MOTIFS DE LÉGENDE ET DE MELANCOLIE
L'essîeu dep chars se brise à l'angle dur des tombes Où nos âmes de jadis reviennent s'asseoir Et des gestes qu'ont fui des exils de colombe Jettent à pleines mains des roses au ciel noir
Le crépuscule pleut un deuil d'heure et de cendre Qui courbe les fronts pâles de cheveux trop lourds Dont le poids mûr s'effondre et croule et va s'épandre Sur la dalle où dorment les songes des vieux jours.
L'éternelle Toison, par delà les mers sombres,
Au fond des soirs, se dresse, étrange en son poil d'or.
Et les cornes d'émail allongent leurs deux ombres Sur le flot fabuleux qui gronde et saigne encor.
Le flot saigne à jamais de l'éperon des proues Qui coupaient le reflet des étoiles dans l'eau; Le roc rompt la carène et la pierre les roues, Et le vent à l'écueil pleure comme au tombeau.
Les Arianes, aux îles de fleurs et d'astres, Qui veillaient dans la nuit sur leur sommeil fatal. Attendent le Héros de leurs tristes désastres Qui les doit reconduire au vieux Palais natal.
La Chimère accroupie aux gorges de l'attente Crispe ses ongles durs où luit le sang des forts, Et notre âme a tenté l'aventure éclatante Du mensonge immortel pour qui d'autres sont morts.
Dormez, Princesses au manoir, nul cor, ô Mortes, N'éveillera vos rêves et nul glaive clair Ne heurtera de son pommeau vos hautes portes Où le béryl magique incruste son éclair.
Le vent de la Mer vaste a déchiré les voiles Des nefs que l'albe aurore égara vers la nuit, Et l'essieu s'est brisé dans l'ombre sans étoiles; La Licorne vers la forêt, d'un bond, a fuil
La Mémoire pleure sur la pierre des tombes, Gloriole éternelle et très antique espoir, Et ces songes sont comme un exil de colombes Emportant à leurs becs des roses au ciel noir.
« Et la Belle s'endormit, b
La Belle, dont le sort fut de dormir cent ans
Au jardin du manoir et dans le vaste songe
Où le cri né des clairons sacres se prolonge
Pour sonner son sommeil jusqu'à l'aube des Temps !
La Belle, pour l'éveil victorieux d'antans Que son intacte chair proclamera mensonge,
A chargé de joyaux sa main qui gît et plonge En un flot de crinière où les doigts sont latents.
Et tandis que des toits, des tours et des tourelles Les Colombes ont pris essor et qu'infidèles Les Paons mystérieux ont fui vers la forêt.
Couchée auprès de la Dormeuse, la Licorne Attend l'heure et là-bas guette si reparaît L'annonciateur vol blanchir l'aurore morne!
« Et le Chevalier ne vint pas. »
Les paons bleus Pont cherché dans la forêt. Nul soir N'a rougi son cimier d'ailes et de chimère; Les Colombes blanches dont l'aurore est la mère Ont vu la tour déserte et vide le manoir.
Et les Aïeux, dès jadis morts, n'eurent pas d'hoir Avide d'aventure étrange et de mystère.
Nul héros à venir, pour l'honneur de la terre, Vaincre d'un baiser le magique sommeil noir.
L'endormie à jamais étale ses mains pâles Où verdit une mort annulaire d'opales; Et la Princesse va mourir s'il ne vient pas.
Plus n'a souci, Nul, de dissoudre un sortilège,
Et la Licorne hennit rauque au ciel lilas
Où frissonne une odeur de mort, d'ombre et de neige
« Et la Belle mourut. »
La Licorne ruée en fuite hume et croise Les vents qui du midi remontent vers le nord, Et sa crinière éparse ruisselle et se tord Que nattait de rubis la Princesse danoise.
Loin des glaciers et des neiges roses que boise La verdure des pins où gronde comme un cor L'écho du marteau lourd des Nains qui, forgeurs d'or, Façonnent le hanap où l'on boit la cervoise,
La Princesse aux doux yeux de lac, d'astre et de mers,
Est morte, et la Bête fabuleuse à travers
Les gels glauques, la nuit vaste, l'aurore morne,
POBUBS. ^
Foile d'avoir flairé les mains froides de mort, Se cabre, fonce et heurte et coupe de sa corne Les vents qui du midi remontent vers le nord
Ce fut par delà le fleuve aux rives d'iris Que le vent agite en papillons d'iiyacinthe En un silence doux que je la conduisis, Joyeuse du grelot d'un bracelet qui tinte.
L'étonnement de son regard parmi l'aurore Était au fleuve clair tout \dolet d'iris Où s'aile en vol de fleurs la nuit pour fuir l'aurore, Et la ville était belle où je la conduisis :
Aux escaliers d*onyx un lé d'antique soie, Des paons veilleurs rouant des gloires de saphjT, Des textes graves et des légendes de joie Aux banderoles brusques de pourpre de Tyrl
La maison vide était sonore comme en rêve Et j'entendais battre son cœur, tout bas, de joîe D'être vêtue ainsi selon un vœu de rêve De robes d'or ouvré de rosaces de soie
Errantes aux grèves des mers parmi les roches, Leur grâce puérile minaude en reproches : ;
«Nousavonsdanslamertrempénos mains comme desfolles Et cueilli des bouquets d'écume et d'algues rousses; Nos amants ont glané les fleurs de nos paroles Et vont là-bas humant le miel des lèvres douces Dont le parfum flotte au soir pavoisé de nos paroles !
Voici toute la mer qui croule aux plages douces En floraison d'écume éparso et d'algues folles.
Nos beaux amoureux sont vêtus de soie et d'écarlate, Ils ont des colliers d'ambre et des bagues d'opales
Et l'orgueil par un rire à leurs lèvres éclate
D'avoir cueilli l'aveu de nos avrils, fleurs pâles
Qu'ils portent en grappes aux pans de leur robe écarlate.
La mer déferle et pleure au long des grèves pâles Et le rire des flots aux dents des rocs éclate.
Nous n'irons plus aubord des mers, nous n'ironsplus,ô folles^ Sur les sables stellés de lagunes d'opales... Les oiseaux de passage ont volé nos paroles Qui parfumaient le soir ainsi que les fleurs pâles, Les infidèles sont partis, nous n'irons plus, les folles 1
Les saphyrs de nos yeux s'attristent en opales
Et l'écho des cœurs morts est sourd à nos paroles. »
Ils ont heurté les portes d'or Du pommeau rude de leurs glaives Et leurs lèvres étaient encor Amères de l'embrun des grèves.
POÈMES ANCIENS ET ROMANESQUES Gl
Il entrèrent comme des rois En la ville où la torche fume.
Au trot sonnant des palefrois Dont la crinière est une écume»
On les reçut en des palais Et des jardins où les dallages Sont des sapliyrs et des galets Gomme on en trouve sur les plages;
On les abreuva de vin clair, De louanges et de merveilles; Et l'écho grave de la mer Bourdonnait seul à leurs oreilles.
Elles diront quand, las des jardins de la ville, Leurs amoureux appareilleront vers quelque île :
€ Leur nef rasa de près les rocs du promontoire Où ne plus rire fut toute notre tristesse Et d'être assises en cette pose qui laisse
Pendre ses mains avec des brisements de lis, Et leur départ hésite aux rocs du promontoire Et s'enfonce en voguant aux occidents pâlis.
Vogue, ô Navire, et va sans nous chercher des îles
Mystérieuses où les grèves sont désertes;
Nos chevelures valaient les algues inertes
Que tressera, là-bas, l'ennui de leurs doigts las
D'avoir si loin ramé vers le port et les îles
Où les fruits doux mordus ne leur suffiront pas.
Et si quelque tempête un soir te désempare, Tu n'auras pour franchir le piège des parages Nos lourds cheveux à tordre en guise de cordages Et nos chants pour calmer le tumulte des flots Submergeurs des vaisseaux que le vent désempare, Ni nos yeux pour guetter l'embûche des îlots.
Plus tard il rêveront en l'exil misérable
A des retours vers nous vogues à toutes voiles,
Et nous serons pour eux des souvenirs d'étoiles
En le passé stellé du feu de nos yeux clairs.
Il pleureront vers nous dans l'exil misérable
Gomme on pleure à des levers d'astres sur les mers ! »
POEMES ANCrENS ET ROMANESQUES 63
La Vie étrange et douce et lente va mourir
En vigne qui s'effeuille au temps des grappes mûres,
La chevelure est toute aux prises du saphyr
Et le désir s'entrave aux boucles des ceintures.
La voix du vieil amour qui riait à l'aurore Sanglote dans le soir et suffoque et larmoie, Et la fontaine pleure en la forêt sonore Encore des échos de notre antique joie.
La ceinture agrafe son étreinte mauvaise Et de sa boucle griffe les robes meurtries, L'aile du vent s'acharne en les cheveux où pèse L'emprise d'ongles d'un joyau de pierreries.
Oh! dans l'aurore, après l'affre de la vigile Où mon âme saigna son angoisse au désert, La rob'* s'allongeait en rite d'Evangile A l'entour des pieds nus et lavés par la Mer.
La terre d'ocre et de stérile Samarie Fêta Celle qui vint, par miracle, sa joie ! Et le pli de sa robe étalée et fleurie Secoua des roses prises parmi la soie.
Crispée en amas roux aux griffes d'un saphyr Pvuissela du joyau maître la chevelure Et les seins divulgués jaillirent pour s'offrir Au désir qui s'irrite au nœud de la ceinture.
Et l'amour a dormi sous l'averse des roses Et nue et douce et plus rieuse qu'une enfant En qui revit l'âme grave d'antiques choses Qu'apporte du fond des vieux royaumes, le vent.
Le vent chargé d'exils, de songes et d'années Et de voix mortes aux oublis de la mémoire... Elle a dormi selon les vieilles destinées Qui la voulaient soumise au gré de ma victoire.
Pour railler par échos la clarté de ses rires Sourdirent des douceurs de flûte et de fontaines ; De glorifiantes et laudatrices Lyres Chantèrent par delà les arbres de la plaine.
A travers ses cheveux épars dans le soleil, J'ai vu monter des forêts hautes et des terres Où passait dans le soir violet et vermeil La harde des Désirs cabrés en Sagittaires,
A travers l'odeur chaude dont sa chair endort, J'ai vu des ciels clairs où grimpaient des fleurs étranges A vaincre d'un parfum la folle et vieille Mort Titubant du vin bu de ses tristes vendanges.
La rumeur des grands flots aux caps des péninsule Apaisés sous le soir et sous les vols d'oiseaux, Fut au rythme de ses seins, et des crépuscules Stellèrent vaguement ses yeux larges et beaux.
L'antique Samarie où pria ma vigile Sur la terre déserte et sous les oliviers, A fleuri son miracle à la voix d'Évangile Qui vint du pays des Songes émerveillés.
Le vent a balayé les roses éphémères Au marais par le soir élargis dans les nues; Les joyaux aigus sont des griffes de Chimères Et les boucles des dents de Bêtes inconnues;
La robe lourde et longue et grave est une armure Et l'or des cheveux roux un casque de guerrière; Le désir s'entrave aux boucles de la ceinture Qui s'agrafe en rigueurs d'étreinte meurtrière.
L'ample robe a vêtu d'un mystère vorace
La cnair nue à jamais pour mon rêve et reprend
Sa rigidité de hiératique cuirasse
Où darde le soleil futile et fulgurant;
Et le vent de l'Automne exfolie et saccage La vigne nue et jusques vers la Mer emporte Le sanglot éperdu qui pleure le passage De Celle qui s'en va parmi la Forêt morte
Les fleurs sont mortes sous ses pas De la plaine aux collines pâles Et le ciel est d'un rose las Gomme les roses automnales;
Les fleurs sont mortes en ses mains De la maison aux jardins pâles Et le vent chasse à pleins chemins Un tiède sang de purs pétales.
La voici seule et nue en le soir de mon songe î Les oiseaux en passant sur sa tête ont pleuré, Le vent en emportant sa voix douce a pleuré, La source en reflétant son visage a pleuré; Elle va seule et nue en le soir de mon sonore.
La porte est fermée et les fenêtres,
Et nul phare de lampe aux vitres mortes
Et la maison, parmi les vieux hêtres, A la tristesse des demeures sans maîtres, Et dans le puits on a jeté la clef des portes.
Les grands Cerfs roux viendront flairer aux serrures Et fuir au bruit léger des faînes sur le toit. Et les oiseaux mangeront seuls les grappes mûres Gomme de lourds rubis au manteau d'un vieux roi.
Je sais la forêt sombre où s'en va l'enfant nue; Sa main est froide encor du cuivre du heurtoir, Etrangère qu'ont méconnue La maison taciturne et l'hôte sans espoir.
Les vents accroupis comme des chiens voraces Du seuil des antres sourds hurleront sur ses pas Et pour la Fille en pleurs des royales terrasses Les Portes du palais ne se rouvriront pas ;
Ses las cheveux en proie aux souffles du ciel morne Flotteront dans l'aurore et le soir, à jamais! La forêt et le mont où la lune s'écorne Ignoreront le prix de leurs ors parfumés.
Le triste Maître de la maison déserte pleure;
La hêtraie immobile ou folle, selon l'heure,
Se balance ou s'endort, s'apaise ou murmure;
Une à une les faînes tombent sur les toits,
Les grappes s'égrènent dans l'herbe mûre,
Et par la vitre, vers le bois
Et la plaine et le jardin que la mousse ronge,
Le triste Maître en deuil du mal de quelque songe
Regarde et songe :
« En l'antique forêt des hêtres et des houx Sur qui le crépuscule expire en mort de mauves, Les arbres bercent sur les branches des hiboux Dardant une pierrerie étrange d'yeux fauves.
Forêt vaste qui croît sur ma terre de songe, Cache au moins dans ta vie un pan du dur tombeau Où gît ce cyie mon âme a cru du vieux mensonge Et mêle l'aube et l'ombre à mon rêve plus beau.
Si les anciens désirs volent de cime en cime Avec de longs cris doux de tristesse et de nuit, Epanche la douceur de tes voix unanimes Sur la maison déserte à qui quelque astre a nui.
POBIUS. J
îlélas! les arbres sont hantés comme mon âme Et des yeux vigilants s'irritent dans le soir, Et voici par le bois où le cerf rôde et brame Luire des griffes d'or en le feuillage noir. »
Que t'importe? Je sais le mot, le charme et le signe!
Les bois clairs sont oisifs de brises et d'oiseaux Et les grappes des hautes vignes S'égrènent, une à une, dans les eaux Tranquilles où dans les roseaux Dorment les cygnes.
Les loups méchants dans les chemins de ma forêt
Fuiront furtifs et roux comme mes vieilles haines;
Ma mémoire pareille aux fontaines
Oubliera le passé qui s'y mirait
Pour y pleurer ses peines
Avec sa pâle face de Geneviève aux tristes Ardennes
Parmi l'exil de la forêt.
Les biches blanches qui broutent Tache et le cytise
Et grimpent aux rochers de mousse et sont rieuses
De gaîtés mystérieuses
Viendront, selon tes clairs regards qui les motivent,
Manger en mes mains oisives
A l'ombre des saules ensoleillés et des yeuses.
Ton regard n'est-il pas tous les passés en moi,
Ta voix tous les oiseaux du bois qui dort
Et garde un lac de mort
Sous les grappes s'y égrenant, une à une, en rides d'émoi?
Celui qui t'exila dans les grottes du Nord
C'était Moi,
Puisque je sais le mot, le signe et l'endroit
Où paissent dans la nuit les palefrois,
Nous reviendrons un jour vers le Palais du Roil
Ce vent triste qui vient du fleuve et des prairies En arômes de fleurs- d'îles et d'oseraies.
Et qui passe à travers les arbres des futaies,
Où veut-il donc mourir las de ses rôderies,
Vent de prés et d'arbres
Qui chuchote aux lèvres de mousse des vieux marbres,
Voix en exode, voix en peine et vague?
Il était un bois noir, comme une âme, ombre et songe.
Les mille feuilles en cœurs vivants des lierres.
Jours d'antan clairs et brefs comme des clairières,
Mousses du vieux silence aux lèvres qu'elles rongent,
Ruisseaux qu'on suit longtemps sans les voir
A leur murmure sous les branches.
Chênes plus vieux que le manoir
Au bout de l'avenue issu, dormant et noir,
Avec les filles du vieux Seigneur en robes blanches I
Le vent aux feuilles déjà rousses papillonne, Le vent aux feuilles a des soupirs de vierge, Les glaïeuls défleurissent leur flamme de cierge; Le vent va-t-il mourir en la forêt d'automne?
Il courbe les fléoles et les hautes herbes
Et semble une main qui flatte des cheveux fins.
Ah ! notre meule était toute de bonnes gerbes
Et nos greniers d'hiver lourds d'orges et de grain
Et les gais étains clairs riaient à notre faim.
Le vent agite follement les campanules
De la fenêtre ouverte aux lièvres du lit blanc.
Souvenances des passés en fleurs carillonnant,
Troupeaux du doux jadis au gué bêlant,
Et les voix de la barque nous hélant...
Du fond du vent et de parmi les crépuscules.
Un si pâle pastel qu'il semble être un miroir
Où tu fus rose et blonde et douce, et qu'un espoir
De sourire illumine en sa poudre ancienne;
Une fleur en un cristal noir
Où semble avoir brûlé par la magicienne
Le vieux philtre d'amour qui rend pâle au miroir.
Un satin froid qui meurt sa flore cueillie
En des Jardins que savaient les Tisseurs du vieux temps
Casse à ses grands plis durs les lys et les glaïeuls
Au dossier des fauteuils •
Étoffe vaine, faux printemps
Dont s'était parée, ô Jolie,
Ta folie
D'avoir ri de ces lèvres de fruits éclatants.
Un fin collier qui pleure en perles, une à une, Sur le tapis et roule en grêle jusqu'au parquet Où miroite un lac de cygnes enfuis la lune, Et le fard, l'éventail, la mule et le bouquet.
Pastel, fleurs et satin, collier, et la mémoire Des roses de la barque éparses sur l'eau noire Qui mire le tombeau de bronze et de basalte, C'est tout ce qui demeure et tout ce qui s'exalte Du grand délice mort par qui mon âme est chaste.
Au royaume oublié des Nefs et des Vigies, Les grands Oiseaux plus lents que les vagues Rasent la côte avec des ailes élargies Et cherchent la Morte dont les bagues Luisent au sable qui couvre ses mains pâlies.
Le flot de la Mer n'a plus d'écume, Les roses s'ouvrent comme des lèvres mortes Sans espoir de quelque Avril posthume Où refleurir encor les vitres et les portes Du palais perdu parmi la brume.
Flot sans écume et crépuscule aux ailes lasses Dont l'ombre est légère aux grèves d'ombre Et flûte suraiguë à l'angle des terrasses. Dont l'ombre déborde aux jardins d'ombre Où les clefs sont aux serrures des portes basses.
Des songes du plus beau des soirs Rien ne survit en l'aube aride Qui ne montra dans les miroirs Que sa morte pâleur d'Armide.
Jardins, portiques de portor, Iles, eaux, fleurs, grottes, prairies Où les paons gardaient un trésor Dont ils semblaient les pierreries.
Le sortilège enseveli,
Cendres sans phénix par la flamme,
Isole sous le ciel pâli
La face triste de la femme.
Voici mort le royaume faux Croupir en la nuit ancienne.
Tombez, sourires triomphaux Et fard de la Magicienne.
Des songes du plus beau des soirs, 0 victime et dépositaire, Confronte à tes mornes miroirs Un éveil d'Amant solitaire l