‹ PoëmesChapitre 99 sur 136 · V. 65. Et, prodige enchanteur, dans son double dessin · texte numérisé non relu

V. 65. Et, prodige enchanteur, dans son double dessin

Le céleste tissu couvre à peine un beau sein. V. 172. Ne voudrait pas finir d'en rêver le mystère

34o NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

V tiv; rQ.ui, par les veux aux yeux, révèle Time a l'àme]

Qui remplit un rcuard de la couleur de lame

V qoo Tes soins sont-ils d'aller de tes mains enfantines

Balancer le. grelots des cloches argentmes?

V 407 Hélas! il sait si bien que moi je suis sans armes.

Sur qui se défend mal et ne sait que ses larmes La victoire est facile, et je ne sais pourquoi...

V 411. [Ainsi parlait l'Esprit. A ces mots, à sa vue

A ces aveux trompeurs d'une voix imprévue]

V sa';. fSous le pouvoir magique [O, pudeur! c'est par vous] ■ ^ * ^ qu;Eloa fléchissait ]

[C'est ce pouvoir caché qu'Eloa subissait] O terrestre pouvoir qu'une Ange subissait! V. 556. [Q.ui d'un nuage errant vient de percer le voile]

Le Déluge. - Le groupe des «mystères» s'achève, dans l'œuvre noétlque de Vi^ny, par une œuvre qui semble avoir ete conçue comme Tne synthèse lart, Répondant à la fols à divers ordres de sensations, esthétiaues Rêve ambitieux qui a hanté maint écrivain, et qui se rat-

cha tTcl à lœuvre d'ui. peintre contemporam; La Beo^i ^i^ak ,au. ^nânes de Grodet, que publie le ^-re^e France au ^/^.uj/e 18^^^ t XI p iQ.), marque la dépendance du Déjuge al égard d un tableau

du^même^nom, jadis fameux, et dont Vigny aimait beaucoup

l'auteur

„Oii donc est la beauté que rêve le poète? ^

Aucun d'entre les arts n'est son digne interprète,

Et souvent il voudrait, par son rêve égaré,

Confondre ce que Dieu pour l'homme a sépare.

Il voudrait ajouter les sons à la peinture.

A son gré si la Muse imitait la Nature,

Les formes, la pensée et tous les bruits épars

Viendraient se rencontrer dans le prisme des arts.

Centre où de l'univers les beautés réunies

Apporteraient au cœur toutes les harmonies,

Les bruits et les couleurs, de la terre et des ceux,

Le charme de l'oreille et le charme des yeux,

Le réveil des oiseaux, la chanson virginale,

La perle et les rayons de l'aube matinale,

La gémissante voix des soupirs de la nuit.

Le nuage égaré sur le torrent conduit,

L'éclair^tombant du ciel et sillonnant l'espace

Comme un glaive do Dieu qui passe et qui repasse,

Les cris du voyageur dans la forêt perdu.

L'appel de la clochette en pleurant entendu''',

Les mots d'amour mêlés aux vents sifflant sur l'onde.

Et des chastes douleurs l'émotion profonde.

On entendrait ensemble, on verrait d'un coup d"œil

Dans les vapeurs du nord la faiblesse et l'orgueil ,

L'orgueil farouche et noir des héros du nuage'-'.

Et les blondes beautés qui pleurent dans l'orage;

Leurs chants s'élèveraient dans les plaines de l'air,

Le bouclier divin tinterait sous le fer,

La harpe et les soupirs des vagues élégies

Se mêleraient au en des sanglantes orgies.

Et les hymnes plaintifs des filles du vainqueur

Au rire du guerrier qui sent percer son co&ur.

La tragédie en pleurs parlerait dans la nue,

L'homme entendrait les sons d'une langue inconnue,

Semblable aux chants divins des astres de Platon,

Belle plus que les voix d'Homère et de Milton.

Les Dieux s'entretiendraient des malheurs' de la terre.

Dans la nuit des forêts le rayon solitaire

Aux lèvres du chasseur en tremblant descendu

Aurait un doux soupir sous la feuille entendu.

Des mots qui nous diraient tout bas avec mollesse

Ce qu'est l'amour de l'homme au cœur de la déesse"'.

Devant l'autel ému d'un miracle nouveau.

Sous le feu du génie échappé du ciseau

Le marbre palpitant''' nous dirait si la vie

Est un plus beau festin lorsqu'on nous v convie

A l'âge qui rougit des pudeurs de l'amour

Qu'à l'âge qui gémit de ne pas voir le jour;

Et si pour aborder l'existence et sa flamme,

Il vaut mieux en naissant avoir toute son âme.

Mais quels vastes concerts, quels mots, quelles couleurs

D'un monde châtié traceront les douleurs

Et graveront pour nous sur les flots du déluge

La grandeur du coupable et celle de son juge ?

A ce dessin sublime et sur un mont jeté

Manquent le mouvement, les bruits, l'immensité;

Le concert où serait cette scène tracée

Regretterait encor la forme et la pensée.

Et si la poésie essayait ces tableaux

Pour suivre le ravage et la marche des eaux.

'■' Atala. — '^' Ossian. — '*' Endymion. — *' Galatée.

Seule et sans les couleurs, les voix mélodieuses,

Elle demanderait ses sœurs harmonieuses.

Descends donc, triple lyre, instrument inconnu,

O toi ! oui parmi nous n'es pas encor venu

Et qu'en se consumant mvoque le génie,

Sans toi point de beauté, sans toi point d'harmonie;

Musique, poésie, art pur de Raphaël,

Vous deviendrez un Dieu... mais sur un seul autti ! »

Ainsi je lui parlais...

Le Mercure faisait suivre ce fragment des lignes suivantes , dues sans doute à H. de Latouclie, et où se trouve une allusion aux informations insérées par Vigny dans la Quotidienne , après les échautfourécs do Pau :

Nous empruntons à M. Alfred de Vigny ce morceau d'un poème sur le Déluge. Ce poème est mamtenant sous presse. L'auteur a peut-être exprimé ailleurs, et dans quelques feuilles politiques, une profession de foi qui n'est pas tout à fait la nôtre; mais le talent n'est-il pas de tous les partis? Nous le rechercherons partout, excepté sur la route de l'adulation...

Comment la transition se fût faite, entre ce curieux appel à i'Art complet, dont tant de romantiques ont rêvé, et le poème actuel du De'luge, c'est difficile à dire. Girodet est mort le 9 décembre 1824, et c'est dès son arrivée dans les Pyrénées que Vigny donnait à son évocation du châtiment collectif un cadre surtout montagnard. II y suit quelques-uns de ses informateurs ordinaires : la Bible , Byron ( Ciel et Terre et Ténèbres), Moorc, Gessner, peut-être ce bizarre Grainville dont Nodier avait fait goûter en le rééditant le Dernier Homme. Un orage observé dans les Pyrénées, en 1823, aurait fourni à Vigny quelques-unes de ses couleurs. L'épigraphe , répétant le cri d'angoisse biblique devant la souffrance de l'innocent, rattache d'autre part la préoccupation du poète à une question souvent débattue, et que les Soirées de Saint-Pétersbourg , de J. de Maistre, avaient récemment reprise avec une rigueur implacable. Les «innocents», ici, sont un couple d'amants que tente en vain de protéger un ange. Deux versets de la Genèse, chap. VI, 2 et 4, rappellent en note la légende, spécialement discutée par Moore, qui mariait des «filles des hommes» aux «enfants de Dieu» et expliquait ainsi la naissance des géants.

Un fragment de manuscrit, paginé 5 , ollre un brouillon des vers 69 et suivants :

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. ^4l

La Terre cependant montrait ses lignes sombres

[Sous les rayons sanglants]

Au jour pâle et sanglant qui [dissipaient] faisaient fuir les ombres,

Mais on n'v voyait pas les trop faibles tumains ,

Les cités se cachaient à l'ombre de deux mains.

Tant le mont s'élevait à des hauteurs immenses ,

Et des fleuves lointains les faibles apparences

Ressemblaient au dessin par le vent effacé

Que le doigt d'un enfant sur le sable a tracé.

[puissance de l'amour] Ce fut là

Ce fut là que deux voix dans le désert perdues

[Parmi les bruits] Dans les hauteurs de l'air avec f>eine entendues,

Osèrent [devant Dieu] [sur ces monts] un moment prononcer tour à tour

[Des paroles de paix, [d'innocence] , de terreur et d'amour]

[Des propos mutuels] Ce[s] dernier[s] entretien d'innocence et d'amour .

Au dos du feuillet , une coïncidence touchante a fait écrire au poète le titre du recueil, paru en 1825, de la jeune muse qui avait charmé son cœur : Nouveaux Essais poétiques , par M"' Delphine Gay.

Vignv projette, en 1824, plusieurs autres «mystères»; la mort du poète anglais à Missolonghi lui fait clamer son admiration. La Muse française de juin 1824 (cf. éd. Marsan, t. II, p. 292) insère — sans division de strophes — - ce «fragment d'un poème qui va être puBIié» et que donnera Spoelberch de Lovenjoul dans les Lundis d'un chercheur :

Page 1