‹ Poèmes, 1911-1918Chapitre 24 sur 30 · L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

L'ÉTRANGER

Je reviens du pays de la souffrance rouge

Et de la reine mort.

Je ne l'ai point (juitté, puiï<qu'il me suit toujours

Et m'attend à la porte.

Je ne suis plus d'ici. Je suis un étranger

Qui ne s'arrête pas ; Un hôte qui regarde l'heure cl qui s'apprête

A repartir là-bas.

Ne m'interrogez pas. Vous savez que les mots

Se résoudraient en larmes, Et que je les retiens dans mon cœur où remue

Un secret que je garde.

Rien ne semble changé, puisqure mes yeux retrouvent

Chaque chose à sa place, Et que je reconnais, au bout de tant de jours,

La forme de chaque arbre.

Mais ce brin d'herbe étrange entre des pierrcp iuick

Suffit à détruire mon songe, En m'évoquant partout une absence qui dure,

Et le passage où nous vivons.

Étranger, ne te rendors pas, Ce n^est pas encor le retour.

Ne t'attache pas à ces choses, Ne demeure pas devant elles.

Ne laisse pas les souvenirs Monter en eau à tes paupières.

Cette fleur, ne la cueille point.

Ne prolonge pas ce baiser, Ne garde rien entre tes mains.

Ne fais rien qui puisse durer.

Ton cœur se viderait d'un coup.

Vite, vite, il faut repartir.

Je repars, sans être venu.

Est-ce l'adieu définitif?

Le monde glisse sous mes pas.

Je sens que je n'aurais pas dû Hélas ! regarder si longtemps Tous ces visages.

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