‹ Poèmes, 1911-1918Chapitre 10 sur 30 · EXAMEN · texte numérisé non relu

EXAMEN

Ce que je reg-ardais n'est plus qu'un souvenir

Depuis que je le vois.

La fleur que je sentais a perdu son parfum

Depuis que je la nomme.

Tout vieillit de mon âge et de ma connaissance.

Pourtant le monde est jeune ; Il est pur et n'a point de tache originelle. C'est moi qui suis rofficiant involontaire D'un baptême qui souille à jamais chaque front

De l'empreinte de mon péché.

L'amertume du sel est pour mes seules lèvres.

J'inflige à l'univers les mots qui le dérobent

A mon silence même.

Rien ne m'est si lointain ni si extérieur Que du nom qui l'enchaîne à moi je ne l'appelle.

Et c'est moi l'enchaîné.

.le n'ni tl'éteriiilé (juc relie qui me suit lA je suis élraijj^er à l'iiutre qui me haute. Je crois être arrivé très loin quand je n'ai t'ait

Que tourner des milliers de fois Autour du bruit central et parmi les retlets

D'un manège de fête, Avec ce rêve qui dansait devant mes yeu^i D'un empire riant qui comjjrcndrait des mers.

Savoir et [)uis mourir, on durer, sans savoir,

Mais je n'ai pu choisir.

La chose est éternelle et je ne suis qu'un être, Et l'infini ne se connaît qu'en l'éphémère. Pour que tout rajeunisse et que rien n';ii vécu.

Il sutîit que je meure.

Soir, voici ton étoile ! Et peut-être n'est-elle Qu'un astre disparu dont l'imag^e est visible. Où fuir? Il me reste mon pain et mon sommeil,

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