‹ Poèmes, 1911-1918Chapitre 25 sur 30 · DANS UNE GRANGE · texte numérisé non relu

DANS UNE GRANGE

Lorsqu'ici je m'éveille aa milieu de la nuit, Il m'arrive souvent, dans cet instant confus, Où l'âme hésite encore à sortir du sommeil, De ne plus savoir où je suis, Ni qui je suis, ni si l'on m'aime.

Ma mémoire et la nuit composent des ténèbres, Pleines de souvenirs et d'objets invisibles. Qu'essayent de tâter mes mains et mes regards. Je suis comme celui qui cherche Une perle au fond de la mer.

Supprime l'ombre, et fais le jour autour de toi. Homme encore imbibé de sommeil et de doute. Voici quelques rayons luire aux fentes du toit. Un brin de paille, çà et là, Se dore d'un rellet qui bouge.

Oui, 1.1 paille, je sais, et le sac sous ma tête ;

L'équipement pendu, le remugle des corps !

Un enfant d'autrefois s'étonne de me voir, Et mon nom, prononcé tout bas.

Rend un écho qui me fait mal.

Ce que je fus me force à rester sous des lampes. 0 grâce 1 Ma jeunesse est si loin, maintenant, Que je ne me souviens que de mes souvenirs. La paille que sous moi j'écrase Fait le bruit d'un feu qui hésite.

Enfance, adolescence, ô femmes qui m'aimiez, Voua m'oubliez hélas 1 en me restant fidèles, Car vous me regrettez, mais sans me reconnaître,

Depuis que vous portez le deuil

De celui que je ne suis plus.

Toute la nuit semble peser sur ma poitrine, Et le sang bat si fort et si vite à mes tempes, Que son flot seul suffît à remplir le silence.

Et que je me sens secoué

De sa marée intérieure.

N'enieiuis-lu pas, ailKnirs, sonner d'aud'cs clnirons? Mais non, ce n'esl pas l'heure encore, penseaux champs, Au jardin proche où s'épanouissent des roses,

Pense h l'aube en rouie vers toi,

A la rosée, à d'autres choses...

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