle à voir La hure bestiale au poing du Tueur morne l
Un fard exalte encore un peu d'ivresse morte Aux lèvres que sa flamme ardente pourpre et brûle Et le sourire est plus triste qu'un crépuscule Où souffre le sanglot d'un blessé qu'on emporte Mourir sanglant et douloureux au crépuscule!
L'antique amour a ri sur ta lèvre, ô Vivante, L'écho des forts désirs à qui la chair accède Et les lourds midis nés à la vie éclatante Ont plu leur clarté d'astre sur ta nuque tiède D'où croulait ta toison chevelue et vivante.
L'impérieuse ivresse est brève comme un songe, Sang des lèvres tari par le soleil avide; Le fard mystérieux qui supplée et prolonge Sourit plus las qu'un soir stérile en le ciel vide, Et la Vivante est pâle et triste comme un songe.
Ennemie, étrange Morte, Guerrière morne,
Ombre de la forêt, masque de l'aventure,
Oh va, pour l'invisible Chimère dont s'orne
Le casque d'or cime que fut ta chevelure,
Abjurer ton mensonge au noir flot d'un Styx morne
Que n'es-tu l'Exilée, hélas, ou l'Etrangère 'Cachant pour vrai trésor sous sa robe en lambeaux Une pierrerie immortelle et messagère De quelque astre levé derrière les tombeaux I
La voix d'enfant est douce en les chansons d'aïeules Et le glaive du père mort ou massacré Sied aux mains des filles errantes qui vont seules Loin de la Nuit sanglante où leur âme a pleuré.
Le vent a dispersé les oiseaux et les nues, Les feuilles volent sur le fleuve vert et noir Et jonchent le morne sable des grèves nues Où des iris fleuris éclatent dans le soir.
M'apportes-tu sous tes haillons de Voyageuse
A qui sourit l'étoile en la forêt sans fleurs,
L'opale que la grotte avare et ténébreuse
Mit cent ans, goutte à goutte, à germer de ses pleurs?
Si le glaive est toujours l'ornement du trophée Où luit l'opale prise à trois griffes d'accord, Quel talisman s'exalte en tes cheveux de fée Pour que je croie à ta promesse d'un trésor?
Nul signe que tu sois Celle pour qui dédie La magique forêt ses arbres merveilleux Et ses paons triomphaux dont la roue irradie Une extase de plume où rayonnent des yeux.
Qui sait si le flot sombre ainsi qu'une herbe mûre Ouvrira ses sillons devant tes pas divins? Qu'importe de n'avoir pour preuve et pour augure Que ta simple beauté des pays d'où tu vins.
Prends ma main ! le Soir apaise l'onde fatale
Du fleuve où nous entrons comme dans un tombeau
Jusqu'à ce qu'elle monte à ton sourire pâle...
Nul talisman en ses cheveux flottant sur l'eau 1