LE BAL
POEME
La harpe tremble encore et la flûte soupire, Car la Valse bondit dans son sphérique empire; Des couples passagers éblouissent les yeux, Volent entrelacés en cercle gracieux, Suspendent des repos balancés en mesure. Aux reflets d'une glace admirent leur parure, Repartent; puis, troublés par leur groupe riant. Dans leurs tours moins adroits se heurtent en criant. La danseuse, enivrée aux transports de la fête, Sème et foule en passant les bouquets de sa tête, Au bras qui la soutient se livre, et, pâlissant. Tourne, les yeux baissés sur un sein frémissant.
Courez, jeunes beautés, formez la double danse :
Entendez- vous l'archet du bal joyeux, Jeunes beautés? Bientôt la légère cadence Toutes va, tout à coup, vous mêler à mes yeux.
Dansez, et couronnez de fleurs vos fronts d'albâtre; Liez au blanc muguet l'hyacinthe bleuâtre,
Et que VOS pas moelleux, délices d'un amant, Sur le chêne poli glissent légèrement; Dansez, car dès demain vos mères exigeantes A vos jeunes travaux vous diront négligentes; L'aiguille détestée aura fui de vos doigts, Ou, de la mélodie interrompant les lois, Sur l'instrument mobile, harmonieux ivoire, Vos mains auront perdu la touche blanche et noire Demain, sous l'humble habit du jour laborieux. Un livre , sans plaisir, fatiguera vos yeux ; Ils chercheront en vain, sur la feuille indocile. De ses simples discours le sens clair et facile; Loin du papier noirci votre esprit égaré, Partant, seul et léger, vers le bal adoré, Laissera de vos yeux l'indécise prunelle Recommencer vingt fois une page éternelle. Prolongez, s'il se peut, oh! prolongez la nuit Qui d'un pas diligent plus que vos pas s'enfuit!
Le signal est donné, l'archet frémit encore :
Élancez-vous, liez ces pas nouveaux Que l'Anglais inventa, nœuds chers à Terpsichore , Qui d'une molle chaîne imitent les anneaux.
Dansez; un soir encore usez de votre vie : L'étincelante nuit d'un long jour est suivie; A l'orchestre brillant le silence fatal Succède, et les dégoûts aux doux propos du bal. Ah! reculez le jour où, surveillantes mères. Vous saurez du berceau les angoisses amères :