‹ PoëmesChapitre 122 sur 136 · V. 9. Et la vierge enivrée · texte numérisé non relu

V. 9. Et la vierge enivrée

Mais dans les airs émus la musique a cessé :

La danseuse est assise en un cercle pressé ;

Tout se tait. Et pourquoi, graves, mais ingénues.

Ces trois jeunes beautés vers un homme venues?

Cette douleur secrète, errante dans ses yeux

N'a pas déconcerté l'abord mystérieux;

Elles ont supplié; puis, s'aidant d'un sourire.

Elles ont dit : «Les vers ont sur nous tant d'empire!

« Us manquaient à la fête , et le bal les attend. »

Le sujet est donné, c'est la danse; on entend :

Tout un fragment final du cadre qui se trouve ici sera supprimé :

Où donc est la gaîté de la danse légère?

Ces mots ont-ils détruit sa grâce passagère?

Au lieu du rire éteint qui n'ose plus s'offrir,

L'éventail déployé nous dérobe un soupir.

Hélas! lorsqu'un serpent est mort dans une source,

D'une eau vive et limpide elle poursuit sa course;

Mais son matin n'a plus de fécondes vapeurs,

Et le gazon s'abreuve à des trésors trompeurs;

La reine-marguerite a perdu sa couronne.

Le bleuet incliné de pâleur s'environne.

Et l'enfant qui, joyeux, vient et s'y rafraîchit.

Pleure et crie en fuyant, car son genou fléchit,

Son cœur traîne un feu sourd, une torture amère,

Et des maux dont jamais n'avait parlé sa mère.

Le Malheur, ode, terminait assez lugubrement le recueil. En tête de ce volume de 1822 se trouvait une Introduction plus spécialement destinée à présenter He'léna :

Dans quelques instans de loisirs j'ai fait des vers inutiles; on les lira peutêtre, mais on n'en retirera aucune leçon pour nos temps. Tous plaignent des infortunes qui tiennent aux peines du cœur, et peu d'entre mes ouvrages se rattacheront à des intérêts politiques. Puisse du moins le premier de ces Poèmes n'être pas sorti infructueusement de ma plume! Je serai content s'il échauffe un cœur de plus pour une cause sacrée. Défenseur de toute légitimité, je nie et je combats celle du pouvoir Ottoman.

A la page 67, un second passage de prose, où se discerne le souvenir de la Littérature, de M""" de Staël, servait de préface aux autres poèmes :

On éprouve un grand charme à remonter par la pensée jusqu'aux temps antiques : c'est peut-être le même qui entraîne un vieillard à se rappeler ses premières années d'abord, puis le cours entier de sa vie. La Poésie, dans les âges de simplicité, fut tout entière vouée aux beautés des formes physiques de la nature et de l'homme; chaque pas qu'elle a fait ensuite avec les sociétés, vers nos temps de civilisation et de douleurs, a semblé la mêler à nos arts ainsi qu'aux souffrances de nos âmes; à présent, enfin, sérieuse comme notre Religion et la Destinée, elle leur emprunte ses plus grandes beautés. Sans jamais se décourager, elle a suivi rhoiuiiic dans son grand voyage, comme une belle et douce compagne.

J'ai tenté dans notre langue quelques-unes de ses couleurs, en suivant aussi sa marche vers nos jours.

NOTES ET ECLAIR CISSExME-\TS. 587

On sait c[uHéléna ne devait plus reparaître dans le recueil des poèmes de Vigny à partir de cette édition. Cependant, le Keepsahe français, ou Souvenir de littérature contemporaine, de J.-B.-A. Soulié, i" année, Paris, 1830, en donne, sous le titre de La Jeune Hellcnienne , trois morceaux empruntés au deuxième chant, et accompagnés d'une gra^a^re de Goodyear, d'après une peinture de StephanoTl". Aucune variante.

Ratisbonne, d'accord avec un vœu à demi exprimé par l'auteur, a cité, à la suite du Journal d'un Poète, quatre fragments importants. M. Ed. Estève a publié (Paris, 1907) une édition critique d'Héléna, d'après le texte de 1822, avec une introduction et des notes.

La collection Spœlbercli de Lovenjoul renferme un exemplaire de cette édition avec les obsersations de la mère du poète : suggestions relatives à des détails de forme , auxquelles déférera l'édition ultérieure.

Le Trapiste, poème, par l'auteur des Poèmes antiques et modernes : Le Somnambule, La Femme adultère, La Fille de Jepbté, Héléna, etc. Paris, 7 juillet 1822. Imprimerie de Guiraudet. Brochure petit \n-±° de 16 pages. Une épigraphe au titre : «Je suis devenu étranger à mes frères, parce que le zèle de votre maison m'a dévoré, et que les outrages de ceux qui vous insultaient sont tombés sur moi.» [Ps. , ch. LXViii, V. 8.) Journal de la Librairie, 19 octobre 1822. Pas de date finale ni de nom d'auteur. Viriantes :

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