FENÊTRE
La rue est obscure et déserte. Il a plu toute la journée.
On glisse sur les pavés gras.
Des rails luisent sur la chaussée Comme des traînées de limaces.
Tous les cafés se sont éteints.
Un bec de gaz, de place en place, Bave sur le trottoir mouillé.
On avance dans des relents D'égout, de bâtisse et de cave.
Je songe aux enfants qui dessinent, Du bout des doigts, sur les carreaux; A des maisons inhabitées Où de vieux meubles se moisissent.
Dans une ville de province.
Je sens rhiiinidilc' inonlcr
Dans mon corps, comme en une mèche,
Et se dissoudre aussi mon âme
En flaques minces qui reflètent
Quelqueri tremblotantes images.
Mais voici que, brusquement, Levant les yeux, j'aperçois, Tout en haut d'une maison, La clarté sèche et carrée Que découpe une fenêtre.
Un homme est 1m, qui travaille.
Je vois son ombre au plafond. Qui es-tu, toi qui domines.
Avec ta lampe et ton âme.
Six étages de sommeil ?
Depuis que je pense à toi, La nuit se fait moins hostile, Et mon pas se rafl'ermit.
Il me semble que la vie Devient plus claire et meilleure.
Mais sais-lu, ô toi qui veille», Toi qui attends ou qui pleures, Entre la table et le lit, Dans une chambre muette Oii tu te crois seul et clos ;
Sais-tu, sauras-tu un jour.
Mon nocturne compagnon, Ce que te doit pour ta lampe Un passant silencieux Dont tu ignores le nom ?