NOTICE BIOGRAPHIQUE. XXIII
entrevue des plus cordiales. «J'ai taillé, moi aussi, mon roman historique ! » aurait dit le prince à l'auteur de Cinq-Mars, qui ne fit jamais, à l'Académie ou dans son monde, d'opposition au second Empire. D'ailleurs, la même réserve dédaigneuse l'empêcha de demander à ce régime plus qu'il n'avait fait au précédent. Qu'il eût été question de lui pour l'éducation du prince impérial, ou que sa Muse fut sollicitée de chanter un événement dynastique, l'adhésion du poète au règne de Napoléon III resta discrète et n'eut point d'écho perceptible dans son œuvre.
Celle-ci pouvait sembler terminée au grand public, et l'on sait la définition qui fut donnée de l'écrivam silencieux : «une magnifique extinction de voix». D'autres poèmes philosophiques, cependant, mûrissent lentement dans la solitude et la méditation. En juillet 1856, Vigny se remet à son adaptation de Roméo et Juliette. Au demeurant, une vie d'honnête homme lettré et réfléchi lui suffit. Il prend très au sérieux ses occupations académiques. Il reste dans son commerce la courtoisie même, surtout quand la politesse lui semble la meilleure défense vis-à-vis des fâcheux, et quoiqu'il tienne moins à séduire ses protégés qu'à les guider et à les fortifier. Bien des «jeunes», en dépit de la fameuse «tour d'ivoire», l'ont trouvé ainsi, à ses mercredis de la rue des Ecuries-d'Artois, drapé dans son manteau romantique à la mode de 1830, demandant des nouvelles du monde des vivants, très accueillant aux débutants de lettres, mais s'efibrçant de leur donner un conseil plutôt qu'une flatterie.