NEIGE
Il neige et la lumière vient du sol ; Il neig^e sur les toits et sur les bruits ; En face de moi des vitres se dorent D'un soleil que je ne vois pas.
Il fait clair sur les murs et au plafond, ?"ndors-toi. Les trains ne partiront plus. Les bruits qu'on entend sont distincts et proches. On compte les pas dans la rue.
O clarté muette, espace sans rides !
Dormez les oiseaux, les hommes, la ville. J'ai le cœur paisible et la tête pleine D'un silence provincial.
r^blouissement du soir blanc et froid.
La pendule marche et le monde est vieux. \'oici le sommeil entre mes deux yeux Qui me prend ."i la racine du nez.
RENGAINK
Il pleut toujours. Il pleut.
Mets une bûche au feu.
Quelle heure donc est-il?
Une heure.
Personne ne viendra.
Pas même le soleil.
Sais-tu quelle heure il est ?
Deux heures.
Des pas, dans l'escalier.
Dépassent notre étage :
La pendule a sonné Trois heures.
L'org^ue de Barbarie Malp^ré moi m'attendrit.
O beau Danube bleu 1 Quatre heures.
Toujours les mêmes sons I']t les mêmes couleurs !
Viendra-t-elle, la nuit?
Cinq heures.
Ah ! coule tout mon sang !
Coulent toutes mes larmes Avec l'eau de la pluie !
Six heures.
Que veux-tu retenir?
Tes désirs d'autrefois?
Tout s'échappe et s'en va.
Sept heures !
Il faut bien, ma chérie, Jouer la comédie Avant d'aller dormir.
Huit heures I
m. En Moi
TOURMENÏK
Ces cloches soudain, pour je uo sai^ quelle niessc, Ces reflets et ces échos, à la lin d'un si beau Jour, Et cet aboiement de chien, à travers des tentures épaisses, Et ces cris que des enfants, en revenant de l'école, Ont plongés dans la maison par la fente de la porte. Et cette soif de luxure, et ce dégoût pressenti, Et cet immense désir, que pourtant je circonscris. Et ce retrait subit de l'ànie, et ce désordre douloureux Et cette attente sans efTet, et ce départ de la lumière A l'instant calculé et haï, Et ce grand besoin de hasard, où tout ceci? Pourquoi la vision d'un chemin étranger, Avec des champs de blé, des arbres, des pas d'hommes ? Et l'espace, plaie entre moi et ce qui part? Ah ! l'heure sonne ! Et quelles flammes me traversent ?
Et ce triste, si triste séjour Après les routes ouvertes et les mondes espérés !