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LE BAL

Car, dès que de l'enfant le cri s'est élevé,

Adieu, plaisir, long voile à demi relevé,

Et parure éclatante , et beaux joyaux des fêtes ,

Et le soir, en passant, les riantes conquêtes

Sous les ormes, le soir, aux heures de l'amour.

Quand les feux suspendus ont rallumé le jour.

Mais aux yeux maternels les veilles inquiètes

Ne manquèrent jamais, ni les peines muettes

Que dédaigne fépoux, que l'enfant méconnaît,

Et dont le souvenir dans les songes renaît.

Ainsi, toute au berceau qui la tient asservie,

La mère avec ses pleurs voit s'écouler sa vie.

Rappelez les plaisirs, ils fuiront votre voix.

Et leurs chaînes de fleurs se rompront sous vos doigts.

Ensemble, à pas légers, traversez la carrière;

Que votre main touche une heureuse main, Et que vos pieds savants à leur place première Reviennent, balancés dans leur double chemin.

Dansez : un jour, hélas! ô reines éphémères!

De votre jeune empire auront fui les chimères.

Rien n'occupera plus vos cœurs désenchantés

Que des rêves d'amour, bien vite épouvantés.

Et le regret lointain de ces fraîches années

Qu'un souffle a fait mourir, en moins de temps fanées

Que la rose et fœillet, l'honneur de votre front;

Et, du temps indompté lorsque viendra l'affront,

Quelles seront alors vos tardives alarmes!

Un teint, déjà flétri, pâlira sous les larmes,

Les larmes, à présent doux trésor des amours,

Les larmes, contre l'âge inutile secours :

Car les ans maladifs, avec un doigt de glace.

Des chagrins dans vos cœurs auront marqué la place,

La morose vieillesse... O légères beautés!

Dansez, multipliez vos pas précipités,

Et dans les blanches mains les mains entrelacées,

Et les regards de feu, les guirlandes froissées,

Et le rire éclatant, cri des Joyeux loisirs.

Et que la salle au loin tremble de vos plaisirs.

Paris, 1818.

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