‹ PoëmesChapitre 102 sur 136 · UN BILLET DE BYRON · texte numérisé non relu

UN BILLET DE BYRON

Nous n'irons plus courir ensemble dans la nuit, Quoique dans notre cœur l'amour soit jeune encore Et que le beau croissant dont le soir se décore Reluise autant qu'hier sur la cité sans bruit.

Car le fourreau du glaive est usé par sa lame. Comme nos faibles yeux l'amour veut son sommeil, De peur que notre corps si frais et si vermeil Ne pâlisse trop tôt, dévoré par son âme.

Ainsi, quoique les soirs soient créés pour l'amour, Ami, nous n'irons plus la nuit courir ensemble, Parlant, au clair de lune, à miss Annah, qui tremble Que le- brouillard du parc soit blanchi par le jour.

Enfin, une lettre du 20 janvier 1850 contient, traduits par Vigny dans une récente insomnie, les «beaux vers» où Cbilde Harold comparait la Grèce expirante à une jeune vierge, cliarmante jusque dans la mort.

POEMES PITTORESaUES OU ARCHAÏQUES.

II faut d'abord exclure, de ce groupe exigu, la «romance» que Vigny avait conservée dans ses papiers, avec la date de 1822, et que Spoelberch de Lovenjoul a reproduite dans les Lundis d'un chercheur :

Doux souvenir de la patrie.

Doux souvenir de mon amie...

Ce pastiche du fameux Combien j'ai douce souvenance, de Chateaubriand, est de Ch. Froment, qui l'a publié dans le Mercure belge du 1^ novembre 1820, avant de le recueillir dans ses Poésies,

La Neige, «ballade», reprenait, dans une tonahté discrètement archaïque, un des sujets préférés du «genre troubadour» , fondé à l'origine sur la chronique du couvent de Lorsch. Gaillard dans son Histoire de Cbarlemagne, 1782, t. II, p. 354, avait conté cette histoire, dont Millevoye, en particulier, avait tiré parti dans son Emma et Eginard. Une «romance historique» de P.-A. Vieillard, l'année même où Vigny achève de préparer son poème pour les Tablettes romantiques de 1823, présente aussi Eginhard et Imma aux lecteurs des Annales de la Littérature et des Arts (1822 , t. VII, p. 116). C'est sans doute pure coïncidence qui fait dire à Vigny, au refrain, ce que Wordsworth avait exprimé à propos de sa Moissonneuse solitaire : «...ce qu'elle chante? Peut-être le rythme plaintif s'épanche-t-il pour des choses anciennes, malheureuses et lointaines, et des batailles d'autrefois...»

Plus complexe par ses éléments, puisqu'un souvenir voluptueux de la Parisina de Byron s'y glisse, en même temps que de faciles rémi-

niscences des élégiaques français de l'Empire (cf. M. Wflmotte, Mélanges Picot, 19 13, t. II, p. 149), le premier poème écrit par Vigny après ses «mystères» l'amène à une évocation colorée et à un essai d'exotisme qui parut une vraie merveille de pittoresque : DoLORIDA, «écrit en 1823, dans les Pyrénées», serait après Le Trappiste, poème de circonstance, le premier tribut poétique payé par Vigny à ce pays d'Espagne oîi il se préparait à entrer. Publié en octobre 1823 dans la Muse française , il doit d'ailleurs sa «couleur» espagnole à Cbilde Haroid, certains de ses détails et de ses figures de style à Chénier et à Millevoye , son point de départ probable à une anecdote — la vengeance d'un mari — qu'avait racontée le recueil Paris, Versailles et les Provinces au XVI II' siècle (t. II, p. i^^ de l'édition de 1823) et que divers périodiques français avaient reproduite. «Je vous pardonne de bon cœur, disait un mari à sa femme avouant, au lit de mort, son infidélité, mais il faut qu'à votre tour vous usiez d'indulgence envers moi. Je vous avoue que m'étant aperçu de ce que vous venez de m'avouer, je vous ai empoisonnée, ce qui est la cause de votre mort.» Vigny projette, en 1824, deux poèmes de passion contrariée «dans le genre de Doloridan.

Les stances suivantes, que le Journal d'un Poète attribue à tort à l'année 1824 et qui sont datées sur le manuscrit : Dieppe, juin iSij, ont été écrites pendant le séjour du poète sur cette plage à la mode : observation d'une réalité concrète, interprétation allégorique qui cadre assez bien avec les thèses de Cinq-Mars en fait de «destinée». Une «mélodie irlandaise» de Moore — l'auteur de ces Amours des An^es qu'avait pratiquées le poète d'Eloa — lui offrait d'ailleurs un point de départ : / saw from tbe beacb. . .

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