‹ Poèmes, 1911-1918Chapitre 27 sur 30 · LA FLAMME · texte numérisé non relu

LA FLAMME

Dans ces ténèbres souten'aines, Qu'une courte bougie éclaire D'une tlamme religieuse, Je me réchauffe à ton amour.

Ce coin sombre et pierreux me plaît Parce que j'y suis près de toi.

Et que j'y peux lasser mon âme Avec son secret, tout entière.

Ni la sueur, ni la poussière, Ni la vermine, ni la boue, Ne souilleront ce sanctuaire Où brûle le feu véritable.

Une mâchoire sous un casque, Un dos voûté sous le drap terne, Deux mains délivrées et lointaines.

C'est tout ce qu'on peut voir de moi.

Frères d'ici, mes compagnons.

Pourquoi me demandez-vous compte De ma place et de mon silence?

Le même trésor est en vous.

Mais celui qu'avec moi je porte, Que je serre contre mon cœur, Et que devant vos yeux j'étale, Ne luit hélas 1 que pour moi seul.

La plus grande force du monde S'est rassemblée à mon appel Dans ce royaume intérieur Qui me suit partout où je vais ;

Et tandis que la mort sifflante Fouille dans les trous de la plaine, Sans bouger, de toute mon âme, En silence, sur lui je veille.

Cur lu y juillet 1916

Page 1