CHANT A VOIX BASSE
Un peu de musique lointaine, Juste assez pour que tout renaisse,
Sans que rien s'achève.
Le temps sommeille au fond de l'être Et les instants montent en bulles.
Les nuages glissent.
Une voiture dans la rue Fait un bruit si doux qu'on regarde.
Le jour brûle en paix.
Des pauvres dorment sur les bancs.
Au bord du sable ratissé, Les enfants ne jouent pas encore.
Une gaieté convalescente Sort timidement de la terre.
Un sourire dépaysé Parce qu'il craint d'être précoce Tremble dans l'air.
On se sent loin de sa jeunesse :
On pourrait reparler sans trouble A des femmes jadis aimées.
Toutes les tiédeurs revenues Peu à peu dissolvent la peine D'un cœur que l'hiver attrista.
On entend comme des pieds nus Effleurer l'herbe.
Cet homme, qui lève la tête, Va rentrer chez lui plus tranquille.
Il retrouvera, dans les coins Que ses yeux avaient délaissés A cause du froid et de l'ombre, Son âme prête...
Et, confiant dans un bonheur Que je n'espère plus pour moi, J'attendrai le soir sur ce banc Pour recevoir plus purement
L'offrande d'un baiser qui ne vient pas des lèvres,