MIDI
Les pendules sonnent midi l'une après Taulro. Je sais qu'il est midi avant d'avoir compté. Je compte cependant tous les coups un à un ; Mais où est le midi sonné ?
Midi sonne partout. Midi est une foule Qui entre et passe dans la chambre Comme pour un enterrement.
Puis redescend devant la porte.
Et c'est moi-même qu'elle attend.
Une horlog-e a sonné les quatre quarts de l'heure. Puis les douze coups de midi, Et je sais une cathédrale, Où l'on a vu les douze apôtres Derrière Jésus, à la file.
r)aMs les j(ares et les cldchers, par tous les s(»ii<, Ceux qui s'étalent connue l'huile.
Ou qui sautent comme un grelot, Par le battant et le marteau, C'est midi, mille fois midi !
On dirait que le temps se vide d'un seul coup. Autour de moi, la ville bou^e.
D'une foule qui va manger. L'escalier redevient sonore.
Des pas montent. Des portes claquent.
Ceux qui sont partis ce matin sont déjà loin. Comme elle est belle et ingénue, L'heure qu'on entend en voyage !
Ce n'est plus l'heure, c'est le chant De chaque pays où l'on passe.
Homme qui marches sur la route, il est midi ! Kcoute midi qui descend Sur la plaine, sur les maisons Du village en face de toi.
Midi dure dans les auberges.
Ici midi n'est déjii pliiH.
Je n'ai pu seulenieiil ^'^oiiler Sa plénitude sans durée Dont le souvenir me consume.
Le jour est comme un fruit que la grêle a louché. Et l'ombre dans la cour s'allonge, Tandis que mes bras continuent, Malgré moi, leur geste d'accueil Pour l'hôte qui n'est pas venu.
DIMANCHK
Dans la cMuir vide.
Un oiseau chaule.
Qu'il est pénible Kt monotone Ce chant d'oiseau Par un dimanche !
Cuisine fraîche
Aux carreaux rouges,
Cuivres luisants,
Tout senf l'eau claire
1^1 la lessive
Kn ce dimanche !
l^)utiques closes, La rue est nue Kl immobile, Malgré la ("on le Qui se promène Par ce dimanche !
Allez-vous ei» !
Laissez-moi seul.
Baissez les stores.
Que tout est propre, Que tout est triste En ce dimanche !
Mais ce soir puisse une nouvelle.
Jaillissant d'un millier de bouches à la fois, Te secouer, foule rangée, Hurler après toi, et te mordre !
Puisse ce soir un ouragan, une panique Te faire trembler et frémir Comme les vitres d'une gare Quand un train passe !
Pour que, pénétrant ici Avec le fracas de la mer dans une grotte, L'écume de tes cris et le bruit de ta course Fassent au moins retentir Ce grand vide dont je souffre !