INTÉRIEUR
Dans un angle de la boutique, Ils sont assis, l'homme et la femme, De chaque côté de la table, Corps déjeié, bouche immobile.
Il ne reste de la journée
Que le désordre du couvert,
Les taches noires de la nappe.
Un cercle roug"e au fond des verres.
Les paniers accrochés aux murs, Les fers froids sur le poêle éteint, Les tréteaux, les cordes sans linge Découvrent leur nudité vaine.
La devanture dépouillée
N'encadre plus qu'un portrait d'ombre.
C'est la chute de la semaine
Dans un trou qu'on ne peut remplir.
La porte baye sur la rue Comme pour un évéueinent.
Mais il n'arrive du dehors Que le murmure de la ville.
Ils sont assis, l'homme et la femme.
De chaque côté de la table
Que dilate l'obscurité.
Leurs regards plus loin se rejoignent,
Ce qu'ils fixent tous deux ensemble, Ce ne sont pas les gens qui passent, Ni, parmi les feuilles d'en face, Le crépuscule de huit heures ;
Ce n'est pas la glace où leurs yeux Lisent des lignes à l'envers, Ni sur le seuil, dont le bord s*use, Le chien qui rêve entre ses pattes ;
Ce qu'ils fixent, c'est quelque chose Qui n'est visible que d'eux-mêmes, Quelque chose qui est entré En silence, comme ils mangeaient ;
(^esl un lniti; qui osl (lebr)ul, Va dont ils altendent un geste, Etrangers au jour qui les lâche Et ù la nuit qui le» caresse.