‹ Poèmes, 1887-1892;Chapitre 9 sur 20 · EXERGUE · texte numérisé non relu

EXERGUE

Au carrefour des routes de la forêt, un soir. Parmi le vent, avec mon ombre, un soir. Las de la cendre des aires et des années. Incertain des heures prédestinées.

Je vins m'asseoir.

Les routes s'en allaient vers les jours

Et j'aurais pu aller avec elles encor.

Et toujours.

Vers des terres, des eaux et des songes, toujours

Jusques au jour

Où, de ses mains magiques et patientes, la Mort

Aurait fermé mes yeux du sceau de sa fleur de paix et d'or.

Route des chênes hauts et de la solitude.

Ta pierre âpre est mauvaise aux lassitudes.

Tes cailloux durs aux pieds lassés,

Et j'y verrais saigner le sang de mon passé,

A chaque pas,

Et tes chênes hautains grondent dans le vent rude

Et je suis las*

Route des bouleaux clairs qui s'effeuillent et tremblent

Pâles comme la honte de tes passants pâles

Qui s'égarent en tes fanges tenaces.

Et vont ensemble,

Et se détournent pour ne pas se voir face à face;

Route de boue et d'eau qui suinte.

Le vent à tes feuilles chuchote sa plainte.

Les grands marais d'argent, de lunes et de givre

Stagnent au crépuscule au bout de tes chemins

Et l'Ennui à qui veut te suivre

Lui prend la main.

Route des frênes doux et des sables légers

Où le vent efface les pas et veut quon oublie

Et qu'on s'en aille ainsi qu'il s'en va d'arbre en arbre.

Tes fleurs de miel ont la couleur de l'or des sables.

TEL qu'en songe 123

Ta courbe est telle qu'on voit à peine où. Von dévie;

La ville où, tu conduis est bonne aux étrangers

Et mes pas seraient doux sur le seuil de ses portes

S'ils n'étaient pas restés le long d'une autre vie

Où mes Espoirs en pleurs veillent des Ombres mortes»

Je n'irai pas vers vos chênes

Ni le long de vos bouleaux et de vos frênes

Et ni vers vos soleils, vos villes et vos eaux,

O routes!

J'entends venir les pas de mon passé qui saigne,

Les pas que j'ai crus morts , hélas! et qui reviennent.

Et qui semblent me précéder en vos échos,

O routes.

Toi la facile, toi la lionleuse, toi la iiautaine.

Et f écoute

Le vent, compagnon de mes courses vaines,

Qui marche et pleure sous les chênes,

O mon âme, le soir est triste sur !iier,

O mon âme, le soir est morne sur demain,

O mon âme, le soir est grave sur toi-même !

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