L'ÉTRANGER
Je reviens du pays de la souffrance rouge
Et de la reine mort.
Je ne l'ai point (juitté, puiï<qu'il me suit toujours
Et m'attend à la porte.
Je ne suis plus d'ici. Je suis un étranger
Qui ne s'arrête pas ; Un hôte qui regarde l'heure cl qui s'apprête
A repartir là-bas.
Ne m'interrogez pas. Vous savez que les mots
Se résoudraient en larmes, Et que je les retiens dans mon cœur où remue
Un secret que je garde.
Rien ne semble changé, puisqure mes yeux retrouvent
Chaque chose à sa place, Et que je reconnais, au bout de tant de jours,
La forme de chaque arbre.
Mais ce brin d'herbe étrange entre des pierrcp iuick
Suffit à détruire mon songe, En m'évoquant partout une absence qui dure,
Et le passage où nous vivons.
Étranger, ne te rendors pas, Ce n^est pas encor le retour.
Ne t'attache pas à ces choses, Ne demeure pas devant elles.
Ne laisse pas les souvenirs Monter en eau à tes paupières.
Cette fleur, ne la cueille point.
Ne prolonge pas ce baiser, Ne garde rien entre tes mains.
Ne fais rien qui puisse durer.
Ton cœur se viderait d'un coup.
Vite, vite, il faut repartir.
Je repars, sans être venu.
Est-ce l'adieu définitif?
Le monde glisse sous mes pas.
Je sens que je n'aurais pas dû Hélas ! regarder si longtemps Tous ces visages.