‹ Poèmes, 1911-1918Chapitre 5 sur 30 · II. Heures · texte numérisé non relu

II. Heures

AUBK D'ÉTÉ

Je n'ai pas ouvert les yeux, Et je îïiais que le jour point.

Mon corps reste dans le lit, Mais mon âme est déjà loin.

Elle goûte parmi l'aube, Un bonheur aérien, Et revient de temps en temps, Me rappeler que j'existe.

La fenêtre est grande ouverte Avec le store baissé.

Je suis baigné du même air Que les feuilles et les nids.

J'ai ouvert aussi la porte :

J'aperçois dans le couloir Ce premier rai de soleil Qu'aucun pas ne trouble encore.

On (lir.iil (jiic Ich oiseaux ('ihaiiLeiit tous <lans le inéme arl)re, Et j'entends le bruit d'épinj^rleH De leurs pattes sur les toits.

On arrose la chaussée ;

Mes draps me semblent plu^ frai:

Je sens l'odeur du savon

Qui est près de la cuvette.

On n'a pas encore marché Sur le sable des jardins.

Et toutes les rues sans hommes Sont pareilles à des routes.

I^e fleuve s'est rajeuni D'une eau qui a traversé Les campagnes et la nuit.

Remorqueur, tu peux chanter

Le canal n'a plus de rides :

Marinier, tu peux partir.

L'aube est pleine de voyages Qui ne devraient pas finir !

Allé^eiiieiit de la chair !

Il me semble que je baij^ne Dans la paix d'une eau profonde Qui dilTuse le soleil ;

Et le matin est si net

Qu'on voit battre à petits coups,

Sous un voile de sommeil

Le cœur délicat du monde.

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