NOTICE BIOGRAPHIQUE. XI
Mais les vers héroïques, la. Jérusalem ou la Pbarsalc, ce n'était là, sans doute, pour un adolescent de 1810, qu'un succédané médiocre de l'action. Plus encore qu'Alfred de Musset, Vigny était un «enfant du siècle» par le prestige exercé sur sa jeune âme «par la gloire militaire de Napoléon. Lorsqu'un de nos frères, sorti depuis quelques mois du collège, reparaissait en uniforme de housard et le bras en écharpe, nous rougissions de nos livres et nous les jetions à la tête de nos maîtres... II me prit alors plus que jamais un amour vraiment désordonné de la gloire des armes; passion d'autant plus malheureuse que c'était I-e temps précisément où la France commençait à s'en guérir. Mais l'orage grondait encore, et ni nos études sévères, rudes, forcées et trop précoces, ni le bruit du grand monde où, pour me distraire de ce penchant, on m'avait jeté tout adolescent, ne me purent ôter cette idée fixe. . . »
Cependant le modeste appartement de l'ÉIysée- Bourbon ou du marché d'Aguesseau rassemble trop d'adversaires du régime et de contempteurs du présent, pour que cette vocation militaire aboutisse sitôt. « La haine du temps actuel et le blâme, le mépris du pouvoir, de l'Empire, des parvenus et de l'Empereur luimême»; des souvenirs anti-révolutionnaires persistants, un oncle fusillé à Quiberon, deux cousins tués à l'armée de Condé : trop de rancunes creusent un fossé entre cette destinée qui cherche sa voie et les grandes chevauchées napoléoniennes. A peine si, vers la fin de l'Empire, la passion des mathématiques et