V. 26. Des vents froids
V. 48. D'où les Goths foudroyaient leurs vainqueurs massacrés. V. 71. II pense, et du tumulte aime à sauver ses pas. V. ICI. Joyeux, ils voyaient donc l'instrument de leur gloire
Lui-même offrir à Dieu leur première victoire, v. 148. . . . aux bouts. . .
V. 167. Déjà nos feux éteints nous font voir ses amis. . . v. 179. Comme la molle neige au vent du Sud se fond. V. 190 {au lieu de i8p). Et réclamant déjà leurs aliments funèbres. . . V. 192. ... la cause et l'instrument. . . v. 213. O faiblesse mortelle! ô misère profonde!
Le poids d'un grand service est trop lourd pour le monde;
Qui sait mourir, serait ingrat étant puissant,
On s'immole plutôt qu'on n'est reconnaissant.
Tel fuit les malheureux, qui n'a pas craint les armes :
Le sang coule du cœur plus vite que les larmes.
Plaignons notre nature et les fronts couronnés;
Mais servons-les. . .
Le TkAPISTE, poëme, par l'auteur des Poèmes antiques et modernes : Heléna, Le Somnambule, La Femme adultère, La Prison, etc. Seconde édition. Paris, chez Guiraudet; Painparré; Pélicier; 1822. In-8° de 20 pages. Imprimerie Guiraudet. Journal de la Librairie, 7 décembre 1822. La couverture et le faux-titre portent la même épigraphe que ci-dessus. Une variante dans le même passage, v. 214. :
Le poids d'un grand service est trop lourd pour le monde; On s'immole plutôt qu'on n'est reconnaissant, D'un élan généreux tant l'attrait est puissant. Et tant est fugitif le souvenir des hommes !
Le Trapiste, poëme, par l'auteur des Poèmes antiques et modernes : Héléna, Le Somnambule, La Femme adultère, La Prison, etc. Troisième édition. Au bénéfice des Trapistes d'Espagne. In-8" de 26 pages. Paris, chez Guiraudet; Painparré; Pélicier; 1823. Imprimerie Guiraudet. Pas d'épigraphe au titre. Journal de la Librairie , 22 mars 1823. Texte identique à ci -dessus. Cette dernière édition de propagande était accompagnée d'une longue note, que Spoelberch de Lovcnjoul a reproduite, et qu'il importe de donner ici.
Documents sur les Trapistes d'Espagne.
C'est du couvent de Sainte-Suzanne, en Aragon, qu'est sorti le Tnipiste ccicbre.
Plusieurs fois (les religieux, ses frères, le racontent ainsi) il lut averti |)ar des songes, et vint trouver le vieil abbé de la communauté, lui disant , comme autrefois Samuel à Héli : Me voici, car le Seigneur vient de m'appeler.
Mais l'abbé croyait d'abord que c'était un souvenir de son ancien métier des armes qui lui donnait ces pensées de guerre durant la nuit, et lui disait aussi : Mon fils, retournez et dormez.
Cependant, comme il revint encore, disant toujours : Qu'il savait bien qu'on se battait pour le roi, et qu'il y devait être, l'abbé ne douta pas que ce ne fût, comme ils le disent, la sainte volonté de Dieu; et sur les économies du couvent, il lui fut acheté un cheval. Il partit comme Bayard, armé et aournc par sa famille, pour bien servir son roi naturel, et il a combattu comme lui.
Ces détails, et ceux que je vais dire encore, on les peut entendre de la bouche même de plusieurs de ces bons pères , qui sont maintenant à Pans. Voici leur histoire entière et comment ils y sont venus.
Il arriva qu'en l'hiver de l'année 1796 une colonie de Trapistes partit du monastère de la Val-Sainte, en Suisse, que notre révolution avait comblé de
niallieureux, et peut-être de pénitens. On les vit marcher deux à deux et en silence à travers des peuples révoltés et des armées, ne sachant pas bien où la providence les arrêterait, et passant parmi les nations comme Pierre l'Ermite et sa croisade, sans autre guide que la croix. «Partout on refusait le passage à nos fondateurs, m'écrivait un de ces religieux; mais ayant recours à Dieu, partout il leur fut ouvert.» En Savoie, comme ils se présentèrent à une ville où il y avait [une] sentinelle, elle leur dit : «Mes pères, quand vous seriez des anges du ciel, vous ne passerez pas. » Et ils se trouvaient dans un grand embarras, quand il se montra tout à coup, et comme par miracle, un colonel qui avait été à la Trappe de Mortagne, et reçu par le même supérieur de la colonie qui parlait pour tous , et qu'il reconnut de suite. Il se jeta à son cou, et le conduisit chez lui avec les autres, leur fit mille amitiés, et leur donna le passage en les accompagnant lui-même.
Lorsqu'on leur interdisait l'entrée d'une ville, il fallait passer la nuit exposés à un froid très cruel. Alors, comme les cabanes étaient révolutionnaires et se fermaient à des moines, ils se retiraient dans quelque cimetière, demandant l'hospitalité et un abri sous leur tombe, à ces morts auxquels ils étaient aussi semblables par l'abandon et l'oubli du monde entier, que par leur pâleur et ces longues robes blanches qui les faisaient paraître comme des ombres errantes. Là, ils priaient et se félicitaient dans leurs cœurs de ce que Dieu leur donnait des misères plus grandes encore que celles qu'ils avaient inventées pour eux-mêmes.
Malgré tant de fatigues, la colonie silencieuse parvint jusqu'au royaume d'Espagne, alors paisible. Le peuple-moine baisa la robe des Trapistes; et le roi Charles IV, se souvenant qu'un vêtement semblable avait en vain tenté de contenir l'empereur Charles-Quint, et pensant que cette robe plus pesante l'eût pu faire, de peur qu'elle ne manquât à quelqu'un de ses descendants, s'il savait jeter le manteau royal, laissa vivre dans son royaume ceux chez qui l'on va mourir, voulut être le patron de leur maison, leur donna un peu de cette terre qu'il devait quitter plus tôt qu'eux; et le souvenir de Saint-Just créa Sainte-Suzanne.
Là s'arrêtèrent enfin les bons religieux, quand on leur eut dit, comme au peuple de Dieu : Israël habitera sur cette terre dans une pleine assurance, et y habitera seul. Ils reprirent avec joie leurs travaux douloureux. Un grand nombre d'Espagnols vinrent chercher l'oubli de la vie et la paix de l'âme dans ec continuel souvenir de la mort et ces fatigues assidues du corps. Dom Gerasime d'Alcantara remplit le premier cette dignité d'abbé, où l'on n'a d'autre privilège (selon leurs expressions) que de se lever plus tôt et de se coucher plus tard, c'est-à-dire quelques peines de plus. Tout en vivant dans les pratiques de la régularité primitive, la république muette marchait à son but de se suffire à elle-même. Les frères labouraient, semaient et moissonnaient eux-mêmes, afin d'acquérir de quoi donner l'hospitalité à des voyageurs , qui souvent sont venus chercher dans leur cloître un aliment à de lâches plaisanteries et à des récits ironiques et mensongers. Ce couvent, le seul de l'ordre qui fût en Espagne, y inspirait cependant une admiration universelle. En 1808, les troupes fran-
çaiscs, toujours généreuses cjuand on les laisse à la pente naturelle de leur caractère, ont respecté l'enceinte du monastère, et des soldats furent placés à toutes les portes pour le garantir des insultes.
Mais une invasion vaut mieux c|uc la prudence d'une révolution.
Un décret des Cortès de 1821 a déclaré utile je terrain que les Trapistes occupaient : des commissaires aux portes, des clés saisies, les scellés de la nation partout, et le bannissement, rien ne leur a manqué, pour leur malheur, des sages mesures du bien public; et maintenant les voilà qui se présentent au seuil de nos maisons, pour demander un troisième tombeau, après qu'on les a dépouillés des deux premiers.
Heureux du moins sont les Français qui se trouvent parmi eux, que leur bouche si longtemps muette ne se soit ouverte que pour prononcer le langage de France. Aucun mot étranger n'a séparé leur adieu à la patrie des nouvelles paroles qu'ils lui viennent adresser; mais c'est un langage bien douloureux qu'ils lui tiennent : «Comment se peut-il, viennent-ils nous dire, que des vieillards ne puissent pas trouver un coin de terre pour mourir sans qu'une révolution ne la vienne labourer? Hélas! elle la dit plus féconde dans ses mains; mais elle n'y sème que du sang, et nous y faisions germer de saints exemples de repentir et de désintéressement. A notre entrée à la Val -Sainte, notre oreille fut longtemps poursuivie dans le silence du cloître par les gémissements de vos guerres civiles : c'était la dernière voix de la terre que nous eussions entendue, et elle nous avait paru comme son dernier cri. Et cependant voilà que vingt ans après, au sortir de Sainte -Suzanne, les premiers bruits du monde que nous entendons sont tout semblables à ces bruits; la même liberté fait couler les mêmes larmes et le même sang. Vos révolutions n'cyit donc pas cessé leur cours? Comment existc-t-il encore des peuples, et comment se trouve-t-il encore quelques rois à leur jeter?»
Oh, que n'ai-je acquis plus de gloire! J'emploierais à être utile à ces hommes vénérables le crédit miraculeux qu'elle donne sur les âmes, et j'ajouterais mon nom à leur éloge, comme pour le sceller de toute son autorité; mais si je suis trop jeune pour avoir le droit de faire tant de bien, j'ai du moins celui de rappeler pour eux l'intérêt qu'un homme illustre leur a porté.
La main qui nous a donné le Génie du Christianisme n'a pas dédaigné de transcrire à la suite d'un si beau livre les lettres naïves d'un Trapiste de Sainte-Suzanne, qui forment comme une histoire complète, où l'on voit son entrée au couvent, ses pieuses souffrances et sa fin.
Une dernière lettre, qui annonce la mort précieuse qu'il a faite, et engage son frère à ne le point pleurer, est du révérend père Jean-Baptiste de Martres prieur des Trapistes d'Esjjagne, Français de naissance, et maintenant a Paris, où Monseigneur l'Archevêque l'a reçu dans son palais.
Ce religieux vieillard vient chercher quelques secours pour ses frères qui ont repassé les Pyrénées avec lui.
Il m'a ùih l'honneur de me visiter, et je n'ai rien vu dans toute sa persoinie qui ne fût digne de l'idée que l'on se fait de ces austères cénobites : il unit la simplicité d'un enfant aux traits souffrants d'un anachorète, et dit
avec naïveté de ces belles choses qui transportent d'admiration dans les hautes productions du génie. Ces âmes épurées vivent si loin du monde, que son lano;açre ordinaire n'est guère compris par elles, et que le sublime est devenu la nature de leurs pensées.
Puissent leurs prières faire sur beaucoup de coeurs l'impression que fit sur le mien leur simple vue. Quant à moi, voici sans doute la dernière tois qu'il m'est permis d'élever ma voix en leur faveur. Destiné à prêter une autre arme aux émigrés espagnols, je penserai du moins que personne n'aura acquis sans leur avoir fait un peu de bien, ce livre où je parlais de leur infortune.
Vigny avait joint à son exemplaire personnel du poème une lettre autographe de Fr. Jean-Baptiste de Martres, ancien prieur de la Trappe d'Espagne.
Les Tablettes romantiques de 1823 publient, outre La Prison conforme à l'édition de 1822, La Neige, ballade. Pas de variante.
La Muse française du i" octobre 1823 donne la première forme d'un des poèmes le plus souvent remaniés, en typographie, par Vigny : Dolorida (4'Hvraison; cf. éd. Marsan, t. I, p. 181). Les Annales romantiques de 1825 reprendront ce texte tel quel, — avec une coquille au vers 117 actueL En revanche, les éditions de 1826, 1829, 1837 — celle-ci fixant les leçons définitives — offriront de nombreuses variantes. Voici le détail de ces textes antérieurs :