SUR LA MORT DE BYRON
Son génie était las des gloires de la lyre, Et déjà dédaignant cet impuissant délire. Quittant le luth divin qu'il vouait à l'enfer, Sa main impatiente avait saisi le fer.
Deux couronnes sont tout dans les fastes du monde : Orné de la première, il voulait la seconde; II allait la chercher au pays du laurier, Et le poète en lui faisait place au guerrier.
H tombe au premier pas, mais ce pas est immense Heureux celui qui tombe aussitôt qu'il commence Heureux celui qui meurt et qui ferme des yeux Tout éblouis encor de rêves glorieux!
Il n"a pas vu des siens la perte ou la défaite; Il rend au milieu d'eux une âme satisfaite; Et s'exhalant en paix dans son dernier adieu, Le feu qui laninia retourne au sein de Dieu.
A l'éternel fo^'er Dieu rappelle ton âme; Tu le sais à présent d'où venait cette flamme Qui, prenant dans ton cœur un essor trop puissant, A dévoré ton corps et brûlé tout ton sang.
Peut-être, parvenue à l'âge des douleurs. Vierge encore au berceau, née entre deux malheurs, Connaissant tout son père et fuyant sa famille, Devant ce cœur brisé viendra tomber sa fille''';
Et quand le luth muet et le fer paternel Auront reçu les pleurs de son deuil éternel. Sa voix douce, évoquant une mémoire amère, Y chantera l'adieu qu'il chanta pour sa mère.
Poète-conquérant, adieu pour cette vie!
Je regarde ta mort et je te porte envie;
Car tu meurs à cet âge où le cœur, jeune encor.
De ses illusions conserve le trésor.
Tel, aux yeux du marin, le soleil des tropiques Se plonge tout ardent sous les flots pacifiques. Et, sans pâlir, descend à son nouveau séjour Aussi fort qu'il était dans le milieu du jour.
Parmi des ébauches du même temps, un vers dont on entrevoit la place dans la première lacune de ce morceau :
... soldats...
Manfred consolé meurt près de Leonidas.
'') Ada, cette jeune enfant dont il a parlé dans l'élégie intitulée : y4(iieu, et dans CbUde Harold (note de la Muse française).
Citant le 8 août 1 848 , dans une lettre à M"' du Plessls , quelquesuns de ces vers écrits «lors de la mort d'un poète», Vigny leur fait subir deux modifications légères :
Jeune Lomme au cœur d'acier, adieu pour cette vie. . . Comme aux veux du marin...
A ces strophes enthousiastes, écrites peu de semaines après la mort du héros de Missolonghi, il con\ient d'ajouter les quelques vers inédits qui suivent. Ils étaient peut-être l'exordc de ce poétique chant d'adieu :